Jeune auteur-compositeur de 22 ans, Timothée Duperray se fait connaître sur la scène musicale avec un premier EP Vers les ours polaires en 2016. Sorti le 27 octobre 2017, son album, Mélancolie Heureuse, le place définitivement dans l’univers de la poésie musicale.

Un premier album touchant et mature

Du piano avant tout, une rythmique magnétisante et une poésie brute et cinglante : un cocktail enragé et sensuel. 14 titres d’une prose doucement violente. Ça charme, ça blesse, ça bouleverse. Tim Dup nous ouvre les yeux sur une jeunesse aveugle d’amour qui cherche désespérément les contes de fées. À la première écoute, on pense à un jeune homme en mal d’amour, mais plus on entre dans la profondeur de ses textes, plus la maturité de l’artiste nous saute aux yeux. Les sentiments se mélangent mais sont bien présents dans cet album, on ne sait pas où donner de la tête : on se retrouve enfermé dans l’esprit torturé et tortueux d’un poète talentueux. Comme le suggère le titre, Mélancolie Heureuse, nage en pleine sensualité ; le tout sur un fond musical de velours que l’on retrouve chaleureusement dans la chanson « Soleil Noir ». Une ambiance calfeutrée comme on en connait peu chez les artistes français du moment, ça réveille les sens.

Tim Dup, c’est aussi des textes engagés qui décrivent une vie remplie d’épines. Dans « mortelle habanera », il nous parle de souffrance, de violence et chante « non je ne connais pas la violence, mais je saurais l’apprivoiser » : est-ce comme cela que la jeunesse résout ses problèmes ? Les titres que nous offre l’artiste sont une peinture d’une jeunesse perdue et errante : tout en beauté ; mais ça fait froid dans le dos.

Le « paradoxe » de Mélancolie heureuse

Mélancolie : c’est l’histoire d’un homme, qui aime et qui raconte la vérité de l’amour. Il raconte les difficultés qu’ont les gens à apprécier les moments de bonheur. Il fait part de son mal-être face à une société beaucoup trop idéalisée dans le titre « Paradoxe » : « J’suis l’paradigme qui sans cesse dans cette société doit faire des pieds et des mains pour se réinventer ». On aime le spleen baudelairien de l’album et le style musical épuré qui lui donne juste assez de relief.

Heureuse : « une jeunesse éternelle qui rêve tout bas ». C’est un cri du cœur, un hymne à la vie, un bon vieux Carpe Diem comme on les aime que l’artiste nous lance dans le titre « Bons vivants ». C’est le titre qui donne à l’album sa note de couleur et de pep’s qu’il n’aurait pas fallu oublier.

Une bien belle poésie

Timothée Duperray nous emmène avec lui dans la douceur comme dans la brutalité, il n’y a pas à dire : il est franc-poète. Dans le titre « Où tu vas ? » il exprime sans maquillage les profondeurs de son âme. Fermez les yeux, la sensibilité transparaît : « À meurtrir nos âmes des plus tristes images , À laisser le jour et ses phares nous guider vers la nuit ». On apprécie d’ailleurs cette rapide envolée lyrique sage et grisante qui nous distrait habilement d’une mélancolie trop sombre. Il ne faudrait pas plus de pessimisme dans cet album ; on ne voudrait pas avoir à se lasser d’une telle plume. Mais où puise-t-il son inspiration ? Les poètes maudits ? Dans le titre « les ours polaires », l’artiste raconte une errance : la sienne, et c’est l’émotion qui nous transporte alors vers les ours polaires, à coups de « claques » et de « chimères ». Entre rimes, vers libres et prose, on ne sait plus où donner de la tête, mais une chose est sûre : l’ivresse que provoque en nous Tim Dup n’est pas prête de s’estomper !

Emma Zégarski

Tim Dup nous offre sa Mélancolie Heureuse

par contributeurs Temps de lecture : 3 min
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