Rencontre avec S. Ali Gabir dit Ogee, compositeur français autodidacte en pleine ascension qui nous dévoile les coulisses de l’industrie de la musique.

Ogee et ses débuts

Bonjour Ogee, peux-tu nous dire en quoi consiste ton travail ?

Je compose et produits des chansons « urbaines » : rap, R n’B, mais aussi de l’électro pop, plus généralement ce qu’on appelle la nouvelle pop, qui peut s’inspirer autant de la chanson française que de la pop ou du rap. Les influences sont nombreuses et variées.

Quelles sont les collaborations à ton actif ?

J’ai collaboré avec Soprano pour le titre Afrika notamment. Actuellement, je travaille avec l’artiste américain Keleshi ou encore le groupe français VSO.

Raconte-nous ton parcours.

J’ai découvert la musique dans une MJC de Bezons, dans le Val d’Oise, à l’âge de treize ans.
J’ai participé à un atelier DJ qui était proposé dans le studio d’enregistrement de la MJC. J’ai formé un petit groupe de rap avec des amis et je me suis rapidement tourné vers la composition de musique par ordinateur. Je n’ai pas de formation musicale, j’ai appris tout seul à l’oreille sur un logiciel, Fl Studio sur lequel j’ai passé des nuits entières dans ma chambre !

Ta carrière était lancée.

Exactement, c’est de cette époque que date la collaboration pour le morceau de Soprano.

On a l’impression que tout s’est fait assez naturellement.

En fait, c’est à partir de là que j’ai vu l’envers du décor. Ce contrat m’a permis de beaucoup apprendre sur le plan personnel. J‘ai dû me surpasser et me débrouiller seul.

« Gagner mon indépendance dans la musique »

Quelle est ta situation aujourd’hui ?

Suite a cette expérience on a décidé avec mon associé Sedik de créer notre boite d’édition Angelus Publishing en avril 2016 et gagner notre indépendance. Avec Sedik, on développe notre réseau, aidés aussi par deux managers qui travaillent avec nous. Je vais régulièrement à Los Angeles pour être en contact avec des artistes, c’est comme ça que j’ai rencontré Keleshi. Je travaille aussi toujours avec VSO. Il faut travailler et produire le plus possible pour gagner en crédibilité et en influence. On a des propositions. Mais il faut que ça soit gagnant-gagnant, on ne peut pas les laisser tirer avantage du contrat sans en tirer un vrai bénéfice. C’est un vrai rapport de force, il faut avancer ses pions comme dans un jeu d’échecs.

Peux-tu nous expliquer comment tu es rémunéré ?

Tout d’abord, on touche une sorte de « prime à la signature » quand on signe avec une maison de disques, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Concernant les morceaux, il faut savoir que la rémunération par titre se base sur deux facteurs. Tout d’abord, le « flat fee », la vente du morceau par le compositeur à l’artiste. Il faut compter en moyenne entre 300 et 800 euros et jusqu’à 2500 euros quand une major l’achète. En suite, viennent les droits liés à l’utilisation du morceau, géré par la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).

On parle de l’utilisation de la musique au sens large : la télévision, la radio, les boîtes de nuit, les spectacles et les concerts, mais aussi les mariages. La répartition de la rémunération se fait selon les termes du contrat et l’argent tombe tous les trois mois.

Peux-tu nous donner un exemple concret ?

Pour le morceau de Soprano, je touche 2% des droits. Mais il faut savoir qu’il faut attendre un an environ avant de percevoir les droits liés à la SACEM, le temps que soit calculé la diffusion du titre. D’autre part, la maison de disques se rémunère la première sur les droits SACEM. Elle touche une somme définie par le contrat, une somme négociable, et une fois cette somme atteinte, l’artiste est ensuite payé.

Et concernant tes frais de fonctionnement ?

C’est la partie « marketing » qui est aussi définie par le contrat, mais qui n’est pas négociable. Elle concerne la location du studio d’enregistrement et les voyages.

Vous pouvez retrouver Ogee sur son compte Twitter et Instagram.

Maxime Crinon

Ogee : « Le monde de la musique est un jeu d’échecs »

par contributeurs Temps de lecture : 3 min
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