Les américains ont désormais fait le choix entre le raciste et misogyne Donald Trump ou l’ex Première Dame des Etats-Unis, Hillary Clinton.

L’inattendu est arrivé. Pensant au départ que c’était une pochade et qu’il n’aurait jamais ses chances parmi les 16 autres candidatures au primaire, Donald Trump a déjoué tous les pronostics. Il a réussi, au fil des mois, à se frayer un chemin jusqu’à l‘investiture républicaine en atteignant la majorité des délégués requise pour affronter sa rivale, Hillary Clinton.

Depuis le début de sa campagne, Donald Trump a enchaîné les scandales à cause des absurdités qu’il peut déblatérer. Mais la stratégie de Trump (être toujours au centre de l’attention), ne semble plus opérer auprès des américains. En effet, selon une étude réalisée par ABC News et le Washington Post, 7 américains sur 10 sont défavorables à l’élection de l’homme d’affaires. Aussi, dans les sondages du 20 juin, il n’atteignait que 39,4% d’intentions de vote, contre 45% pour sa rivale démocrate. Un mois auparavant, le même institut les donnait au coude-à-coude à 43%.

La campagne de Trump connaît des difficultés financières

La campagne de Donald Trump a commencé avec très peu de fonds, seulement 3 millions de dollars. Une somme dérisoire lorsqu’on voit qu’Hillary Clinton culmine à 42 millions. Le New York Times indique d’ailleurs que le montant dont dispose le candidat correspondrait à celui d’un candidat à l’élection de la Chambre des Représentants plutôt qu’un candidat à la Présidentielle. « Donald Trump n’a pas développé un réseau de donateurs suffisant lors des primaires. Il s’autofinançait et comptait sur les médias pour lui faire sa publicité gratuitement » explique Vincent Michelot, spécialiste de l’histoire politique américaine. Il poursuit en expliquant que Trump « n’a pas anticipé qu’il allait devoir financer une élection générale, bien plus coûteuse que les primaires ». 

De plus, son équipe de campagne comprend seulement 70 personnes quand Hillary Clinton en compte 700, ce qui paraît insuffisant pour conquérir les Etats charnières dans lesquels se jouera la victoire du 8 novembre. Selon le républicain, ceci n’est que superficiel puisqu’il se dit convaincu que sa notoriété le dispense de dépenser autant d’argent que sa rivale.

Des propos racistes toujours plus violents

Dès le lendemain de la tuerie d’Orlando, Donald Trump était attendu au tournant après ses déclarations sur les musulmans et les attentats du Bataclan. Mais l’homme d’affaires au lieu d’apaiser les tensions, a préféré monter d’un cran dans la violence. « Quand je serai élu, je suspendrai l’immigration depuis les régions du monde qui sont historiquement une source de terrorisme contre les Etats-Unis, l’Europe ou nos alliés », a-t-il promis dans un de ses discours. Ajoutant « nous ne pouvons pas continuer à laisser entrer des milliers et des milliers de personnes dans notre pays, dont beaucoup pensent de la même façon que ce tueur sauvage. La seule raison pour laquelle ce tueur se trouvait en Amérique est que nous avons autorisé sa famille à venir ici », rappelant ainsi aux américains son irrésistible envie d’interdire l’entrée de musulmans aux Etats-Unis. Seulement, son discours ne trouve plus preneur, et se répercute sur les sondages. Soufian Alsabbagh, spécialiste de la politique américaine explique que « Donald Trump rentre dans cette campagne avec un style trop proche de celui qu’il avait dans les primaires. Aujourd’hui, il doit convaincre le pays dans son entier, dans sa globalité. Il ne peut plus se contenter de déclarations à l’emporte-pièce ».

