Paul Thomas Anderson, propose, avec Phantom Thread, une histoire sur la mode et l’amour. Après une première collaboration en 2007 sur le tournage de There Will Be Blood, le réalisateur retrouve Daniel Day-Lewis. L’acteur incarne Reynolds Woodcock, couturier de renom dans les années 50. Un homme qui va voir son quotidien, d’habitude si minuté, bouleversé avec l’arrivée d’Alma, qui prouvera être bien plus qu’une muse…

Esthétisme de façade

Phantom Thread est un film résolument beau comme Paul Thomas Anderson en a le secret. Si le réalisateur crée de véritables bijoux avec ses longs-métrages, l’univers de la mode lui était jusque-là inconnu. C’est suite à une remarque sur sa tenue le traitant de Beau Brummell que le cinéaste s’est renseigné sur le style de ce dandy. Comme quoi un film tient à peu de chose ! Pour son personnage principal, il s’est aussi inspiré du célèbre créateur Balenciaga connu notamment pour son travail sur la dentelle, ses coupes innovantes et l’élégance de ses patrons. Reynolds Woodcock dessine en effet du matin au soir et aime la dentelle. Il a pris aussi à Alexander Mc Queen, le fait de coudre des messages dans les doublures des pièces qu’il fabriquait. Le film dévoile une certaine période et une certaine frange de la population. Daniel Day-Lewis explique : « Après la guerre, le monde de la mode s’est scindé en deux : il y avait Paris, le leader, là où le « New Look » avait été inventé, et tout un éventail de créateurs londoniens. C’est sur ces créateurs que nous nous sommes concentrés, il y avait quelque chose de très intéressant à explorer dans l’idée qu’un tel raffinement pouvait naître au cœur d’une si grande austérité ambiante ». Même si certains pourront le juger peut-être trop contemplatif, Phantom Thread de par son sujet se devait d’être esthétique et de ce côté là le film est entièrement maîtrisé. Qu’il s’agisse du réalisateur qui fait de son film une œuvre du 7e art ou de l’artiste qui perfectionne chaque création artistique, Phantom Thread fait écho à la beauté. La profondeur de ce long-métrage, ne se résume cependant pas qu’à ses formes…

Phantom Thread

Ce qui caractérise le mieux Phantom Thread, c’est sa tragique histoire d’amour. Paul Thomas Anderson nous compte ainsi les déboires d’une relation génie-muse. Si les artistes sont souvent inspirés par leurs relations amoureuses, Reynolds Woodcock n’y fait donc pas exception. Avec Alma c’est tout le quotidien du maitre couturier qui va vaciller. Les débuts sont toujours riches de collaborations, mais avec le temps la routine s’installe. La jeune femme prévient le créateur dès le début avec ses mots : Quoi que tu fasses, fais le avec soin. Cet avertissement semble être plus mis en application dans le travail de Woodcock que dans sa relation avec elle. Le réalisateur insiste sur le lien ténu, le constant balancier, l’équilibre qu’il faut trouver entre vie privée et professionnelle. La relation entre Alma et Reynolds, bien que difficile, est sincère. Toutefois, il n’y a aucune scène charnelle dans Phantom Thread. Peu de baisers, pas de scènes de lit. Le réalisateur a décidé d’élever l’amour au rang d’art en le sublimant très subtilement. Peut-être aussi pour mieux montrer le côté toxique. C’est seulement quand le créateur est faible qu’Alma trouve enfin sa place, que l’amour que les personnages se portent semble être égal. Le titre fait notamment référence aux forces occultes qui tissent les destins et qui échappent au contrôle des humains. L’amour et l’art sont des choses qui peuvent finir par nous maîtriser.

Étude de femmes

Paul Thomas Anderson brosse le portrait d’un homme : Reynolds Woodcock, mais à travers le prisme de sa relation avec 3 femmes particulières. Évidemment, il y a Alma, la muse, celle qui raconte l’histoire. Le couturier tombe sur la jeune femme alors que celle-ci est serveuse. Vicky Krieps, joue avec brio celle qui deviendra Mme Woodcock. L’actrice luxembourgeoise, peu connue jusqu’alors, éblouie par sa justesse d’interprétation. Elle a su trouver cette candeur de jeune provinciale et à la fois provoquer le malaise chez le spectateur. Alma sous ses airs d’amoureuse éperdue est en effet une fin stratège. Une Mme Woodcock en cache d’autre… Dans la famille, il y a la sœur de l’artiste. Cyril, campée par Lesley Manville, a dédié sa vie à l’œuvre de son frère. C’est elle qui est là depuis toujours, qui a aidé Reynolds à coudre la robe de mariage de leur mère et c’est elle qui congédie les femmes dont l’artiste s’est lassé. Bien qu’elle défende l’homme coûte que coûte, le réalisateur fait d’elle l’égal du créateur, elle ne se gêne donc pas pour lui dire ce qu’elle pense au petit-déjeuner. Pour finir, il y a la mère, la figure tutélaire qui plane sur chaque vêtement cousu. Dans ses délires, elle accompagne Reynolds Woodcock toujours vêtue de sa robe de mariée. Si cette dernière apparaît bien moins dans le film que les deux autres, c’est à elle qu’il doit tout. Ces femmes sont essentielles à la psychologie du héros et donc à celle du film.

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Phantom Thread : quand l’amour ne tient qu’à un fil…

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 4 min
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