Pursuit of Loneliness de Laurence Thrush, avec une retenue qui le rapproche d’un documentaire,  jette un coup de projecteur sur la terne vie des personnes isolées dans les grandes villes et nous amène à prendre conscience de l’ampleur qu’a prise la solitude dans nos sociétés.

Le titre, sans équivoque, annonce le thème du film, avec une neutralité qui s’impose comme le leitmotiv de l’œuvre de Laurence Thrush. Elle nous invite à suivre en parallèle les derniers moments de la vie d’une vielle femme seule, Cynthia Ratsch et le travail des services sociaux qui tentent de retrouver ses (rares) proches pour ne pas qu’elle ne disparaisse dans l’anonymat le plus complet.

Produit en 2012 et présenté en sélection officielle au festival indépendant de Sundance en 2012 et au festival international du film de La Rochelle, le film se veut au plus proche de la réalité, et fait appel pour cela à des non-comédiens qui jouent leur propre rôle. Des infirmières à la déléguée du coroner en passant par les services sociaux de l’hôpital où la vielle dame décède, chacun s’illustre par son professionnalisme et sa volonté de retrouver les proches de la victime. Le film s’efforce de ne jamais plonger dans le pathos et garde une certaine distance à la fois avec Cynthia Ratsch et avec les différents fonctionnaires mis en scène en recourant à l’usage du noir et blanc et de plans qui font du spectateur un témoin discret des différents événements, sans jamais être voyeur.

Solitude

Si l’on est marqué par le dénuement dans lequel vit la vieille femme, qui vit seule avec ses deux chiens dans un pavillon de Los Angeles où s’amoncellent les ordures, la réalisatrice nous fait comprendre que la solitude ne se réduit pas à ce cas plutôt extrêmes : le film suit aussi un homme admis en maison de repos qui a la chance d’avoir encore des parents proches. Mais la solitude est tout de même montrée dans ce qu’elle peut avoir de cruel, ainsi la seule visite que reçoit l’héroïne est celle des Témoins de Jéhovah et son seul parent s’avère être un parent éloigné vivant dans le Texas, qui ne souhaite pas être mêlé à la procédure et symbolise, de façon presque caricaturale l’indifférence des gens intégrés à la société pour ceux qui ne le sont pas ou plus.

A la fois dans le fond et dans la forme, Pursuit of Loneliness nous confronte avec une efficacité mais aussi avec froideur à la solitude, à travers le parcours d’une femme qui vaut pour toutes les personnes dans son cas. Pour peu que l’on dépasse sa rigidité formelle, il nous invite à tous réfléchir à la place que l’on accorde à ceux qui vivent seuls alors que le nombre de personnes isolées s’est accru ces dernières années.

 

Pursuit of Loneliness, la solitude montrée au grand jour

par contributeurs Temps de lecture : 2 min
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