Donald Trump se ligue contre son parti

Mis en cause par plus de 5.000 étudiants qui l’accusent de les avoir arnaqués dans le cadre de la Trump University, il s’en est pris au juge, Gonzalo Curiel, en charge des poursuites. Dans un entretien au Wall Street Journal, il a affirmé qu’il y avait « un conflit d’intérêts absolu » dans ce procès du fait des « origines mexicaines » du juge qui lui serait défavorable en raison du projet de mur avec le Mexique.  Il a d’ailleurs réitéré ses propos envers le juge à CNN, « il est fier de son héritage. C’est un mexicain. Nous sommes en train de construire un mur entre ici et le Mexique. La conséquence, c’est qu’il rend des jugements très injustes, des jugements auxquels on ne peut même pas croire. Cette affaire aurait dû se terminer il y a des années ». Seulement, ces propos ne sont pas passés auprès de son propre parti qui ont décidé de prendre leur distance. Pourtant, le candidat est bien conscient qu’il faut unifier son parti plutôt que de le désunir. « En mai, lorsqu’il a été sûr de sa victoire aux primaires, Trump avait promis de changer, de réparer sa relation avec les Républicains qu’il n’avait pas hésité à humilier pendant la campagne. Mais sa réaction lorsqu’il a été critiqué a été « soit vous vous taisez, soit je gagnerai tout seul », rappelle Vincent Michelot.

Face aux propos racistes, misogynes et totalement absurdes de Trump, Hillary Clinton paraît être la candidate idéale pour siéger à la Maison Blanche… mais c’était sans compter Trump et ses tweets incendiaires sur le passé de l’ex première femme des Etats-Unis.

Hillary Clinton et le scandale des emails

Cela fait 18 mois que l’affaire des emails, alors qu’elle était secrétaire d’Etat, empoisonne sa campagne présidentielle. Pour rappel, elle a utilisé pendant 4 ans, son email @clintonemail.com hébergé sur un serveur personnel plutôt qu’une adresse mail de type @state.gov.

Utiliser un hébergeur privé « la protégeait de demandes via le Freedom of Information Act, assignations du Congrès et d’autres recherches. Le gouvernement fédéral archive régulièrement les documents officiels pour pouvoir fournir un récit juste et exhaustif du processus de décision administratif – pour le gouvernement, les cours de justice et le public ? Le gouvernement ne peut pas conserver  des documents qu’il n’a pas ».

C’est le New York Times qui révèle le scandale pour le plus grand bonheur de ses adversaires qui entretiennent la polémique. D’ailleurs, cela a mené à une double enquête par le gouvernement fédéral et le FBI.

Le rapport d’enquête fédéral a été rendu public le mois dernier par l’inspecteur du département d’Etat. Ce dernier révèle « des failles de longues dates et systématiques liées aux communications et enregistrements électroniques » du temps où Hillary Clinton était à la tête du Ministère des Affaires Etrangères. Et d’ajouter que « le bureau de l’inspecteur général n’a trouvé aucune preuve que la secrétaire d’Etat avait demandé ou avait obtenu des directives ou l’approbation pour mener ses activités officielles professionnelles via un compte email personnel sur son serveur privé », dénonce le rapport. Hillary Clinton a remis, en décembre 2014, quelques 55.000 pages d’emails, soit 30.000 courriels, à son ancien ministère, qui les a épluchés et publiés au fur et à mesure jusqu’en mars dernier, à l’exception de plusieurs dizaines de courriels dont le contenu a été jugé trop sensible et qui ont donc été classés confidentiels ou top secrets a posteriori.

Utiliser un compte privé à des fins professionnelles lui vaut d’être vivement critiquée par ses adversaires qui lui reprochent d’avoir mis en péril la sécurité nationale en n’utilisant pas les serveurs officiels sécurisés.

Il y a quelques jours, Julien Assange a fait savoir qu’il se préparait à publier de nouveaux messages du courriel de Clinton qui prouveront qu’elle a violé la loi et qu’elle est « un faucon de guerre de longue date ». Les archives de Wikileaks disposent de 30.000 messages et pourraient fournir à Trump de nouveaux atouts pour torpiller sa candidature, puisque parmi ces messages au moins deux reçus par Hillary Clinton sont classés « top secret » et plus de 1.300 d’entre eux portent la notion « secret ».

