560 romans supplémentaires sur les étals des libraires cette rentrée – on jurait la fin du papier à l’aube du numérique, et force est de constater qu’on en est loin. Si le prix des lecteurs FNAC a donné le la à la saison des prix d’automne en couronnant d’emblée Petit Pays, la sensation littéraire de Gaël Faye, les prestigieux jurés ont commencé à amorcer les sélections qui encensent les fleurons de l’industrie littéraire. Goncourt, Renaudot et compagnie : voici le guide du monde du livre, cuvée 2016.

(New !) Le Goncourt : Chanson Douce, Leila Slimani

En 2015. Celui qui a couronné la fameuse (et indigeste) Boussole de Mathias Enard l’année dernière, et qui a fait sensation en mai en donnant le Prix du Premier Roman à Joseph Andras, l’illustre inconnu en marge des médias dont l’ouvrage n’avait été ni annoncé, ni même sélectionné, a dévoilé sa première sélection 2016 au début du mois.

Le lauréat. Le Prix Goncourt 2016 est attribué à Leila Slimani pour son roman Chanson Douce. Un résultat qui met à mal les critiques fréquentes taclant ce prix de sexiste.

La sélection. Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait (Gallimard)
Jean-Baptiste Del Amo, Règne animal (Gallimard)
Jean-Paul Dubois, La succession (L’Olivier)
Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
Frédéric Gros, Possédées (Albin Michel)
Régis Jauffret, Cannibales (Seuil)
Luc Lang, Au commencement du septième jour (Stock)
Leila Slimani, Chanson douce (Gallimard)

Règne Animal,Jean-Baptiste del Amo, Gallimard Prix Littéraire
Règne Animal, Jean-Baptiste del Amo, Gallimard, 18 août 2016, 21€

Ce qu’on en pense. Gaël Faye est le gros favori du Goncourt – et des sept autres titres d’automne dans lesquels Petit Pays apparaît. On y retrouve sans surprise Catherine Cusset, Leila Sliamni et Frédéric Gros. Laurent Mauvignier et Yasmina Reza n’ont pas résisté au premier écrémage.

On parie sur. Règne Animal, Petit Pays, Cannibales.

Focus. Règne Animal. Règne animal retrace, du début à la fin du vingtième siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. Dans cet environnement dominé par l’omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d’une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle, reflet d’une violence ancestrale. Une fresque polyphonique qui s’inscrit dans un microcosme reflétant la bestialité qui imprègne nos vies – la violence est dans le près.

(New !) Le Renaudot : Babylone, Yasmina Reza

En 2015. Vieux rival du Goncourt, le Renaudot a couronné des auteurs comme la subversive Virginie Despentes ou Eric-Emmanuel Schmidt (qui ont ironiquement rejoint les jurés du Goncourt l’année dernière !) et, l’année dernière, Delphine de Vigan. De réputation un peu plus rock’n’roll que le Goncourt, jugé trop académique, ce prix représente le big price du contemporain, là où la littérature fait la part belle à la modernité.

Le lauréat. Le Renaudot 2016 est attribué à l’incroyable Yasmina Reza pour son roman Babylone. Un résultat pas tellement attendu mais bien mérité.

La sélection. Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Le Dernier des nôtres (Grasset)
Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
Régis Jauffret, Cannibales, (Seuil)
Serge Joncour, Repose-toi sur moi (Flammarion)
Simon Liberati, California girls (Grasset)
Laurent Mauvignier, Continuer (Minuit)
Yasmina Reza, Babylone (Flammarion)
Leila Slimani, Chanson douce (Gallimard)

chanson-douce leila slimani prix liittéraire
Chanson Douce, Leila Slimani, 18 août 2016, 18

Ce qu’on en pense. Une sélection qui fait ressortir les must-read de la rentrée. Dommage, néanmoins, qu’elle soit si attendue.

Calendrier. Le lauréat, devra attendre le 3 novembre pour être proclamé – le même jour que le Goncourt et l’Interallié.

On parie sur. California Girls, Chanson Douce, Cannibales.

Focus. Chanson Douce. Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant. 

(New !) Le Médicis : Laetitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka

En 2015. Prix apologétique de l’ultra modernité et du style en littérature, le Médicis, fondé par un des pionniers du Nouveau Roman, a récompensé Nathalie Azoulai (et Racine) pour Titus n’aimait pas Bérénice, un roman qui est un véritable exercice de style et qui mêle brillamment une histoire d’amour avortée du 21ème siècle à la naissance auctoriale du grand Racine, au cours d’une très belle réflexion sur la littérature.

Le lauréat. Le Prix Médicis a été décerné à Ivan Jablonka pour Laetitia ou la fin des hommes (Seuil) paru le 23 août. Il a déjà reçu les Prix Transfuge du meilleur essai 2016 et Prix littéraire du Monde 2016. Il a reçu cinq voix au 7e tour, contre trois pour Nathacha Appanah (Tropique de la violence, Gallimard). Le livre retrace l’enquête autour de Laëtitia Perrais, 18 ans, qui est enlevée en janvier 2011, avant d’être poignardée et étranglée. Pendant deux ans, l’auteur a rencontré les proches, la famille ainsi que les acteurs de l’enquête, avant d’assister au procès du meurtrier. II étudie sa vie comme un fait social, révélateur de la violence que subissent les femmes.

