Elle s’appelait Sarah, Boomerang, ou encore Moka, ces trois titres vous disent sûrement quelque chose et pour cause ! Ces romans écrits par Tatiana de Rosnay ont été adaptés au cinéma avec pour chacun un casting très prestigieux. La romancière franco-anglaise revient cette année avec Sentinelle de la pluie, sorti le 1er mars aux Éditions Héloïse d’Ormesson. Dans ce livre, il est question de secrets de famille, ceux de Linden, Tilia, Lauren et Paul. Sur fond de crue de la Seine, se joue le drame de plusieurs vies.

Secrets de famille

Sentinelle de la pluie, c’est l’histoire de la famille Malegarde, mais plus particulièrement des hommes : Paul le père et son fils Linden. Tatiana de Rosnay décrit à merveille la passion de l’un pour l’arboriculture et de l’autre pour la photographie : « Pour lui, prendre une photo d’une personne, ou d’un lieu, revenait à ébaucher des contours invisibles, à faire surgir de l’obscurité des zones insoupçonnables, à leur conférer une autre dimension, à leur insuffler une candeur nouvelle » (P99). La romancière dénoue les liens de cette relation filiale en même temps qu’elle tisse un fil reliant cet amour à celui que chacun éprouve pour son art. Souvent, Linden se souvient des moments passés avec son père où il lui décrivait les plantes et l’importance de la nature. Ainsi, Linden n’a pas hérité du goût des arbres, mais il a été élevé dans un certain respect du monde. Malgré ce partage, la relation entre le père et le fils est ancré dans le silence. Linden est homosexuel, mais ça Paul ne le sait pas, car le fils ne l’a jamais dit. Dans Sentinelle de la pluie, il est question de la difficulté de faire son coming-out et de la violence des réactions parentales face à cette découverte. Linden a réussi à se confier à sa tante, mais ce fut difficile à avouer à sa mère et son père l’ignore toujours. Si l’histoire tourne principalement autour de ce secret, le lecteur va en découvrir d’autres au fil des pages. Alcoolisme, culpabilité du survivant, suicide, infidélité, sont évoqués, car chaque membre des Malegarde est rongé par son propre mal. Le livre de Tatiana de Rosnay est un hymne à la différence, mais surtout à la communication. En pointant du doigt le mal que peut faire le manque de celle-ci dans une famille, elle invite son lectorat à oser parler.

Écrire Paris sous la pluie

Tatiana de Rosnay installe une atmosphère très particulière dans Sentinelle de la pluie puisque le décor planté est celui de la crue de la Seine. La devise de la ville de Paris « Fluctuat nec mergitur », « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas », semble donc être de bon ton dans ce roman. Le drame familial qui s’y joue se passe entre huit-clos et plein air. Si la famille Malegarde est très souvent confinée à l’hôtel, Linden nous permet de nous évader. En effet, Tatiana de Rosnay, à travers les yeux de son personnage principal, offre une véritable découverte de Paris. Toutefois, bien que ses échappées nous permettent de nous aérer du huit-clos, elles demeurent toutes aussi angoissantes tant l’eau apporte chaos et désolation : « Le fleuve n’a rien de docile aujourd’hui. La Seine s’est transformée en un monstre boueux à l’appétit insatiable » (P165). Malgré cette horreur, le jeune homme ne perd pas son regard de photographe et voit la beauté au-delà de cette froideur : « Il évoque la pluie qui n’a pas cessé depuis leur arrivée ; la sensation de déambuler dans une cité aquatique crépusculaire qui n’a plus grand chose à voir avec le Paris habituel ; la façon dont la ville a perdu son éclat, sa netteté, ses contours qui se diluent dans un flou évanescent fascinant à contempler et à photographier » (P177). L’auteure fait même de notre cher fleuve un égal de Linden, tant ses débordements tiennent une place prépondérante dans l’histoire. La lente description de la montée des eaux donne un rythme singulier au roman, mais n’empêche pas le lecteur/spectateur de vouloir tourner au plus vite les pages.

PS : Vous pouvez retrouver sur Instagram de magnifiques photos de Paris et du village de Venozan en noir et blanc, prises avec le Leica du roman sur le compte @lindenmalegarde.

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Balade sous la pluie avec Tatiana de Rosnay

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
0