L’affaire Benghazi

Un attentat a été commis la nuit du 11 au 12 septembre 2012 dans un bâtiment diplomatique américain de Benghazi par des terroristes. Quatre américains dont Christopher Stevens, l’ambassadeur américain en Libye ont été tués dans l’attentat. Un rapport rédigé en 2012 avait mis en lumière plusieurs dysfonctionnements et négligences, Hillary Clinton avait assumé la responsabilité de l’affaire et a dû s’expliquer pendant 11 heures sur cette affaire en octobre dernier.  Les investigations ont confirmé qu’elle ne faisait que relayer les informations erronées transmises par la CIA, et que l’attaque, menée par des miliciens islamistes, était tout de même spontanée et imprévisible.

Malgré ces explications, les Républicains continuent de relancer le sujet en espérant déstabiliser Hillary Clinton afin d’affaiblir la candidate, mais cette histoire a renforcé son image.

Bill : le retour à double tranchant

En demandant à Bill d’intégrer sa campagne présidentielle, elle espérait raviver la nostalgie des américains sous la présidence de son époux, mais cela pourrait bien se retourner contre elle.

Lors de la primaire du Kentucky, Hillary Clinton a déclaré qu’elle allait remettre l’ancien président « au travail » pour revitaliser l’économie des Etats-Unis, « parce qu’il sait le faire ». Ces propos avaient pour but de marquer des points dans un électorat blanc de la classe moyenne courtisé par Trump puisque Bill Clinton reste encore très populaire chez les démocrates du Kentucky. Sauf qu’en faisant cela, elle donne le sentiment de manquer de leadership.

De plus, en liant le passé économique de son mari à son futur politique, elle a donné le bâton à ses adversaires pour se faire battre. Sanders et ses supporteurs ne cessent de critiquer les conséquences néfastes de la délégulation menée dans les années 90, rappelant qu’elle a abouti à la crise des subprimes de 2008. Quant à Trump, il a déjà mis en cause les conséquences néfastes en termes d’emploi des accords commerciaux signés par son mari.  De plus, en mettant en avant son époux, elle permet à Trump d’évoquer ses frasques sexuelles avec Monica Levinski.

Hillary Clinton va devoir essuyer les critiques redondantes et celles à venir de Julien Assange qui ne veut pas d’elle au pouvoir. Aussi, si elle veut obtenir des votes, elle devra convaincre Sanders de se rallier à son parti afin d’obtenir les voix de son électorat. Au delà, de tout ça, elle devra ouvrir les yeux sur le parcours de Trump. Beaucoup de son électorat voit en lui le rêve américain et est obnubilé par sa richesse. D’ailleurs, l’homme d’affaires se vante depuis le début de sa campagne de son bilan d’entrepreneur, qui est pourtant loin d’être aussi excellent qu’il le prétend. Aveuglé par la richesse de Trump et sa « réussite », l’équipe de campagne de Clinton souhaite rétablir la vérité en mettant en exergue ses échecs sur un site internet « Art of the steal » (l’art du vol).

Quant à Trump, ses enfants semblent avoir compris les failles de la campagne de leur père, ils lui demandent donc d’abandonner les controverses de bas étage pour se présidentialiser. Voyant sa côte baisser, il réorganise sa stratégie et suit les conseils de ses enfants. Pour preuve, lors de son dernier discours, il a utilisé un prompteur pour éviter toute improvisation qui ont tendance à dégénérer. Plus grave et plus calme qu’à l’ordinaire, Trump semble comprendre que ses propos et le ton qu’il emploie ne correspondent pas aux attentes des américains, c’est pourquoi lors de son dernier meeting, il s’est bien gardé de revenir sur ses propositions d’interdire l’accès du pays aux musulmans, tempérant au contraire son discours en présentant la grande majorité d’entre eux comme des « victimes » de l’islam radical.

Entre scandales, échanges au vitriol et mensonges voilés, beaucoup d’américains ont décidé de ne soutenir aucun des deux candidats. Pourtant, n’aurait-il pas fallu voter pour éviter le pire ?

Clinton vs Trump : scandales contre scandales

par Sabrina Viniger Temps de lecture : 8 min
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