La sélection. Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
Stéphane Audeguy, Histoire du lion personne (Seuil)
Nicolas Idier, Nouvelle jeunesse (Gallimard)
Ivan Jablonka, Laetitia ou la fin des hommes (Seuil)
Denis Michelis, Le bon fils (Notabilia)
Céline Minard, Le grand jeu (Rivages)
Arnaud Sagnard, Bronson (Stock)

La Liste rentrée littéraire Tropique de la violence, Nathacha Appanah
Tropique de la violence, Nathacha Appanah, Gallimard, 25 août 2016, 17,50€

Ce qu’on en pense. Une sélection un peu plus variée que les autres, qui promet une très belle qualité littéraire – peut-être au détriment de la littéralité. (Et c’est dommage.)

On parie sur. Tropique de la violence, Laetitia ou la fin des hommes, Bronson.

Focus. Tropique de la violenceTropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

(New !) Et L’Académie Française : Le Dernier des nôtres, Adélaïde de Clermont-Tonnerre

En 2015. L’année dernière, l’Académie Française a récompensé l’impressionnant 2084, La Fin du monde de Boualem Sansal, entre science-fiction et séance de voyance.

Le lauréat. Le Grand Prix de l’Académie Française 2016 a été décerné, ce 27 octobre, à Adélaïde de Clermont Tonnerre pour son roman Le Dernier des nôtres.

La sélection. Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Le dernier des nôtres (Grasset)
Éric Deschodt, Penjab (De Fallois)
Benoît Duteurtre, Livre pour adultes (Gallimard)
Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
Philippe Forest, Crue (Gallimard)
Stéphane Hoffmann, Un enfant plein d’angoisse et très sage (Albin Michel)
Marcus Malte, Le garçon (Zulma)
Sylvain Prudhomme, Légende (Gallimard)
Karine Tuil, L’insouciance (Gallimard)
Éric Vuillard, 14 Juillet (Actes Sud).

14 juillet ERIC VUILLARD prix littéraire
14 juillet, Éric Vuillard, Actes Sud, 18 août 2016, 19€

Ce qu’on en pense. Franchement ? Pas grand chose.

Calendrier. La prochaine sélection est pour le 13 octobre (ça y est, c’est passé !), la proclamation est pour le 27.

On parie sur. Le Dernier des nôtres.

Focus. 14 Juillet. La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.

 (New !) Le Fémina : Marcus Malte, Le Garçon

En 2015. L’année dernière, le Fémina a récompensé La Cache, de Christophe Boltanski. Malgré des sélections qui se rapprochent des autres grands prix, le Fémina a traditionnellement toujours accordé son prix à des outsiders plutôt qu’à des grands favoris.

Le lauréat. Le Fémina 2016 a été décerné, ce 25 octobre, à Marcus Malte pour Le Garçon, à 7 voix contre 3 pour Tropique de la violence. C’est la première fois qu’un prix littéraire est décerné aux très jeunes (et très colorées) éditions Zulma, et c’est un beau pied de nez à ce qu’on reproche souvent aux prix littéraires, à savoir leur propension à « fausser » la donne en récompensant seulement les grosses maisons d’édition et donc les romans les plus médiatisés. On adore !

La sélection. Jean-Baptiste Del Amo, Règne animal, (Gallimard)
Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
Hélène Gestern, L’odeur de la forêt (Arléa)
Luc Lang, Au commencement du septième jour (Stock)
Marcus Malte, Le garçon (Zulma)
Laurent Mauvignier, Continuer (Minuit)
Florence Seyvos, La sainte famille (L’Olivier)
Thierry Vila, Le cri (Grasset)
Emmanuel Venet, Marcher droit, tourner en rond (Verdier)
Eric Vuillard, 14 juillet (Actes Sud)

le garçon prix littéraire Marcus Malte
Le Garçon, Marcus Malte, Zulma, 18 août 2016, 23,50€

Ce qu’on en pense. Cette sélection voit un peu plus loin que les sensations littéraires de la rentrée. On parierait volontiers sur Marcus Malte, Florence Seyvos ou Emmanuel Venet.

On parie sur. Le Garçon, Tropique de la violence, Continuer.

Focus. Le Garçon. Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Roman sublime qui frôle l’apprentissage et qui s’en affranchit magnifiquement bien, Le Garçon, sélectionné dans de prestigieux prix, est singulier et drôle, radical, grave – un roman qui mesure la démesure du monde et l’épreuve de la vie.

L’Interallié

En 2015. Prix décerné à un journaliste par des journalistes, l’Interallié 2015  a mis les pleins feux sur Laurent Binet et son roman La Septième fonction du langage (Mais qui a tué Roland Barthes ?). Et c’était largement mérité.

La sélection. Paul Baldenberger, A la place du mort (Les Equateurs)
François Cérésa, Poupe (Le Rocher)
Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Le dernier des nôtres (Grasset)
Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait (Gallimard)
Jean-Paul Dubois, La succession (L’Olivier)
Lionel Duroy, L’absente (Julliard)
Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
Stéphane Hoffmann, Un enfant plein d’angoisse et très sage (Albin Michel)
Serge Joncour, Repose-toi sur moi (Flammarion)
Leïla Slimani, Chanson douce (Gallimard)
Karine Tuil, L’insouciance (Gallimard)
Eric Vuillard, 14 Juillet (Actes Sud)
Benoît Duteurtre, Livre pour adultes (Gallimard)

L'insouciance karine Tuil prix littéraire
L’Insouciance, Karine Tuil, 18 août 2016, 22€

Ce qu’on en pense. Benoît Duteurtre rentre avec fracas dans cette seconde sélection avec son remarqué Livre pour adultes. Un présage pour le 8 novembre ?

Calendrier. La deuxième sélection vient d’avoir lieu, la troisième est pour le 3 novembre, et le lauréat pour le 8.

On parie sur. La Succession, Petit Pays, 14 Juillet.

Focus. L’insoucianceDe retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde. Un roman qui mêle le palpitant au sublime.

On suit pour vous : la saison des prix littéraires

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 9 min
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