A partir du 2 mars 2016, on va s’empresser d’aller voir Saint Amour. Déjà parce que le titre combine le vin et l’amour, ce qui occupe une bonne partie de notre vie. Et plus sérieusement, parce que les précédentes collaborations entre le binôme Delépine/Kervern et les deux monstres du cinéma français Benoît Poelvoorde (Le Grand Soir en 2012) et Gérard Depardieu (Mammuth en 2010) étaient très réussies.   

Le synopsis

L’histoire est celle d’un père (Gérard Depardieu) qui entraîne son fils (Benoît Poelvoorde) sur la route des vins pour la première fois afin de se rapprocher de lui. Ils font ce périple accompagnés de Mike, incarné par Vincent Lacoste, leur chauffeur de taxi qui délivre des conseils amoureux avisés à Jean, qui a manifestement du mal à trouver l’amour.

En d’autres mots

Saint Amour, c’est une excursion père-fils sur les routes de France. Ni plus ni moins. Ce film est sans prétention, proche du documentaire, sans frou-frou ni paroles superflues. C’est juste trois petits gars très seuls qui s’assemblent le temps d’un trajet. C’est au moment où un père décide d’embarquer son fils sur la route des vins qu’un premier pas vers la réconciliation se fait. En somme, on nous conte l’histoire d’un père aimant qui cherche à remettre son fils dans un chemin à peu près droit.

Solitude collective

Tous les personnages de ce film, hommes comme femmes, ont un trait commun qui est l’infinie solitude de leur existence. Ce qui nous touche peu importe qui on est, car il arrive un moment dans notre vie où rien ne va plus, où l’on se retrouve seul à cause d’une séparation, d’une maladie, d’un décès. Lors de cette période difficile à surmonter, on se laisse tenter afin d’amoindrir sa peine. Comme Bruno, il se peut que l’on boive. Jean, lui, appelle et parle à la messagerie vocale de sa femme décédée. Et Mike joue les séducteurs assurés père de famille alors qu’en réalité il n’a jamais fait l’amour. Même si le titre et leur centre d’intérêt laissent à croire que le sujet du film est l’alcool, ce n’est pas le cas, mais cela souligne la solitude et la fragilité des personnages.

Saint Amour, avec Gérard Depardieu
Poelvoorde, Lacoste et Depardieu font la route des vins dans Saint Amour © Le Pacte

Remarquable de bienveillance

On rit beaucoup devant Saint Amour, et le rire est un bon indicateur car on ne le contrôle pas. On ressent également la sincérité des personnages dans leur jeu. Par ailleurs, réalisateurs et acteurs ont confirmé que les prises ont été faites sans répétition, en import le plus souvent. Ceci révèle les immenses facultés artistiques qu’ont ces acteurs car ils donnent tout à chaque séquence en s’abandonnant complètement.
Benoît Poelvoorde est génial, déjà parce qu’on ressent qu’il est bon, généreux et émotif. C’est d’ailleurs ce que l’on décèle au travers de sa filmographie et de ses créations. Il cherche à se marrer sans prétention, que ce soit au travers de C’est arrivé près de chez vous qui dépeint une satire de tout ce que la télévision nous apporte de mauvais au travers des télé-poubelles. Une place sur la terre, Trois coeurs, Les émotifs anonymes et même le récent Une famille à louer donnent à voir un Poelvoorde sensible, bienveillant, fragile mais qui aime profondément  et maladroitement les gens.

Gérard Depardieu tombe comme une évidence dans ce rôle de paysan, de par ce qu’il est physiquement et mentalement. Et pourtant, on ne l’a pas souvent vu dans ce registre.

Pourquoi on aime Saint Amour ?

Parce qu’on nous raconte une histoire à laquelle on croit, parce qu’elle transpire la bienveillance, la fragilité et le mal-être, et pour autant on est totalement attendri, par un Depardieu et un Poelvoorde des plus humbles, fragiles et humains.

Parce que c’est Depardieu, Poelvoorde et Lacoste, trois formidables acteurs symboles de leur génération.

Parce qu’on aime les actrices chez qui ils font escale : Chiara Mastroianni (et sa grâce héréditaire), Céline Sallette, Izia Higelin, Ana Girardot : elles sont divines, elles rythment toutes quatre l’aventure et font le charme du film. Ces femmes sont remarquables de par leur prestance, leur élégance naturelle, leur façon d’être en somme. Et dans ce cadre agricole des plus alcoolisés, elles donnent de la légèreté au film et illuminent la vie des personnages, et du coup du film.

Parce qu’on aime la musique, arrêtons-nous quelques instants sur les mélodies qui accompagnent les images avec brio. Elles sont créées par le grand Sébastien Tellier qui a réussi à mettre en valeur les sentiments et le ressenti des personnages. Sébastien Tellier a d’ailleurs donné une analyse très juste du cinéma de Delépine/Kervern : « Ils créent des personnages que l’on pourrait croiser dans un supermarché, et en même temps, ils en font des poètes. »

Daphné AR

Les autres sorties de la semaine

Zoolander 2, de Ben Stiller avec Ben Stiller, Owen Wilson, Penelope Cruz. Chronique à lire prochainement sur LEA 😉
Eperdument, de Pierre Godeau avec Guillaume Gallienne, Adèle Exarchopoulos, Stéphanie Cléau. 
La Chute de Londres de Babak Najafi, avec Gerard Butler, Aaron Eckhart, Morgan Freeman.

Belgica, de Félix Van Groeningen avec Tom Vermeir, Stef Aerts, Hélène De Vos.

« Sur la route du Saint Amour »

par contributeurs Temps de lecture : 4 min
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