C’est dans une petite ville de la banlieue madrilène que Desireé Godoy, 33 ans, joueuse de futsal brésilienne, m’avait donnée rendez-vous. Elle vient tout droit de Porto Alegre. Elle a quitté son Brésil natal afin de jouer sous les couleurs de l’Atlético de Madrid Navalcarnero. Rencontre avec une grande joueuse d’une simplicité incroyable que j’ai eu l’immense chance de rencontrer et dont je vous dresse le portrait. Une jeune femme qui a commencé à jouer dans la rue avec les garçons et qui s’est retrouvée des années plus tard à défendre les couleurs de la Sélection Brésilienne de futsal et de football.

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Desireé lors du match de futsal contre Poio Pescamar / Sonia Malek ©

Plus de 30 minutes en bus qui passe toutes les heures et j’arrivais à Navalcarnero. Il était très difficile de s’imaginer que j’étais seulement à moins d’une heure en transport de la capitale madrilène tant la ville était déserte. Ville qui contrastait totalement avec la capitale aux rues pleines de touristes et aux stades pleins à craquer. Le contraste pouvait aussi se faire au niveau du sport que j’allais voir. C’est dans le gymnase de la ville que Desireé m’avait donnée rendez-vous. Elle et son équipe disputaient un match contre Poio Pescamar, une équipe galicienne. Je ne peux pas vraiment dire que les gradins étaient vides, ça serait mentir. Mais avec un club aussi grand, je m’attendais peut-être à un peu plus de personnes. Évidemment, je sais que le futsal a beaucoup moins de médiatisation que le football et le futsal féminin encore moins… Dès qu’elle m’a vue, elle m’a serrée dans ses bras comme si nous étions des amies de longue date. Une personne très chaleureuse et très modeste.

C’est donc juste après leur victoire 3-0 que j’ai pu retrouver Desireé, assises toutes les deux dans un couloir.

Du Brésil à l’Espagne

Comme je vous l’ai dit, elle a commencé  à jouer dans la rue avec les garçons. Petite, elle jouait au foot mais aussi au tennis. En grandissant, elle a définitivement arrêté le tennis pour se concentrer sur la grosse ba-balle. Elle a donc joué au football en club et avec sa sélection, inutile de vous dire à quel point, c’est une crack. Lorsque je lui fais la remarque, elle me dit : « Je ne suis pas si bonne que ça. » Humble, je vous disais.

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Les joueuses de futsal L’Atlético de Madrid Navalcarnero / Sonia Malek ©

Desireé joue sa deuxième saison au club rouge et blanc. Comment a-t-elle débarqué en Espagne ?

Très vite, elle m’a expliqué que lors d’un match de sa sélection, des dirigeants de l’Atletico Madrid l’ont observée. Elle me dit qu’ils sont venus la voir pour lui faire une proposition : celle de jouer sous les couleurs « colchoneras » car ils avaient besoin d’une joueuse comme elle. Desireé qui « en avait marre de jouer contre les mêmes équipes, les mêmes joueuses » a accepté. Elle voulait changer de système de jeu, apprendre une nouvelle culture.

La médiatisation dans le futsal

L’Atlético Madrid Navalcarnero fait partie des meilleures équipes de futsal du Monde et à même été la meilleure équipe du Monde en 2015. Elles ont réalisé le Triplete (Triplé) en gagnant la Liga, la Supercopa et la Coupe d’Espagne. Cette année, elles sont, une nouvelle fois leaders de leur championnat. Alors, : pourquoi personne ne parle d’elles ? En me racontant le palmarès de son club, Desireé me dit l’air résigné : « On est leaders du championnat, notre club de futsal est l’un des meilleurs mondiaux mais peu sont au courant. » Mais elle a quand même un espoir, les choses changent, comme dans le football féminin, le public commence à pointer le bout de son nez et Desireé est même sûre que dans les années à venir le futsal va être beaucoup plus populaire qu’il l’est aujourd’hui. Après tout, ce changement commence déjà dans le football féminin.

Je lui demande même si l’Atlético l’a « achetée » elle me dit tout de suite que dans le futsal féminin (et même dans le football féminin brésilien en général), les joueuses n’ont pas d’agent. Elles décident seules, elles n’ont pas autant d’argent que les hommes, elles ne sont pas autant médiatisées, vous l’avez compris.

On sait tous que les footballeuses sont malheureusement moins prises au sérieux que les hommes. Un peu comme dans chacun des métiers de notre société, non ?

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Désireé après leur victoire // Sonia Malek ©

Moins d’argent, plus de passion ?

« Beaucoup pensent qu’on est moins fortes que les hommes parce qu’on est des femmes, mais lorsqu’on joue contre eux, on les bat. S’ils nous battent c’est avec un ou deux buts de différence. »

Elle n’est pas du tout jalouse des hommes, au contraire, elle aime le foot et son joueur préféré est Iniesta. En fustal, elle apprécie Ricardino, élu meilleur joueur mondial. Ce qu’elle aimerait c’est qu’un plus grand nombre puisse connaître son sport, sa passion, son métier. Pour Desireé, un des problèmes du football masculin, c’est l’argent. Beaucoup de joueurs ont perdu l’amour de leur métier. Les femmes, selon elle, non. Elle a étudié la physiothérapie. Au Brésil, beaucoup étudient à la fac et participent aux tournois universitaires. Beaucoup ont deux emplois : le futsal et un autre pour pouvoir « manger. »

Desireé a quitté sa famille, son pays, ses repères, ses études pour l’amour du football.

Portrait : « On joue par passion pour le futsal ! »

par Sonia Malek Temps de lecture : 4 min
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