Le cinéma surfe sur la vague des succès littéraires…Et se vautre. Exemple illustré avec Twilight. A moins d’avoir hiberné dans une cave et boycotté les cinémas depuis 2008, vous n’ignorez pas qu’Hésitation, le troisième opus de la saga Twilight, a débarqué dans les salles mercredi 7 juillet. Adaptation controversée des best-seller de Stephenie Meyer, ce troisième volet reprend l’histoire là où on l’avait laissée.

Petit rappel des faits

Isabella Swan, seize ans, déménage chez papa, dans une ville paumée où il pleut vingt-deux heures sur vingt-quatre. Elle qui n’a jamais été très sociable se mue en l’attraction du lycée et souffre des demandes incessantes de la gente masculine locale – des pré-pubères qui semblent constamment concourir pour savoir lequel sera le plus bête. Et – ô miracle – au milieu de tout ce beau monde se trouve l’augurale et indiscernable famille Cullen. Une peau blanche, un physique à se damner et, surtout, une indifférence totale aux adolescents – l’archétype du vampire végétarien de bonne famille. De quoi faire jaser les jaloux.

Le seul espoir des lycéennes en mal d’amour sommeille en Edward (campé par un Robert Pattinson qui affole les moms du monde entier), le plus beau spécimen de la famille. Oui mais voilà, lui peut lire dans les pensées et trouve ces humains insignifiants, superficiels et cruellement bêtes. La seule exception semble être mademoiselle Swan. Non seulement son cerveau est-il hermétique aux superpouvoirs vampiriques d’Edward, mais elle est pour lui l’équivalent d’un hamburger-frites pour celui qui se nourrit de liquide protéiné depuis dix ans.

Un accident survient, il la sauve, elle s’accroche et met au goût du jour une variante du syndrome de Stockholm. Une histoire d’amour naïve et incroyablement chaste naît quand, coup de théâtre, Bella fête son anniversaire, se coupe accidentellement et passe à deux doigts de se faire drainer par un des Cullen. Edward se tourmente, en proie à ses névroses habituelles – je suis un monstre et tu es un ange, je ne te mérite pas – et il finit par la quitter du jour au lendemain.

Elle dépérit, se lie d’amitié avec un quileute de La Push – un indien aux cheveux longs qui lui fait du gringue et qui se fait rejeter. Elle ne veut qu’Edward et, lorsqu’il menace de se suicider, traverse un océan et un continent pour le ramener à elle. La note finale ? Un « épouse-moi » mielleux et romantique d’Edward.

 

Twilight : Hésitation … J’hésite.

Moi-même en mal d’histoire d’amour romancée, j’ai lu les quatre livres. J’ai également vu les deux premiers films. Twilight, Chapitre 1 : Fascination était avant tout l’aboutissement de la saga. Après tant de mois sachant que nous ne serions plus régalées des nouvelles aventures d’Edward et Bella, l’adaptation cinématographique a été une bouffée d’air vampirique. Un film américain à très gros budget qui, finalement, ressemble à un petit film d’auteur émouvant et désuet.

Pleine d’entrain, j’ai déboursé les dix euros nécessaires pour atteindre le graal un an plus tard, en novembre 2009 : Assise au sein d’une salle pleine à craquer, je tentai de ne pas bâillonner les adolescentes qui piaillaient dès que Jacob montrait ses muscles dans Tentation. Et de ne pas bailler, aussi. 

Alors je me suis posé la question. J’y vais, j’y vais pas ? J’ai abandonné mes doutes, et acheté ma place. Mon ticket m’aura davantage emmenée on the highway to hell qu’au paradis perdu de la saga littéraire Twilight.

Scènes coupées, transformées, remodelées pour tenir en deux heures, ce troisième opus qui devait instiller au sein du couple parfait jalousie, risques et mini-trahisons désamorce la passion adolescente et les trémulations d’une relation intense. Tout y est plus joli, plus mignon, plus mielleux que jamais – un contre-sens magistral au livre.

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Et après ?

Démoralisée, j’ai été obligée de relire l’ouvrage pour ne pas rester sur une mauvaise impression. N’est pas remis en jeu le jeu des acteurs, mais le scénario en lui-même. A faire dans le romantique, on tombe vite dans la niaiserie.

Pourtant, les bouquins avaient séduit par leur écriture sobre et atypique, leur passion épurée et l’image clichéique  du beau garçon que tout le monde veut mais qui n’est seulement intéressé que par la fille qui se croit banale mais ne l’est pas. Ajoutez à cela le topos du vampire qui fait presque plus vendre aujourd’hui que l’industrie pornographique et vous obtiendrez le succès qu’a connu Twilight.

Alors pourquoi les ouvrages ont-ils fait exploser les ventes et le fanatisme, alors que les films piétinent artistiquement parlant ?

Au cours de mon périple Twilight – quatre œuvres dévorées, trois films contestés et un béguin pour Robert Pattinson admis – je me suis rendue compte que l’histoire tournait au phénomène.

En dehors du jeu médiatique qui consiste à monter un élément en épingle jusqu’à ce que les foules le maintiennent d’elles-mêmes en haut de l’affiche, l’engouement suscité est davantage de l’ordre du fanatique que du fan-tout-court.

Entre la presse qui s’obstine à prêter aux deux héros une histoire d’amour à la vie comme à la scène, les admiratrices qui vénèrent Pattinson au point qu’il dût se faire porter par des gardes du corps pour rejoindre son hôtel cannois lors du Festival 2008, les produits dérivés qui vont jusqu’à la pilule contraceptive et les sites internet qui font floraison, la planète est submergée par Twilight.

 

Evidemment, la dimension populaire y est pour beaucoup. Remettant au goût du jour l’amour dévoué et chevaleresque ainsi que les classiques anglophones de la littérature, la saga offre du rêve avant tout. Du rêve pour des jeunes filles en fleurs qui rencontrent plus de Mike Newton que d’Edward Cullen, et du rêve pour les mamans qui se replongent dans les passions obsolètes de leur jeunesse.

Cependant, le phénomène vaut également parce qu’il embrasse cet aspect intrinsèque et fabuleux de l’Internet : le rassemblement. L’exemple parfait réside en un site : Fanfiction. Permettant d’utiliser les prénoms de personnages existants – de livre, séries, films, mangas et même jeux vidéos – pour y créer leur univers propre, les auteurs se voient offrir l’occasion de se heurter à un premier public, testant leur imaginaire et leurs capacités. La section Twilight recense aujourd’hui 218K fictions, toutes langues confondues.

In fine, puisqu’il s’agit de garder un lien avec la saga, quitte à prolonger le rêve, autant qu’il ne défigure pas le talent – certes contestable – créatif de Meyer.

 

Twilight 3 : Hésitation – En effet, on hésite

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 4 min
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