Quand j’ai décidé de faire un reportage, je savais qu’en Espagne, le rugby est considéré comme étant un sport minoritaire. Chose assez étrange, pour nous Français, puisqu’il fait quasiment partie de notre patrimoine. Mais en Espagne, le foot est omniprésent, au détriment d’autres sports. Puis, viennent, le basket puisqu’ils ont une très bonne sélection, ainsi que le tennis où ils ont toujours brillé avec les Carlos Moya, Rafa Nadal, Arantxa Sánchez… J’avais envie d’en parler puisqu’après le futsal, je me dis que c’est aussi notre rôle, à nous journalistes, de parler de tous les sports et pas seulement de « l’élite ». Reportage d’un sport où règnent l’esprit de famille, la passion et le plaisir.

Le rugby : l’ovni ovalie 

Rugby Sport
Les garçons du club San Isidro / Sonia Malek

 

Le rugby, vous l’aurez compris, est un ovni dans la culture espagnole, tellement que j’ai dû traverser tout Madrid un samedi après-midi afin de me rendre à un match. Je me suis perdue évidemment et puis, je suis finalement arrivée à bon port. Ce rendez-vous, c’est Sébastien qui me l’avait donnée. Sébastien, 25 ans, fraîchement arrivé à Madrid, vient du sud. Mais du vrai sud, là où on a un accent, là où on joue au rugby, là où le rugby est une religion. Sébastien, ou Sebastian comme on l’appelle ici, a décidé de s’inscrire dans un club pour se sentir encore plus « comme à la maison. » C’était l’occasion idéale pour moi ! Grâce à lui, je vous rapporte l’expérience de mon premier match de rugby à l’étranger (ou de ma vie, au choix). Lorsque je suis arrivée au stade, c’est un petit garçon vêtu d’un maillot de Cristiano Ronaldo qui m’a accueillie, comme pour me rappeler que le foot était absolument partout dans ce pays. J’ai découvert un petit stade, quasiment vide. Encore plus vide que celui où jouait l’équipe de futsal de Desireé Godoy

Un sport de passionnés

En regardant le match, je me suis vite rendu compte que oui, il n’y avait pas beaucoup de monde, mais que le rugby était un sport de passionnés. Ces Espagnols ressentaient le rugby.  Filles comme garçons, jeunes comme vieux.

S’affrontaient deux clubs de régionale. J’appris vite que le club visiteur avait appartenu au club dans lequel jouait Sébastien, mais qu’ils avaient décidé de prendre leur envol. Des frères ennemis sur le terrain en quelque sorte. Le match s’enchaînait, l’équipe de Sébastien menait au score. Étrangement et Sébastien m’a même fait la remarque, pour un derbi,  les joueurs n’étaient pas violents. Bon, pas volontairement en tout cas. Sébastien s’est pris un doigt dans l’œil mais on va dire que c’est « normal » dans le métier. Je regardais le match, fascinée, puisque comme je vous l’ai dit, c’était mon premier match de rugby officiel. Derrière moi, les spectateurs encourageaient les joueurs, s’énervaient un petit peu quand une action était ratée ou quand l’équipe adverse marquait. Tous y allaient de leur petit commentaire. Étrangement, ça me rappelle les matchs de foot des enfants. Des enfants parce que le foot est tellement dans une autre dimension que même  dans les matchs régionaux la pression existe. 

Puis, l’équipe de Sébastien a remporté le match. Ne me demandez pas le résultat. Je ne m’en souviens plus ou alors je ne l’ai jamais su. Pour ma défense, personne ne me l’a dit, personne ne l’a crié. Oui, je sais, vous êtes en train de vous imaginer un terrain de rugby sans panneau, avec des joueurs, un arbitre et des spectateurs… Et bien, vous imaginez très bien. C’était tout à fait comme ça. Ce qui donnait au sport un côté encore plus rustique, nature. 

Une grande famille respectueuse

Le respect, j’allais vite me rendre compte qu’il était très présent dans ce sport. À la fin du match, les joueurs se saluent, se félicitent et ont le droit à une haie d’honneur. Gagnants comme perdants. Je n’avais jamais vu ça. J’étais habituée au « pasillo » (haie d’honneur) que font les perdants aux gagnants au foot, mais je n’avais jamais vu le pasillo made in rugby. Puis est venu le chant ou plutôt le chant hurlé dans les vestiaires. En sortant, lorsque Sébastien me donnait les différences entre rugby français et rugby espagnol, il m’a dit que chez lui, on ne chante pas. Le fait-on dans les autres clubs français ? Je ne sais pas. C’est peut-être la seule différence qu’il a vu. Alors évidemment, pour Sébastien, il y a une différence de niveaux. Puisque ce n’est pas un sport vraiment développé en Espagne, le niveau  est plus faible. Comme nous et le foot non ?

Rugby Sport
/ Sonia Malek

Pendant que j’attendais, j’en ai profité pour interroger les gens autour de moi. Je leur ai demandé ce qu’ils pensaient du manque de médiatisation de ce sport et surtout, pourquoi ils l’aimaient. Ils m’ont quasiment tous répondu la même chose. Commençons par la médiatisation. Tous veulent voir plus de rugby à la télé… mais ce que montre la télé espagnole n’est qu’intéressé… Évidemment, quand on gagne, on fait de l’audience et donc on rapporte de l’argent. L’équipe espagnole de rugby ne gagne pas.

Ensuite, je crois que le mot qui est ressorti le plus est respect. Le capitaine est très important au rugby. C’est lui qui doit traiter avec l’arbitre, il y a des entraînements de capitaines. « Il y a beaucoup plus d’esprit d’équipe et beaucoup plus de valeurs qu’au foot » ce qu’un homme m’a dit. Par exemple, au foot, les valeurs humaines se sont complètement perdues dans les billets de banque.

Mais si moi, je devais poser un mot sur ce que  j’ai vécu, ça serait famille. J’ai vraiment eu l’impression de participer à un match familial et non régional. La troisième mi-temps d’abord (l’équipe qui reçoit invite à boire et à manger son adversaire du jour). Jamais je n’avais vu ça. J’ai eu cette impression : des adversaires sur le terrain parce que ce sont des sportifs et que tous les sportifs aiment gagnent mais une famille en dehors qui partage le même amour.

Le rugby ne fait pas partie de la culture espagnole, mais le rugby est une façon de vivre, une manière de penser. S’affronter et partager la passion du sport. Le rugby est peut-être un sport minoritaire, mais un sport minoritaire aimé et partagé par une grande famille.

Rugby : un sport minoritaire en Espagne

par Sonia Malek Temps de lecture : 5 min
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