La ville de Paris abrite du 13 septembre au 24 décembre 2017 les photographies de Raymond Depardon, artiste polyvalent à la fois photographe, réalisateur et écrivain. Diverses photographies sont exposées à la Fondation Cartier-Bresson, à la mairie de Paris ainsi qu’à la Bibliothèque François Mitterrand.   L’exposition située à la Fondation Cartier-Bresson s’intitule « Traverser », un beau titre pour cette exposition qui nous fait voyager de la campagne française aux déserts américains, en passant par Glasgow ! 

Depardon : une carrière transversale

Depardon est un nom familier pour beaucoup de monde. Certains le connaissent pour ses photographies, d’autres pour ses courts-métrages et ses films, dont le plus récent s’intitule Les Habitants, sorti en 2016. D’autres encore, plus rares, le connaissent pour ses livres, dont le plus récent est un livre éponyme de l’exposition actuelle de la Fondation Cartier-Bresson. Raymond Depardon, 75 ans, est donc un touche-à-tout. 

Depardon
Glasgow, Ecosse, 1980, Raymond Depardon

L’exposition de la Fondation Cartier-Bresson vise à retracer certains moments de la photographie de Raymond Depardon. Cette exposition s’articule autour de divers axes, répartis sur trois étages de la Fondation. Le premier axe est intitulé Terre Natale. Là, on peut observer des photographies de sa maison et de la ville de Villefranche-sur-Saône, qui l’a vu grandir, ainsi que des photos de Paris, ville où il vécut plus tard. Il s’agit là de photos intimistes, où l’on peut apercevoir la chambre parentale de sa maison d’enfance, et bien d’autres détails reflétant ses souvenirs d’enfance. Elles plongent le spectateur dans ces souvenirs, et peuvent lui rappeler des scènes ou des détails de sa propre enfance. Cette première partie est en dialogue constant avec une deuxième partie de l’exposition, Le Voyage, qui illustrent les allers-retours fréquents de Raymond Depardon, faisant de lui un homme constamment en mouvement. Il appelle ce sentiment, qui accompagne ses nombreux voyages, le fait d’être « un expatrié de l’intérieur ». On peut alors voir des photos prises en Allemagne (ex-RDA), à Beyrouth, ou encore à Peshawar, au Pakistan. 

Depardon
Park Avenue, New-York, 1981 Raymond Depardon

L’hôpital et la prison: des thèmes de prédilection

Les deux autres axes de l’exposition sont La douleur et L’enfermement. On peut alors voir un photographe préoccupé par la sensation de l’enfermement,  mais également par la maladie et la souffrance mentale notamment lorsqu’il travaille sur les asiles en Italie. On peut également voir à quel point il tente de renouveler son travail photographique concernant cette institution. Il dira d’ailleurs, dans le livre éponyme de cette exposition, pour décrire son procédé : « Le photographe est là, il ressemble à un nouvel arrivant, à un nouveau pensionnaire, on le voit tous les jours, ce n’est ni un médecin ni un infirmier, il n’est pas du métier, il tourne lui aussi, il cherche quelque chose, il a l’air sympathique, pas encore très à l’aise, il ne parle pas. » Ce premier travail sur l’hôpital de Collegno en Italie, sera un de ses premiers sur ces institutions. On peut notamment voir aujourd’hui, avec la sortie récente de son documentaire intitulé 12 jours, traitant des personnes internées sans leur consentement, à quel point sa réflexion sur cette institution se déroula sur une très longue période de la carrière de Depardon. Mais sa réflexion sur l’enfermement ne s’arrête pas seulement aux hôpitaux, puisqu’il s’appliquera également à photographier les prisons, lieu premier de l’enfermement. 

Raymond Depardon
Hôpital psychiatrique Collegno, Turin, Italie, 1980 Raymond Depardon

À travers cette exposition, Raymond Depardon nous montre à quel point l’écriture, le cinéma et la photographie offrent des temporalités radicalement différentes, et pourtant très complémentaires. L’écriture est une temporalité lente, où l’on s’écoute d’abord soi-même mais également où l’on impose son rythme, tandis que la photographie est d’abord l’écoute de l’autre, où l’on se laisse imposer le rythme de l’autre. Pourtant, en accompagnant chacune de ses photos d’un texte, Depardon réussit une parfaite complémentarité de l’écrit et de la photographie. 

Pauline Linard-Cazanave

La Traversée de l’oeuvre de Raymond Depardon

par contributeurs Temps de lecture : 3 min
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