La chronique d’une défaite annoncée aura trompé tout le monde : responsables politiques, médias, sondeurs, diplomates ; tous avaient déjà joué l’élection présidentielle américaine. Ils avaient sans doute oublié que le pouvoir appartient aux détenteurs d’un bulletin de vote, c’est-à-dire aux millions de citoyens américains. Retour sur les leçons à tirer de la victoire « surprise » de Donald Trump.

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(c) AFP

            Donald Trump, le magnat de l’immobilier, comme on aime l’appeler dans les médias, l’homme d’affaires milliardaire, le plus controversé des candidats ; élu à la tête de la première puissance mondiale. Voilà de quoi en surprendre plus d’un… si ce n’est lui-même ! Quand les militants républicains exultent, les démocrates ont peur. Quand l’armée américaine elle-même doute, les démocraties occidentales tremblent. A mon humble niveau, celui d’étudiant, je me suis interrogé. Non pas sur les causes de son élection, ou sur les personnes sur lesquelles rejeter la responsabilité, mais plutôt sur les enseignements à tirer de cette victoire, pour les Etats-Unis comme pour la France.

La soi-disant défaite du système

            Le candidat républicain a été élu « à la régulière », démocratiquement, et son score final – 47,5 % des voix contre 47,7 % pour H. Clinton (!) –  ne doit pas nous surprendre : seuls les grands électeurs comptent au sein du pays fédéral.  Il est vrai que la participation de 54,2 % n’est pas la meilleure qu’aient connue les Etats-Unis, mais il n’en reste pas moins que le triomphe de Trump est indubitable.

            S’agit-il là d’un triomphe populiste ? Sans aucun doute. Tout à la fois au sens premier du terme qu’au sens aujourd’hui connu. Trump a basé sa campagne sur le retour au peuple, face à une élite, un système, une minorité – dont il est issu, ne l’oublions pas – qui lui aurait subtilisé le pouvoir. Accusant les responsables actuels d’avoir détruit la démocratie représentative, le candidat a séduit celles et ceux qui précisément ont été aculés par le système, que ce soit durant la crise des subprimes ou bien du fait de l’incapacité de nombre d’entre eux à vivre sereinement et en sécurité. Mais c’est bien le sens péjoratif qui prime aujourd’hui : les attaques répétées de D. Trump contre certaines communautés ou contre les femmes ne les ont pas empêchées d’être à ses côtés. La haine (ou la peur) du système a créé une forme d’amnésie collective.

            Les Etasuniens ont fait leur choix, il nous faut le respecter. Mais que comprendre de leur message ? D’abord, que le monde accumule les menaces, auxquelles l’Etat et les responsables politiques semblent impuissants, telle est du moins leur impression. Ils ne les protègent plus, et le discours de D. Trump, à la fois paternaliste et autoritaire, a paradoxalement rassuré. Se réfugiant dans leur sphère privée, les électeurs ont cherché celui qui leur ressemblait le plus, qui parlait et pensait comme eux. La Politique en tant qu’affaire publique ultime et noble est morte, ils le savent bien. Alors choisissent-ils celui qui semble suffisamment puissant pour être Président – on ne choisirait pas « n’importe qui » – mais surtout celui qui cherche à ne pas être comme les autres, et donc à se rapprocher d’eux.

La défaite des tiers

            Choisir un milliardaire pour se prémunir de la finance et un showman de téléréalité pour s’attaquer aux médias … c’est original ! C’est bien pour cela que la victoire du populisme n’est pas celle du peuple stricto sensu, les mois à venir viendront confirmer ou infirmer cette déclaration que l’on entend dans tous les médias. Mais elle est assurément la défaite des tiers, qu’ils soient sondeurs, journalistes ou même internationaux. Ils espéraient et ont pesé de tout leur poids pour qu’H. Clinton soit la vainqueur. Les voici, actuellement, s’excusant auprès du nouveau Président.

