Après La Perle et la Coquille qui a reçu le prix des lectrices en 2016, Nadia Hashimi revient avec un nouveau roman. Si la lune éclaire nos pas raconte le périple d’une famille afghane qui fuit son pays pour rejoindre Londres. Écrit en 2009, avant la crise des réfugiés, ce livre apporte un autre regard sur le sujet. L’auteure donne de la voix à ceux qui partent.

Les voix de l’exil par Nadia Hashimi

La première partie du roman Si la lune éclaire nos pas est un voyage culturel, Fereiba, une Afghane nous plonge dans son monde. On découvre les coutumes de ce pays, notamment regardant le mariage des jeunes filles de la famille. Fereiba raconte ses mésaventures à la première personne. Elle explique sa jeunesse difficile à cause de sa belle-mère Kokogul. Son mariage bien qu’arrangé fut heureux, elle décrit Mahmoud comme son « Hamsar », cela signifie qu’ils partagent le même esprit. Au chapitre 14, les talibans viennent chercher son mari et les problèmes commencent. À partir du moment où Fereiba décide d’emmener sa famille à Londres, comme le voulait Mahmoud, elle est en proie aux doutes. Cette mère de famille sait que le parcours va être difficile : « A bien y réfléchir, c’était nous qui étions étrangers » (p176). Le point de vue change à partir du chapitre 19, Nadia Hashimi introduit les pensées de Salim. Ses chapitres ne sont pas racontés à la première personne, un « il » extérieur omniscient apparaît alors. L’auteure donne un autre poids à son histoire en alternant les positions. Si Fereiba est attachante en mère héroïque, la vision de Salim apporte un autre éclairage. Cela permet aussi à Nadia Hashimi de prendre un autre chemin. Jusque-là, la famille Waziri arrivait plutôt sans encombre à passer de pays en pays. La deuxième partie du roman va donc amener une scission. Salim va être seul alors que sa famille va réussir à arriver à Londres. Il est, en effet, arrêté et ramené en Turquie. Sa mère, à regret, va choisir de continuer le périple, pour son autre fils Aziz. La voix de Salim sera celle d’un mineur réfugié sans papiers, une toute autre histoire commence qui n’est en rien comparable au voyage avec sa famille. On va le suivre dans toutes sortes de situations périlleuses : en détention, en train d’essayer de passer les frontières attaché à un camion, dans la jungle de Calais. Ses personnages attachants sont ancrés dans une réalité qui nous touche et rendent hommage à tous ces anonymes en quête d’un avenir plus brillant.

Un voyage lumineux et humain

Si la lune éclaire nos pas est un roman profondément humain. Nadia Hashimi raconte un périlleux voyage, mais toujours éclairé. L’espoir ne quitte pas Fereiba grâce aux rencontres qu’elle a faites avec sa famille à travers les pays traversés. Avant son exil, le premier pilier de Fereiba fut sa belle-mère : Khanum Zeba. Elle en parle en ses termes : « Le discours de Khanum Zeba fut pour moi une lune éclatante éclairant les ténèbres ». Lorsqu’elle décide de fuir Kaboul, Fereiba est aidé par ses voisins Raisa et Abdul Rahim. C’est grâce à eux que la famille Waziri aura des passeports et passera la frontière en Iran. Une fois en Turquie, Salim approche un homme devant une mosquée. Il s’appelle Hakan Yilmaz, il était professeur de sciences politiques et sa femme Hayal institutrice. Les Waziri vont donc trouver refuge dans cette famille et resteront à Intikal un bon mois. Pendant cette période, Salim travaille chez M.Polat et rencontre sa fille Ekin, il se lie aussi d’amitié avec Kamal ce qui lui donne un sentiment de liberté. À Athènes, au camp d’Attiki, il appréciera la compagnie de Roksana. Cette bénévole aidera Salim et ils visiteront ensemble l’Acropole. La jeune fille fera en sorte de sortir la famille Waziri d’Athènes. Même Mimi qui n’est pourtant pas la personne la plus simple de prime abord deviendra une alliée pour Salim. À travers le portrait de toutes ses personnes qui ont eu la bienveillance de ne pas rejeter l’autre, Nadia Hashimi, nous donne envie d’être plus tolérant. Elle transmet un message de paix.

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Si la lune éclaire nos pas : partir avec Nadia Hashimi

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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