Le 11 janvier sortait chez Fleuve éditions le dernier roman de Ruth Ware : La disparue de la cabine n°10. En 428 pages, l’auteure nous raconte l’histoire de Laura alias Lo, journaliste qui embarque sur l’Aurora pour une croisière qui va s’avérer plutôt éprouvante pour ses nerfs. Un polar psychologique où personne ne semble être digne de confiance…

La disparue de la cabine n°10 : enquête en eaux troubles

Une semaine à bord d’un yacht luxueux, à silloner les eaux du Grand Nord avec seulement une poignée de passagers. Pour Laura Blacklock, journaliste pour un magazine de voyage, difficile de rêver d’une meilleure occasion de s’éloigner au plus vite de la capitale anglaise. D’ailleurs, le départ tient toutes ses promesses : le ciel est clair, la mer est calme et les invités très sélects de l’Aurora rivalisent de jovialité. Le champagne coule à flot, les conversations ne manquent pas de piquant et la cabine est un véritable paradis sur l’eau. Mais dès le premier soir, le vent tourne. Laura, réveillée en pleine nuit, voit la passagère de la cabine adjacente être passée par-dessus bord. Le problème ? Aucun voyageur, aucun membre de l’équipage ne manque à l’appel. L’Aurora poursuit sa route comme si de rien n’était. Le drame ? Laura sait qu’elle ne s’est pas trompée. Ce qui fait d’elle l’unique témoin d’un meurtre, dont l’auteur se trouve toujours à bord…

Ruth Ware « Christie », maîtresse du suspense

Le roman s’ouvre sur le cambriolage dont est victime la protagoniste Laura Blacklock pour mieux comprendre son caractère. Nous ne sommes pas plongés directement dans le huit clos du bateau, mais l’angoisse est là depuis les premières pages. Cela explique aussi bien la tension dans laquelle se trouve la journaliste une fois à bord : « j’étais blanche comme un cadavre, j’avais les cheveux plaqués sur la tête, on aurait dit la fille dans The Ring » (P69). Le parallèle est facilement fait entre le roman de Ruth Ware et ceux d’Agatha Christie. De par son lieu, il se rapproche de Meurtre sur le Nil et par son intrigue du Crime de l’Orient Express. Toutefois, s’il y a bien quelque chose qui semble différent, c’est le soin apporté par Ruth Ware à la psychologie de son personnage principal. Laura Blacklock n’est pas la victime ni la figure d’autorité pour enquêter. Elle n’est pas sûre d’elle comme Hercule Poirot, au contraire son récit semble être mis perpétuellement en doute. L’enquête semble même parfois ne pas être le point central de l’intrigue, la paranoïa de la journaliste semblant prendre le dessus. On comprend quand même rapidement que peu importe les remises en question, Lo va tout faire pour aider la disparue de la cabine n°10. L’écriture est nerveuse, autant que l’est Laura puisqu’il s’agit de son récit à la 1e personne. Le style de l’auteure mêle réflexions pratiques amusantes : « Dans Les Experts : Miami, ils n’auraient pas hésité à monter tout un dossier d’accusation sur un cil égaré » (P161) et description horrifique : « Puis ses cheveux, qu’elle arrachait par la racine. Après quoi, elle retirait ses sourcils, puis ses lèvres » (P302). Le roman est découpé en 8 parties qui se lisent aussi rapidement les unes que les autres. Chaque partie se termine par un mail, un article, qui font sortir le lecteur du huit clos pour lui faire comprendre ce que vivent les proches de Laura. Cette distanciation permet aussi à Ruth Ware d’apporter une autre vision au roman. Les twists permanents ajoutent à la surprise et permettent un dénouement final tonitruant. Fièvre garantie !

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Avec Ruth Ware, la croisière ne s’amuse plus

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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