Le weekend du 2 et 3 décembre avait lieu, à la Philharmonie de Paris et à la Cité de la Musique, la 5ème édition du Weekend des Musiques à l’Image. Audi a encore une fois fait les choses en grand dans le cadre de son programme culturel « Audi Talents Awards ». Rencontres, ateliers/échanges et soirées hommages à deux maîtres du cinéma, Jim Jarmusch et Spike Lee, ont rythmé ce beau weekend.

L’édition 2015 fut une franche réussite, la cuvée 2016 n’en était pas moins bonne. En effet, pour la 10ème année des Audi Talents Awards, c’est en grande pompe qu’Isabelle Giordano a lancé la soirée de clôture dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie, en compagnie de Jean-Bernard Piron (directeur marketing Audi France) et de Laurent Bayle (directeur général de la Cité de la Musique Philharmonie de Paris).
Cette soirée est venue mettre un joli point final à un weekend placé sous le signe de la musique et du cinéma où petits et grands ont pu s’amuser autour d’ateliers musicaux et autres découvertes acoustiques.

Philharmonie musiques

La Philharmonie fait son cinéma

Grâce aux présences de David Coulter et Terence Blanchard, ce sont deux grandes personnalités du cinéma qui ont vu leurs œuvres renaître, le temps d’un weekend. Le premier a amené son film Paterson (sortie le 21 décembre) sur les marches du Festival de Cannes 2016 , le deuxième est connu pour avoir plusieurs fois dirigé le superfamous Denzel Washington dans ses films (Malcolm X, Inside Man, He Got Game …)
La musique est un des points communs des deux cinéastes. Jim Jarmusch, par son groupe de rock SQÜRL dont il est membre depuis 2010 et Spike Lee, par la réalisation de clips vidéos pour, entre autres, Michael Jackson, Prince ou encore Eminem. 

C’est cet aspect qui a été mis en avant durant tout ce weekend avec deux concerts magistraux en point d’orgue. Le samedi, David Coulter et sa troupe ont revisité l’univers de Jim Jarmusch. Électrisante, cette représentation d’1h30 nous a permis de nous plonger dans les films du réalisateur américain. La mise en scène, qui n’avait pas son pareil, nous a offert durant les 15 premières minutes, un mariage d’images en noir et blanc et de musiques nous faisant voyager de plein pied dans les réalisations de Jarmusch. 

 I, 23 ans :  « J’ai été transportée par la scénographie. De très belles performances, une mise en scène réussie appuyée par un jeu de son et lumière efficace. Des invités talentueux, dont l’interprète de “I Put a Spell On You”, qui a été pour moi le moment marquant de la soirée tant sa voix m’a donnée des frissons. Quelques morceaux étaient moins à la portée du spectateur n’étant pas familier avec l’univers de Jim Jarmusch, mais la découverte fut appréciable, de par la qualité des musiciens et des chanteurs ».

Philharmonie musiques

Deuxième moment fort de ce weekend, la performance de Terence Blanchard, trompettiste et véritable jazzman. Pour faire simple, Terence Blanchard est à Spike Lee, ce qu’Ennio Morricone est à Sergio Leone, c’est-à-dire un duo inséparable. Collaborant sur la majorité des films du cinéaste natif d’Atlanta, Blanchard était sans conteste le mieux placé pour proposer « The Movie Music of Spike Lee ». Et qu’on se le dise, ce fut une franche réussite.

Clockers, Mo’ Better Blues, 25th Hour, Jungle Fever ou encore Malcolm X, ils y sont tous passés et ce pour notre plus grand bonheur. Agrémenté des images de Spike Lee, on ne savait plus où donner de la tête ! L’excellent Britten Sinfonia (dirigé par Vince Mendoza) était parfaitement au diapason de Terence Blanchard, qui avait emmené avec lui son Quintet ainsi que Dianne Reeves, Angélique Kidjo et China Moses, trois chanteuses qui auront dynamisé toute la salle en quelques notes. La Philharmonie aura fini debout en applaudissant à tue-tête sur un final so jazzy, aux allures de gospel. 
Mention spéciale pour « When the Leeves Broke » qui nous aura replongé, avec douceur et mélancolie, dans le terrible ouragan Katrina qui a frappé la Nouvelle-Orléans (documentaire de Spike Lee en 2006).

 M, 24 ans : « Une soirée musicale à la Philharmonie, bien différente de celles que l’on a l’habitude de vivre ou d’imaginer. Plongée dans un univers afro-américain avec un orchestre et des chanteuses aux voix impressionnantes, j’ai passé une soirée mémorable dans un lieu grandiose ».

Des Masterclass de qualité

Des rencontres/conférences étaient organisées samedi et dimanche, en amont des deux concerts. C’est Stéphane Lerouge qui était en charge d’animer ces masterclass qui auront donc reçu, pour la première, Terence Blanchard & Danny Kapilian, et pour la deuxième, Bertrand Tavernier.

Extraits

 Terence Blanchard, compositeur :
« Je n’ai jamais rêvé faire de la musique pour le cinéma car je ne savais pas que l’on pouvait en faire une carrière ».
« Spike Lee est un grand documentariste et son utilisation de la musique dans ses films est toujours calquée sur le même schéma ».
« Passer de la musique de Jungle Fever à celle de Malcolm X m’a demandé de longues réflexions sur une courte durée. Je ne pensais pas que Spike Lee me choisirait pour ce film mais quand il m’a proposé de le faire, j’étais très honoré et j’ai senti qu’une forme de respect s’installait entre Spike et moi ».
« Une chose que j’apprends à mes étudiants, c’est que chaque mélodie est malléable. Il faut laisser de la place pour que les choses puissent exister et là où il y a des conflits, de l’harmonie ou du rythme, c’est à ce moment qu’il faut manipuler. L’étape la plus importante est d’essayer ».
« Le compositeur de musique de film doit aider le réalisateur à raconter son histoire ».
« Spike Lee a souvent eu cette étiquette de noir américain en colère mais j’ai toujours dit qu’en réalité, il était simplement un New-Yorkais ».

 Danny Kapilian, producteur :
« J’ai toujours aimé la musique jazz des années 40. En entendant l’album de Terence en ommage à Billie Holiday, j’ai immédiatement eu l’idée d’en faire un spectacle autour de ses musiques de films ».
« Spike Lee et Terence ont une des plus longues associations entre un réalisateur et un compositeur depuis Hitchook et Bernard Herrmann ».
« Ces deux créateurs ont le don magnifique de capter la personnalité d’une ville comme New-York ».

 Bertrand Tavernier, réalisateur :
« Un jour on m’a donné une définition percutante : le blues, c’est quand t’as plus de travail et que ta petite amie t’as plaquée ».
« Il y a des hasards dans la vie d’un cinéaste mais quand on y réfléchit, ce sont des hasards qui devaient arriver ».

Pour sûr, la prochaine édition du Weekend des Musiques à l’Image promet, même si le programme a été intelligemment mis sous silence par Laurent Bayle …

Weekend des Musiques à l’Image 2016 à la Philharmonie

par Sébastien Grandol Temps de lecture : 5 min
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