            Belle leçon d’humilité à laquelle nous force l’échec des sondages : même s’ils ont souvent mis en avant une tendance globale de progression du Républicain, peu d’entre eux ont envisagé avec sérieux sa victoire. Rien de bien surprenant pour les chercheurs en science politique : l’écart d’intentions de votes entre les deux candidats était bien trop minime pour pouvoir assurer une réelle fiabilité des résultats annoncés. Mais évidemment, cette réalité était tue. A nous, en France, de repenser nos systèmes et d’envisager de jouer la carte de la transparence, notamment lorsque les sondages ne sont pas représentatifs…

            Quant aux médias, ils semblent eux aussi renvoyés dans la sphère politique honnie et exécrée. Rappelons-nous des critiques de D. Trump contre les journalistes, qui ont été accueillies avec joie par ses sympathisants. La presse et les médias en général ne peuvent être complètement objectifs, nous nous en doutons bien. Mais la cabale de certains d’entre eux contre lui n’était que le moyen de servir ses objectifs. Bien peu de médias ont osé avancer à visage découvert et annoncer leur soutien à l’un ou l’autre des candidats – à l’instar du New York Times qui a certes brisé sa neutralité mais aura eu l’audace d’être honnête –. Face à une presse qui se dit indépendante tout en roulant pour tel parti ou tel candidat, la transparence doit être de mise. Une transparence que, bien sûr, les médias français exigent des politiques. A eux de montrer l’exemple également.

La victoire du peuple ?

            Je ne crois pas que la victoire de D. Trump soit une victoire du peuple en tant que telle. Ce sont moins de 200 000 voix qui séparent les deux candidats au niveau fédéral, H. Clinton étant en tête, de surcroît. Autrement dit, si le vote était comptabilisé comme en France, les Etats-Unis auraient une Présidente. C’est donc un réel enjeu de cohésion nationale qui se pose à la nouvelle Administration Trump.

            D’abord, parce qu’il finira lui aussi par être renvoyé dans le « eux » du système politique, tôt ou tard. Le décalage entre élus et citoyens s’est agrandi, et le mécanisme du « recall » à mi-mandat risque de le déstabiliser – à l’instar d’Obama durant son mandat – ; d’autant plus que le Président, malgré la majorité acquise aux deux chambres, risque de voir les rancoeurs passées ressurgir. Peu de leaders républicains, in fine, lui font confiance, et certains n’attendent que de se venger : les blocages risquent d’être son quotidien, quand certains annoncent déjà des difficultés aussi fortes que celles de Thatcher à la fin de son mandat. Pour revenir aux Français, ils ne sont pas en reste, et leur sentiment de défiance pourrait nous conduire à une situation similaire. Quand le peuple décide, rien n’est impossible.

            D’autant plus que les discours politiques et médiatiques diffusent une image terriblement négative des citoyens français, qui seraient apathiques et passifs face à leur destin… Parce que ces acteurs ultra-formalisés n’acceptent pas d’observer avec précision leurs concitoyens, ils leur refusent le statut d’engagé ; alors même que les Français, comme les Américains, sont de plus en plus nombreux à user du numérique par exemple pour agir. Au risque de se retrouver dans la situation espagnole qui, grâce au scrutin proportionnel, laisse la possibilité aux petits partis d’émerger et de s’imposer – pensons à Podemos et Ciudadanos –, mais a connu pour la même raison une instabilité politique rare. La France risque de suivre la voie américaine si la voix citoyenne n’est pas entendue, dans et en-dehors des partis. Enfin, si l’on devait retenir ici un seul résultat, ce serait sans doute celui de la Floride, qui a vu D. Trump l’emporter grâce à quelques dizaines de voix. Chaque voix compte, nous ne le répèterons jamais assez.           

            Le discours du Président élu a surpris : calme, rassembleur, fraternel ; le candidat semblait avoir enfilé son costume de chef d’Etat. Rien aujourd’hui ne nous permet de savoir ce que seront demain les Etats-Unis. Mais dès à présent, nous pouvons tirer toutes les leçons de ce vote, pour que demain, nous n’ayons aucun regret.

Guillaume Plaisance

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Donald Trump Président, quels enseignements ?

par La Rédaction Temps de lecture : 5 min
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