Après les déceptions 2016, que j’ai énoncées dans un article précédent, je vais cette fois m’attarder sur les excellentes surprises de cette année passée au cinéma. Encore une fois, pas ici de liste des meilleurs films de l’année (il y a pour ça déjà pléthore de tops trouvables partout sur le net) mais une mise en valeur de films pour lesquels le résultat artistique a de loin surpassé les (mes) attentes. Subjectivité de cet article : 90%.

« Creed » de Ryan Coogler

La saga Rocky s’était terminée sur un dernier film, nommé « Rocky Balboa », qui refermait logiquement tout ce qui faisait l’histoire, scénaristique et symbolique, de ces films maintenant légendaires, cultes. Stallone avait conclu parfaitement (l’on pensait) ce qu’il avait initié. Quelle idée de faire une suite à cette magnifique conclusion, même pas réalisée par Stallone, ni scénarisée par lui ? On (je) s’attendait à un gâchis opportuniste pour ne pas abandonner la poule aux œufs d’or. Erreur, monumentale erreur. Ce film est une merveille comme jamais on pouvait s’y attendre : une réalisation inspirée et impressionnante, qui met en valeur les combats comme rarement (ce plan séquence !) , des thématiques abordées qui font sens, un plan final à pleurer tellement il est beau. Stallone a accepté de laisser quelqu’un d’autre écrire et réaliser sur son bébé, bien sur qu’il n’aurait pas accepté si ce n’était pas magnifique ! Comment avons-nous pu en douter ?

Cinéma 2016
« Cours Creed, cours ! »

« Dofus Livre 1 : Julith » de Jean-Jacques Denis et Anthony Roux

Cocorico, l’animation française tient quelque chose de fabuleux avec ce début de saga. Adapté du jeu vidéo à succès planétaire Dofus, le studio Ankama s’applique lui même à produire ce film. Ils se sont exercés sur la série Wakfu (elle même de très bonne facture) et ça se voit. Une telle maîtrise narrative, un univers posé et clair, même pour ceux qui n’y connaissent rien au jeu, un humour rafraîchissant et un visuel qui accroche l’œil avec cette animation 2D SU-BLI-ME font le cocktail gagnant qui m’a émerveillé pendant 2 heures au cinéma. Malheureusement, et comme souvent avec l’animation en France, la distribution a été chaotique, avec peu de salles et des horaires trop contraignantes. 100 000 spectateurs environ, c’est peu, ça met en péril le projet d’une suite. J’en suis triste, car ce fut l’une de mes meilleures surprises de cette année.

« Money Monster » de Jodie Foster

J’aime Jodie Foster. Quand elle s’engage sur un projet, c’est qu’il a toujours quelque chose de plus dedans. Elle sait choisir ces sujets, ces rôles et ces réalisations. Dans tout les domaines, elle a toujours tapé juste. Alors, quand elle sort un nouveau film au cinéma, je vais voir. Sans hésiter. Et encore plus qu’avant, elle m’a mit une claque, une grosse baffe, une immense gifle dans la face. Elle a fait « Money Monster », un thriller plein de métaphores très actuelles, qui arrive à chopper l’air du temps, l’air du moment aux États-Unis. Tout y est, Jodie Foster a fait un film sur la société américaine explosive, et met en scène avec brio ce qui compose la lutte des classes du XXIème siècle. Et quel plaisir de revoir Julia Roberts dans un rôle aussi beau, et Clooney en présentateur outrancier qui fait du rap. Oui. Rien que pour ça, faut le voir. Un de mes coup de cœur de 2016.

« La Loi de la Jungle » d’Antonin Peretjatko

« La comédie française tombe bien bas ». Cette citation tombe à l’eau si on prend en compte ce film dans notre réflexion en 2016. A l’opposé des gros succès un peu (beaucoup) honteux en comédie (Camping 3, je te regarde en disant ça), le film d’Antonin Peretjatko est un concentré d’intelligence filmique, avec des trouvailles comiques à chaque plan et des situations absurdes hilarantes. Le non-sens fait sens et l’absurdité devient raison dans ce film fait et monté avec amour. Tout dans ce projet était casse-gueule, encore maintenant je n’en reviens pas que ce film existe. C’est une pépite, c’est un film qui m’a de nouveau rendu fier de ce que peut produire le système de financement français.

