Nous étions ce samedi 19 mars au Stade de France pour assister à une rencontre spectaculaire entre la France et l’Angleterre. Sans réelle surprise, ce sont les Anglais qui se sont imposés, gagnant au passage le Tournoi des VI Nations avec le grand chelem. Résumé de la rencontre, au cœur de la mêlée.

Le temps est plus clément que contre l’Italie un mois plus tôt. S’il fait toujours aussi froid, la pluie n’est pas du rendez-vous. Les conditions sont réunies pour le spectacle qui nous attend. Plus on s’approche des tribunes, plus l’ambiance monte. Enfin on s’assoit dans les travées et le frisson est déjà présent, avant même les hymnes nationaux.

À croire que les Anglais peuvent gagner le Tournoi des VI Nations les yeux fermés.
À croire que les Anglais peuvent gagner le Tournoi des VI Nations les yeux fermés.

Nous sommes fins prêts pour le traditionnel « Crunch », ce terme désignant depuis la fin des années 1990 la confrontation entre les frogs (les Français) et les rosbifs (les Anglais). C’est une confrontation entre frères ennemis chargé d’histoire, rappelant les nombreux conflits armés qui opposaient les deux nations durant le Moyen-Âge. Une confrontation d’une saveur particulière, les deux camps étant motivés à se mettre dessus, à se provoquer, à se chercher pour la victoire, mais avant tout pour l’honneur. Il faut dire que les Anglais, qui ont inventé le rugby, ont toujours un peu honte lorsqu’ils se font croquer par le XV de France. La dernière confrontation entre les deux équipes, à l’occasion du Tournoi des VI Nations 2015, a été exceptionnelle : 12 essais marqués pour une victoire finale du XV de la Rose 55 à 35. On en attend pas moins ce 19 mars.

Le Crunch, ce sacré match !

L’heure H est arrivée. Les deux équipes, fin prêtes, pénètrent dans l’antre du Stade de France. Quelques jours après les attentats du 13 novembre, les Anglais nous ont rendu hommage en foot en entonnant La Marseillaise, grâce au texte diffusé sur les écrans du Wembley Stadium de Londres. Nous nous attendions à rendre la pareille aujourd’hui, mais le texte de l’hymne anglais n’a pas été diffusé. Qu’importe, le frisson est immense lorsque nous entendons les milliers d’anglais chanter ensemble God Save the Queen. C’est à croire que le Stade de France est anglais ce soir. Mais La Marseillaise a largement pris le dessus, encore une fois. Puis, une minute d’applaudissements est demandé pour rendre hommage à Serge Kampf, un passionné de rugby dont il est le mécène, il avait notamment sauvé un club français de la dissolution en 2011. Ce genre de sensations, on ne peut pas les ressentir devant son écran de télévision. Pour ce match, les enjeux sont simples.

Cette fois, le coq n'a pas porté chance aux Bleus.
Cette fois, le coq n’a pas porté chance aux Bleus.

Le XV de France veut relever la tête et quitter ce Tournoi 2016 avec les honneurs en battant à domicile les anglais. De son côté, le XV de la Rose a déjà gagné le Tournoi en battant les autres équipes. Une victoire à Saint-Denis leur permettrait de signer le Grand Chelem (remporter une compétition en battant tous ses adversaires). C’est parti pour le Crunch 2016. Très vite, ce sont les Bleus qui ouvrent le score grâce à une pénalité de Maxime Machenaud (3-0), Farrell lui rendant la pareille deux minutes plus tard, avec l’aide des poteaux (3-3). Très vite la plus grande partie du Stade de France est refroidie, avec un essai de Daniel Care, profitant des erreurs défensives françaises et aplatissant le ballon ovale après une course de 40 mètres (3-8 puis 3-10 après transformation, 12e minute). Les Bleus tentent de revenir à coup de penalty, Machenaud ramenant les bleus à 4 points (6-10). Mais derrière, Dan Cole répond par un nouvel essai (6-15, transformation ratée). Sur cet essai, un sentiment d’injustice envahit les travées du Stade de France qui siffle en chœur face à l’écran de Vunipola, coéquipier de Cole, oublié. L’arbitre jette bien un œil à la vidéo mais confirme l’essai. On sent l’amertume française face à l’arbitrage du Gallois M. Owens, qui va perdurer le long de la rencontre et à l’occasion d’autres décisions litigieuses, mais la plupart du temps justifiées. Tout cela ne perturbe pas le buteur français qui continue à transformer toutes les pénalités données aux Bleus, permettant même à l’équipe de revenir au contact des anglais après la pause (15-17).

Mais jamais les Français ne repasseront devant au score. L’attaque n’est pas efficace, une grande partie des touches sont perdues, soit au lancer, soit une fois le ballon au sol. Le secteur offensif est à la traîne et derrière, c’est la défense qui en pâtit. 55e minute, l’espoir est encore permis et c’est par une défense de fer et une efficacité totale au coup de pied que nous avons notre chance. À ce moment là l’Angleterre mène encore de deux petits points (18-20). À chaque percée des français, les supporter se lèvent dans l’espoir de porter la progression bleue, en vain. Après une nouvelle touche perdue et un en-avant, Billy Vunipola sort de la mêlée qui suit. Youngs prend le relais et offre le deuxième essai anglais à Watson (18-25, essai non transformé). Après une multitude de changements, Machenaud marque les derniers points français de la rencontre à l’heure de jeu (21-25). Les Bleus, toujours au contact, tentent tant bien que mal de partir à la conquête mais ne percent pas le rideau anglais. Ce Tournoi des VI Nations est décidément difficile.

Tournoi des VI Nations et grand chelem pour les Anglais

69e minute, le temps s’arrête et l’inquiétude envahit le public en voyant un joueur britannique, Hartley, au sol. Rappelons que le rugby est un sport de contact qui peut générer de graves blessures, notamment au cou. Après une interruption de plusieurs minutes, Hartley est évacué sur civière sous l’applaudissement général du public. 72e, l’Angleterre reprend le large par une pénalité de Farell (21-28) et creuse définitivement l’écart par le même joueur, toujours sur pénalité pour fixer le score à 21-31. L’Angleterre a été plus forte et en toute franchise, avec ou sans l’aide de l’arbitrage du jour, cela n’aurait pas changé grand chose. Le XV de la Rose a techniquement dominé les débats et méritent amplement sa victoire sur le Tournoi des VI Nations et surtout son grand chelem.

21-31, score final sans appel.
21-31, score final sans appel.

La France de Guy Novès termine finalement 5e sur 6 pour cette édition 2016. Mais cette équipe est jeune et même si tout n’a pas été parfait, il y a des raisons d’espérer de meilleurs jours pour le XV de France, peut-être pas dès 2016, mais au moins pour les années qui suivent. Le rugby français est en pleine transition, il faut un peu de temps pour que tout se mette en place. Une chose est sûre, les Bleus auront soif de revanche sur le Tournoi des VI Nations 2017. Enfin, nous espérons.

Romain Lambic

Comments

comments

Le Tournoi des VI Nations sera pour les anglais

par Romain Lambic Temps de lecture : 5 min
0