Actes Sud pour sa rentrée d’hiver 2018 propose le nouveau roman de l’auteur français Christian Garcin. Les oiseaux morts de l’Amérique, raconte le quotidien de Hoyt Stapleton, vétéran du Vietnam. Un récit sur les vicissitudes de la vie après la guerre et le temps qui passe. L’auteur apporte une certaine vision des Etats-Unis, loin du lustre clinquant.

Hoyt Stapleton : time traveler

Le personnage principal du roman, Hoyt Stapleton ne vit pas que dans le présent. Dès le début du livre, il est dit : « Parfois, Hoyt voyageait dans le temps. Ou, plus exactement, dans le futur » (P17). Les oiseaux morts de l’Amérique n’est pas un roman de science-fiction pour autant, les voyages se faisant par le pouvoir de la pensée. Notre héros visite dans un premier temps les années 2327 avant d’aller dans le passé. Il se rend fréquemment en 1950, époque où il était petit garçon quand sa mère était encore là. Si Hoyt Stapleton se remémore ainsi des choses qu’il avait depuis longtemps oublié, il se voit aussi confronter à certains problèmes :« Les voyages dans le temps avaient leurs limites, qui n’étaient pas uniquement d’ordre physique » (P56). Les aller-retour du vieil homme lui font relativiser la notion même de temps : « Le passé est une invention de notre cerveau pour ne pas exploser sous la simultanéité du temps » (P90). Cela ne l’aide justement pas à s’encrer dans le monde : « Ses plongées répétées dans le passé n’avaient eu d’autre effet que de le couper un peu plus encore du présent » (P147). Christian Garcin grâce à ce personnage singulier inscrit son roman dans une temporalité différente. Il questionne les souvenirs d’un homme pour se permettre de développer sa propre merveilleuse histoire du temps.

Christian Garcin : Goodbye USA

Christian Garcin brosse un portrait peu reluisant de Las Vegas. Il nous plonge dans un quotidien loin des casinos, dans des descriptions très précises : « Du centre-ville de Las Vegas jusqu’à la périphérie, les voies ferrées désertes […] creusait la ville de part en part […] des tunnels de trois mètres de haut sur six de large dont beaucoup étaient habités, dessinant un monde souterrain en partie inexploré et secret, une ville bis, un envers du décor à l’ombre des lumières et des paillettes clignotantes du Strip » (P11). Hoyt Stapleton, ex-soldat, vit dans ces tunnels où l’air se respire difficilement : « Au début il se disait que c’était une ville qui puait aux narines, mais pas uniquement : aussi aux yeux, à la morale et à l’entendement » (P33). La désolation de la ville fait écho à celle du personnage principal : « Le temps passait et, dans ses voyages vers le futur, il arpentait toujours les mêmes villes et paysages désolés, dévastés. C’est normal parce que c’est à l’image de ce que je porte en moi. Je suis vide. N’ai rien à l’intérieur. Je suis mort du dedans » (P43). Christian Garcin pointe les dérives de l’American Dream et le sort que l’on réserve à des gens qui ont tout donné pour leur patrie. Ces soldats sont laissés pour compte et personne ne peut les comprendre : T’as pas idée de ce qu’on a vu, reprit-il enfin. Et pas que de l’autre côté, hein : du notre aussi. Mais comme personne ne le sait à part nous, ça n’existe pas vraiment. Il ne reste que les ‘héros’. Donc voilà : on est des héros, tout est beau, bravo, c’est super » (P71). Malgré l’apparente sérénité qui se dégage d’Hoyt, l’auteur montre sa résignation pour mieux appuyer là ou ça fait mal : « Et toutes ces souffrances pour quoi ? Pour finir seul et désoeuvré dans une maison vide, ou seul et saigné comme un goret sur un parking désert. Seul dans tous les cas » (P152).

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Christian Garcin empaille Les oiseaux morts de l’Amérique…

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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