Cette semaine cap sur le Japon avec les Éditions Denoël qui nous font découvrir Sayaka Murata. Son roman Konbini a conquis son pays d’origine et pourrait bien avoir le même succès en France. Dans un récit touchant, l’auteure délivre l’histoire de Keiko Furukura.

L’histoire d’un Konbini

Depuis l’enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. À trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n’a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s’inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille. En manque de main-d’œuvre, la supérette embauche un nouvel employé, Shiraha, trente-cinq ans, lui aussi célibataire. Mais lorsqu’il apparaît qu’il n’a postulé que pour traquer une jeune femme sur laquelle il a jeté son dévolu, il est aussitôt licencié. Ces deux êtres solitaires vont alors trouver un arrangement pour le moins saugrenu mais qui leur permettra d’éviter le jugement permanent de la société. Pour combien de temps…

L’ode de Sayaka Murata à la différence

Konbini c’est un drôle de petit roman. L’histoire est courte et plutôt simple, mais il faut savoir aller au-delà des apparences. L’auteure réussit à nous dépayser puisqu’elle nous envoie au Japon, mais tout en restant dans un microcosme particulier. Le récit se concentre, en effet, sur le Konbini, espace clôt qui est merveilleusement décrit. Sayaka Murata fait appel à tous nos sens pour nous imprégner de l’ambiance de ce lieu à la fois unique et multiple. Si ses supérettes sont légions au pays du soleil levant, ici il est question de celui de Keiko Furukura. L’attachement de la romancière pour cet environnement est palpable, car on l’aura compris, Konbini est auto-biographique, Keiko c’est un peu Sayaka. Pour l’héroïne, la vie a commencé le 1er mai 1998, quand elle a décroché son poste de caissière. Elle qui se sentait si différente, a trouvé de quoi se raccrocher au quotidien : « En cet instant, pour la première fois, il me sembla avoir trouvé ma place dans la mécanique du monde » (P21). Sayaka Murata raconte un ordinaire bien huilé qui se fendille quand une autre singularité vient faire face à Keiko : Shiraha. Derrière ses réactions d’un autre âge : « Ce n’est pas une tâche naturelle pour un homme. Ce genre de corvée correspond mieux au système neurologique féminin » (P45), il semble cacher un profond mal être qui fait écho à celui de Keiko. La culture nippone inculque une certaine rigueur et un archaïsme dans la vision des relations sociales et c’est ce que dénonce l’auteure : « Les gens ordinaires n’aiment rien tant que juger ceux qui sortent de la norme » (P96). La critique est présente, mais non violente, il s’agit plus d’un constat universel : comment rester soi-même face à la société ? L’auteure à travers Keiko salue aussi toute une frange peu considérée de la population nipponne. En racontant les aléas de la vie d’une caissière, Sayaka Murata, clame le droit à la différence. Pour Keiko, ce qui fonde son humanité c’est le Konbini, un point c’est tout : « J’ai enfin compris. Avant d’être un humain, je suis une vendeuse de Konbini » (P123).

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Konbini : le récit entre modernité et tradition de Sayaka Murat…

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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