Le nouveau film de Steven Spielberg est sorti le 24 janvier 2018, et il va peut être créer l’événement. Pentagon Papers (ou The Post en VO) est un film qui prend une résonance importante avec ce qui secoue le monde actuellement, à savoir la présidence de Trump, le mouvement #Metoo qui libère la parole des femmes et la méfiance des citoyens envers les organes de presse.

Pentagon Papers ou l’indépendance des journalistes

The Post / Pentagon Papers nous parle d’une période très précise de la présidence Nixon. Le New York Times obtient un scoop sur des mensonges d’état qui remontent à plus de 30 ans et qui se perpétuent sur la guerre du Vietnam. L’introduction du long-métrage retrace comment cette fuite de document se passe, de l’observateur américain sur place jusqu’au moment où le rapport classé secret défense aboutit dans les mains du New York Times. Spielberg ne réécrit pas l’histoire, comme l’a accusé la rédaction du Times, mais le scénario choisit de placer son film dans la rédaction du Post. Ce choix a une raison toute simple : il permet d’aller au-delà de la révélation elle même et de parler de tout les aspects du métier de journaliste et du rôle de la presse. La période de ses révélations a lieu dans un moment très spécial pour le journal : il décide d’entrer en bourse pour se sauver financièrement. Le film va donc tourner autour de ses 3 axes : la rédaction qui cherche à obtenir elle aussi un scoop sur l’affaire, le board exécutif qui veut à tout prix éviter les scandales et la dirigeante et propriétaire du Washington Post qui doit gérer l’entrée en bourse du journal et ses journalistes qui veulent publier malgré les pressions.

Pentagon Papers
La rédaction réduite du Washington Post, au travail sur les documents sensibles du Pentagone.

La défense du droit fondamental

Spielberg décide de faire un film qui parle de tout les aspects du journalisme, et comment il peut se retrouver cadenassé par les pressions économiques et politiques. Jamais un film de Spielberg n’aura été aussi contemporain. Le réalisateur a toujours aimé raconter des histoires du passé ou des utopies/dystopies futuristes, mais Pentagon Papers est d’une actualité brûlante. Entre le sexisme ambiant que subit la propriétaire du journal, interprétée par une magistrale Meryl Streep, les liens amicaux et trop proches qu’entretiennent les propriétaires et chefs de rédaction des journaux avec les politiques qu’ils sont censés critiquer, et les pressions politiques et économiques subies par les journalistes, le film résonne comme une fenêtre sur la période actuelle. Et Spielberg le sait pertinemment, lui qui filme Nixon de façon très distante et extérieure à la maison Blanche, comme s’il voulait qu’on y voie une personne générique, un être isolé dans sa maison du pouvoir et qu’on puisse y projeter n’importe quel personnage à sa place.

La réalisation magistrale du maître Spielberg

Un film de Steven Spielberg est toujours un événement, pour deux raisons : le casting de ces films permet à chaque fois de découvrir des interprétations magistrales et la réalisation de Spielberg. Ce n’est pas un mensonge de dire que Meryl Streep a déjà eu des rôles incroyables, mais celui qu’elle tient dans The Post restera à notre avis parmi les plus marquants de sa carrière. Son registre de jeu et ce qu’elle arrive à transmettre en une fraction de regard dans certaines scènes est exceptionnel et nous tiens au siège. Mais ce qui rend le film monumental, c’est la réalisation de Spielberg. Ce film possède quelques scènes qui marqueront longtemps ces spectateurs, par sa maîtrise du rythme et ses cadrages qui sortent de l’habitude. Il y a une patte Spielberg, et sa façon de réaliser permet de nous tenir en haleine de façon spectaculaire face à une imprimante de presse ou une personne au téléphone. Tout cela sublimé par son comparse de toujours à la composition musicale, John Williams qui accouche pour ce film d’une BO magnifique. Spielberg réussit encore la prouesse de nous épater et de faire un film majeur, alors qu’il n’a décidément plus rien à prouver.

Pentagon Papers : le plaidoyer de Spielberg pour une presse libr…

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 3 min
1