« Votre cerveau est acheté, votre cerveau n’a plus de temps » : Chloé Delaume au travers de son roman, J’habite dans la télévision rend compte de la mise en disponibilité mentale du téléspectateur. À quel moment ne fait-il qu’un avec ce petit écran ?

J’habite dans la télévision

« « Ce que nous vendons à Coca-Cola c’est du temps de cerveau humain disponible »

Chloé Delaume décide de prendre au mot le fameux propos de Patrick Le Lay et se met en condition pour comprendre comment se fabrique cette disponibilité temporelle et cérébrale. Nuit et jour, elle s’étudie elle-même en train de se soumettre à l’afflux de messages publicitaires en ingurgitant le maximum de programmes de divertissement. Peu à peu, sa perception se modifie, son corps change, son cerveau devient une éponge absorbant et rejetant le langage du petit écran. Chloé Delaume finit par disparaître : elle habite désormais à l’intérieur de la télévision, victime consentante et lucide. » quatrième de couverture, J’habite dans la télévision.

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Chloé Delaume, « sentinelle » de la télévision

Patrick Lelay, alors PDG de TF1, inspire l’étude de Chloé Delaume. Durant presque deux ans, elle va s’adonner nuit et jour à la télévision. C’est par le biais de plusieurs bilans qu’elle nous fait part de sa transformation, tant physique que mentale. Au bout d’un mois, elle annonce : « ce que je vois, ce que j’entends, ce que je dis, ce que je pense, ce n’est déjà plus la même chose ». Au bout de deux : « les moments où je fais corps avec elle se font de plus en plus fréquents ». Petit à petit, Chloé Delaume change, jusqu’à ne plus avoir aucun désir, quel qu’il soit d’ailleurs. La seule chose dont elle veut encore, c’est ce petit écran. Son langage se modifie également. L’auteure est prise de confusion et adopte la syntaxe télévisuelle. Mais, ce qui est le plus notoire est le fait qu’elle a une fonction relais. Elle n’a plus d’opinions, et se contente de relayer l’information au lieu de la critiquer. C’est au travers de son étude que cette sentinelle de la télévision tente de comprendre l’écran qui la pousse inéluctablement à consommer, que ce soit un paquet de chips ou Star Academy.

La colère préserve t-elle ?

Dès les premières pages, Chloé Delaume sonne le gong : «User de votre temps de cerveau disponible pour plus utile et plus rentable qu’un divertissement lénifiant». La littérature ou le cinéma par exemple sont, pour elle, des activités culturelles bien plus enrichissantes. 

Quand un téléspectateur regarde la télévision, c’est, selon l’auteure pour s’oublier. Oublier son quotidien, ses soucis, s’oublier soi-même et faire une pause avec le monde. De là, si le téléspectateur n’a pas de regard critique sur cette boîte à images, et qu’il se livre à elle, qu’en advient-il ? Il ingurgite goulûment les messages publicitaires, les programmes de divertissement, etc.

«La télévision c’est une activité sans mémoire». Le Lay

Au début de son étude, avant de se faire sentinelle de la télévision comme elle le dit, Chloé Delaume remarque un point judicieux : la colère préserve. En effet, une fois stressé, le téléspectateur ne se rend plus disponible, les informations ne l’atteignent plus. Et si c’était la solution ? 

J’habite dans la télévision

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La télévision, Chloé Delaume y habite

par Amé Lie Temps de lecture : 2 min
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