Alors que la polémique sur le port du voile islamique a été dernièrement relancée par le Premier Ministre Manuel Valls, un collectif d’étudiants de Sciences Po invite ses camarades à se couvrir les cheveux d’un voile ce mercredi 20 avril dans l’enceinte de la prestigieuse école parisienne.

Hijab Day : une journée pour démystifier le voile

Ces étudiants se sont inspirés d’une initiative mondiale, le World Hijab Day, dont la première édition a eu lieu le 1er février 2013. Leur objectif est multiple. Premièrement, ils souhaitent, comme ils l’affirment sur leur page Facebook, « démystifier le tissu », arguant qu’il y a « autant de voiles que de femmes ». Ainsi, ils veulent mettre en avant la personnalité des personnes qui portent le voile avant le morceau de tissu. Ensuite, ils souhaitent faire ressentir aux personnes qui participeront à l’expérience la stigmatisation dont sont victimes les femmes voilées en France. Enfin, faire comprendre que chacun doit disposer de son corps comme il/elle l’entend, et doit pouvoir s’habiller comme il/elle le souhaite.

Cette journée de sensibilisation se veut ludique et accueillera ceux qui sont intéressés « dès 8 h avec leurs plus jolies foulards pour des petits tuto et une assistance manuelle ». Pour ceux qui n’auraient pas de voile sous la main, des foulards et des pashminas devraient être distribués à l’entrée de Sciences Po. Revendiquée dans un esprit de dialogue, l’initiative n’a pas tardé à susciter de vives critiques sur les réseaux sociaux.

Certains fustigent la direction de Science Po « de tolérer un tel événement ». Dans un communiqué de presse, l’école explique que « depuis sa création, elle est un lieu de débats ouverts et libre d’expression. Les échanges d’idées y sont encouragés et s’inscrivent au cœur même du projet éducatif de l’enseignement ». Toutefois, si la Direction autorise ses élèves à le porter, elle prend ses distances quant à l’événement : « Le mode de communication choisi pour ce faire peut néanmoins interroger et la tenue de cet événement dans les murs de Sciences Po ne saurait être interprétée comme un quelconque soutien de l’école à cette initiative. »

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L’initiative de Sciences Po fait débat 

Les organisateurs ont dû très rapidement bloquer les contributions et commentaires pour, comme ils l’expliquent, « ne pas perdre de temps à signaler les nombreux messages islamophobes, haineux et racistes que nous avons reçus ». De nombreux internautes n’ont pas caché leur scepticisme voire leur colère face à cette initiative. « Le voile est une atteinte à la liberté, qu’on le permette et le tolère est une chose, qu’on le mette en exergue en parlant de droit en est une autre», indique une internaute. «Vous n’œuvrez pas pour la liberté de la femme, mais pour un retour en arrière » poursuit-elle. Une autre se questionne « Comment tolérer un Hijab day quand des milliers de femmes se découvrent au péril de leur vie dans le monde ? »

Même si François Hollande a clos la polémique sur le port du voile dans les universités lors du Dialogues citoyens cette initiative ouvre un débat sur la légalisation et la signification du voile en France.

Alors qu’en Iran certaines femmes bravent l’interdit en refusant de porter le voile quitte à écoper d’une amende ou de coups de fouet, en France les femmes se battent pour pouvoir le porter sans qu’on les juge. Ces musulmanes qui ont le sentiment de s’être libérées du voile ne comprennent pas l’autre mouvement, celui qui reviendrait vers quelque chose d’imposé aux yeux des premiers. C’est une génération de musulmans traumatisée par l’imposition du port du foulard dans leur culture qui a soudain décidé de s’associer à une lutte jusqu’à présent conduite, au nom de la laïcité, par les institutions. En France, nombre de personnes sont contre ce port du voile parce qu’ils voient en lui un asservissement pour la femme. La sociologue Yolène Dilas-Rocherieux a expliqué au micro d’Europe 1 que « le voile relève d’un interdit qui porte sur le corps de la femme, considéré comme le lieu de tous les maux de la société. Il suffit de faire un peu de terrain en France pour savoir que le voile pour la plupart des femmes n’est pas une liberté. Dans certains quartiers elles n’ont pas le choix. » Selon elle, la solution résiderait dans l’enseignement : « on peut à l’école enseigner la laïcité, enseigner l’égalité homme-femme. On peut dire ce que signifie le voile, il faut le dénoncer ».

Depuis un peu plus de cent ans, les changements politiques ont, dans de nombreux pays islamiques, été l’occasion de fortes polémiques sur le port du foulard. Beaucoup se perdant dans l’histoire et la signification de ce voile. Pour beaucoup de musulmanes, il n’y a aucune ambiguïté à propos du voile dans le Coran : « c’est une obligation divine. » Pourtant, l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, explique qu’ « il y a un conflit sur la perception de ce vêtement. Le concept de voile islamique me gêne. Il n’y a pas d’habit islamique, ni pour les hommes ni pour les femmes. Certains musulmans exagèrent cette pratique et la juge essentielle alors qu’il n’y a pas de fondement univoque dans les textes. » Ainsi, le débat fait rage au sein même de sa communauté. 

Certes certaines femmes en France sont forcées de le porter mais d’autres le font de leur plein gré, les politiques ont préféré se battre au nom de la liberté de ces femmes en oubliant les autres qui en ont fait leur mode de vie. Philippe Gaudin n’oublie pas de rappeler que « si toutes les femmes qui ne portent pas le voile ne sont pas des fondamentalistes régressives, par contre, tous les fondamentalistes régressifs tiennent à ce que les femmes soient voilées, comme un marqueur qui assignent les femmes musulmanes à résidence communautaire. »

Le monde arabo-musulman est dès le 19eme siècle confronté au choc de l’impérialisme occidental et pense qu’une profonde réforme lui permettra de retrouver sa grandeur d’antan. Selon les intellectuels cela est possible seulement si ce renouveau passe par une amélioration du statut de la femme. Port du voile compris.

Le fond du problème, c’est que depuis les attentats, bon nombre de français sont effrayés par le port du voile parce qu’ils y voient ce que les médias leur offrent : un islam radical. De plus, les déclarations de Manuels Valls sur la « minorité » salafiste qui gagne la « bataille idéologique » de l’islam en France les a réconfortés dans leur retranchement. La peur bloque la compréhension intelligente de la vie pourtant il faudrait essayer de comprendre ces femmes et d’écouter les raisons qui les ont conduites à se voiler plutôt qu’à les stigmatiser et être effrayé par ce qu’on ne connaît pas.

Hijab Day : l’initiative de Sciences Po sur le voile fait d…

par Sabrina Viniger Temps de lecture : 5 min
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