Vous auriez tort de vivre avec l’idée que vous pouvez bien vous passer de lire les « pavés » d’oeuvres très connues si vous avez vu leurs adaptations cinématographiques. Sachez qu’il y a parfois des adaptations ratées et dans ce cas, rien ne vaut le livre ! Cependant, on vous l’accorde, il y a aussi des films tirés de romans qui sont tellement excellents qu’ils sont en eux-mêmes de véritables chef-d’oeuvres, indépendamment de leur source. Afin d’éviter que vous ne manquiez ces joyaux, on vous présente trois d’entre eux.

Rebecca : Daphne du Maurier et Alfred Hitchcock

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Laurence Olivier (Max Winter) et Joan Fontaine (la jeune fille)

Ne dites pas que vous ne connaissez pas ! Depuis la parution l’an dernier de la biographie de Daphne du Maurier par Tatiana de Rosnay, Manderley for ever, l’écrivaine anglaise dont on en entendait peu parler jusque là revient légitimement sur le devant de la scène. Cette biographie évoque tout particulièrement le fameux roman de Daphne du Maurier, Rebecca, paru pour la première fois en 1938. L’histoire est, sans trop vous en dévoiler, celle d’une jeune fille qui va découvrir peu à peu le domaine de Manderley et les secrets qui l’entourent depuis des années. L’histoire de base du roman comporte peu d’actions mais renferme une ambiance essentielle, faite de suspens, de mystères et de tensions, qu’il pourrait sembler bien difficile à transcrire sur un écran. Pourtant, c’est ce que fit le célèbre Alfred Hitchcock.

Une des réussites du film est sans conteste le retour à une atmosphère tout aussi interrogative. Une autre réussite notable est de ne pas avoir cherché à figurer Rebecca par une actrice, ce que le cinéma aurait pu faire. Rebecca reste donc à la fois absente et présente, tout comme dans le livre. Là où le roman utilisait ses propres codes pour figurer un personnage absent, le cinéma utilise les siens : Rebecca est ainsi rendue visible par les affaires qu’elle a laissé derrière elle et par le langage, son prénom revenant plusieurs fois. Le film reste très fidèle au roman et on n’en demandait pas moins car Rebecca est l’un des meilleurs romans de Daphne du Maurier. Les acteurs sont formidables, avec Joan Fontaine dans le rôle de la jeune fille (la narratrice dans le roman) et Laurence Olivier dans celui de Maximilien de Winter.

N’en déplaise à Hitchcock qui a été déçu par le résultat final, il s’agit d’un vrai petit bijou, digne de l’oeuvre de Daphne du Maurier !

Barry Lyndon : William Tackeray et Stanley Kubrick

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En 1852 paraît à New York le roman (et quel roman !) Mémoires de Barry Lyndon du Royaume d’Irlande (The Luck of Barry Lyndon), écrit par William Makeapeace Thackeray. Le personnage principal, Redmond Barry, fuit son Irlande natale après un duel, pensant avoir commis un meurtre. Ses mémoires relatent donc son histoire, celle d’un parvenu qui passe par l’armée avant de s’attaquer au jeu. Il devient alors Barry Lyndon. En 1975, sort une adaptation cinématographique réalisée par le fameux Stanley Kubrick. Si l’histoire du film est racontée par un narrateur, il omet pourtant la forme de mémoires que prenait le roman. Hormis cette infidélité, le film est véritablement représentatif du XVIIIème siècle par différents aspects. Tout d’abord, le décor est réaliste et donne toute la place à la nature… et à l’imaginaire du spectateur. Le début du film est marqué par une musique typiquement irlandaise qui donne le contexte géographique du récit, en plus de l’image. Les costumes sont également une autre réussite de l’oeuvre. Comme dans le roman, on va d’aventure en aventure mais le choix du réalisateur s’est fixé sur une narration assez lente, où la parole n’est pas dominante et laisse le temps au spectateur de se faire à l’ambiance. En somme, une belle adaptation qui permet de fixer en image tout ce que le livre laissait entrevoir.

Autant en emporte le vent : Margaret Mitchell et Victor Fleming

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Vivien Leigh (Scarlett O’Hara) et Clark Gable (Rhett Bulter)

On ne vous présente plus la célèbre héroïne américaine Scarlett O’Hara, qui doit survivre et s’occuper des siens lors de la guerre de Sécession. Le roman de Margaret Mitchell sorti en 1936 a inspiré le réalisateur Victor Fleming qui en fit un film sorti en 1939. Vous en avez sans doute entendu parler en tant que grand classique du cinéma puisqu’il remporta dix Oscars, dont celui de meilleur film l’année de sa sortie. Le duo principal de l’histoire, Scarlett O’Hara et Rhett Bulter, est magnifiquement interprété par Vivien Leigh et Clark Gable. L’histoire est tout en progression et si le décor est faux, les personnages n’en prennent que plus d’importance. Le propre de Scarlett est d’être une femme courageuse, qui ne se laisse pas faire et on la découvre ici telle une vraie femme d’affaires qui gère la scierie de son mari. Son personnage est un peu lent à démarrer niveau courage mais tout s’accélère après l’ « entracte » et l’on peut alors admirer ce modèle d’ambition. Voir ce film pourra vous permettre de voir (ou revoir) à quel point l’histoire de Margaret Mitchell est un chef-d’oeuvre, et, a contrario, si vous n’avez vu que le film, de lire ce roman formidable. Dernier argument : le producteur est Selznick, le même que pour le film Rebecca d’Alfred Hitchcock. Alors, vous n’avez plus qu’à vous laisser tenter !

Du roman au film : adaptation top ou flop ?

par Armandine Castillon Temps de lecture : 4 min
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