Cinéma 2016
Vimala Pons et Vincent Macaigne, dans une situation peu encourageante.

« Dernier train pour Busan » de Yeon Sang-ho

Un film de zombie provenant de Corée, voilà la surprise de cette année. Un film de zombie dans la sélection (hors-compétition) cannoise, en voilà une très grosse surprise. Un film de zombie coréen sélectionné à Cannes qui se révèle être le meilleur film de genre que j’ai vu cette année au cinéma, voilà un mélange pour lequel je n’aurais pas parié un centime avant. Et c’est pourtant le cas, « Dernier train pour Busan » est un excellent thriller / huit-clos / film de zombie qui tient en haleine du début à la fin, qui à l’intelligence de garder un parti-pris, qui s’y tient et nous entraîne avec lui, nous déchirant le cœur et nous faisant trembler pour ces protagonistes jusqu’au bout.

Cinéma 2016
Parés pour se farcir du zombie

« Divines » de Houda Benyamina

Ma plus grosse surprise de cette année 2016. Une immense claque dans mon visage, un film qui m’a plaqué au sol. La réalisatrice et les actrices réussissent à nous faire aimer ces personnages, même si on a pas grand chose en commun avec elles. On se prend de sympathie pour ces deux grandes gueules, désillusionnées par la vie, qui se mettent à rêver de ce que toute la société leur fait rêver sans jamais leur donner l’opportunité d’y aller. Tout en restant mesuré, on peut comparer « Divines » en 2016 a ce que peut être « Scarface » de De Palma pour 1983. On nous montre l’histoire d’individus dont on ne parle presque jamais, qu’on ne montre presque jamais à la télé. Mais le film n’en oublie pas d’être ce qu’il est : un film de fiction, un film de genre, un tout en un qui n’oublie aucune de ses facettes, qui raconte tout ce qu’il veut raconter avec conviction et force. On en ressort aucunement indemne. Le film de cette année 2016 à mes yeux.

« Comancheria » de David Mackenzie

Ce western / thriller se place dans les mêmes thématiques que Money Monster, on suit l’histoire de deux frères qui braquent des banques, ou plutôt plusieurs agences d’une seule banque : celle qui risque de saisir la propriété familiale. L’histoire de laissés pour compte, qui risquent de tout perdre à cause d’une crise pour lesquels ils n’ont rien à voir. Haletant, méthodique, le film devient magistral quand le final vient nous montrer à quel point le cynisme commande dorénavant ce monde. Plus de règles ne tient, juste compte le profit et l’argent. Pour finir de vous convaincre, la BO est composée par Nick Cave et Warren Ellis. J’ai besoin de préciser qu’elle est donc magistrale ?

Cinéma 2016
Walker Texas Ranger (ou presque).

« Maman a tort » de Marc Fitoussi

Je ne connaissais pas ce réalisateur, alors qu’il a déjà derrière lui une belle liste de réalisations. Intrigué par la bande annonce vue en salle, je vais donc voir ce film. Quelle bonne idée j’ai eu. Ce film est à la fois une douceur et une petit pique dans la nuque. On suit les pérégrinations d’une jeune élève de 3ème qui va faire son stage d’observation dans l’entreprise de sa mère. Ça paraît mignon et ça l’est en partie, mais au fur et à mesure cette jeune ado va découvrir la face sombre du monde des adultes. Et c’est d’une violence, on découvre comment ce monde est perçu par ce regard innocent plein de bienveillance. Comment les idéaux se fracassent sur le fonctionnement des grandes entreprises et l’absence de morale dans ce qu’elles entreprennent. Comment elles broient ses clients mais également ses employés. Comment tout ceci se répercute sur la vie des familles et amis. Là encore, comme « Money Monster », « Comancheria » et « Divines », c’est un film qui parle de son époque et de ses maux les plus profonds. La ligne directrice de mon année ciné 2016 apparemment. Et puis Emilie Dequenne est superbe, je ne serais pas surpris qu’elle soit nommée aux Césars.

 

Comme j’ai pu préciser pour l’article sur les déceptions de l’année cinéma, ce n’est pas là mon top des films mais bien ma sélection des plus belles surprises, entre ce que j’en attendais et ce qui en est ressorti. Mais cela va de soi, je vous recommande de voir tout ces films. Ils sont géniaux, n’hésitez pas.

Les surprises de l’année cinéma 2016

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 6 min
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