Uchenik, ou Le Disciple en français, est un film russe de Kirill Serebrennikov en compétition dans la catégorie un certain regard du Festival de Cannes qui parle d’un adolescent endoctriné par la religion. 

Veniamin est un adolescent perturbé. Seul contre ses camarades et sa mère, il essaye de montrer à tout le monde que nous sommes perpétuellement dans le péché. Récitant par cœur des extraits de La Bible, il mène des combats pour montrer que, par exemple, les filles en bikini à la piscine sont contraires à la religion, tout comme l’enseignement de la théorie de l’évolution. Aidé du seul camarade de classe qui l’apprécie, Veniamin va se créer un monde où toute personne allant à l’encontre de sa religion est une victime potentielle. Dans le contexte actuel, ça fait plutôt froid dans le dos.

le disciple uchenik religion

Uchenik – Le Disciple met en scène des réflexions complexes

Même si le film se passe en Russie, donc dans un pays bien plus basé sur la religion qu’en France, Uchenik – Le Disciple ne cesse de nous poser des questions. Veniamin cite sans cesse des passages de La Bible, qui sont d’ailleurs toujours référencés par une mise en scène habile d’un texte en fondue à chaque citation, et il s’évertue à démontrer que beaucoup de choses sont proscrites dans la religion. L’exemple le plus choquant est celui de l’homosexualité. Le jeune homme montre par différentes citations qu’il est contre-nature d’être homosexuel d’après La Bible, ce qui peut être assez déroutant. Une autre scène est perturbante, lorsque le jeune homme met en avant le fait que les cours d’éducation sexuelle sur la pose d’un préservatif sont inutiles vu que l’homme doit faire l’amour uniquement pour se reproduire, et que, de plus, personne n’est marié dans la classe, donc que personne ne doit avoir de rapports… 

Ce qui est très surprenant, c’est que malgré ses comportements extrêmes, l’élève arrive tout de même à manipuler ses enseignants et sa directrice de lycée. En effet, sa professeure de biologie est dans sa ligne de mire puisqu’elle enseigne que des péchés (sexualité, théorie de l’évolution…). Tout en se comportant de manière folle, comme par exemple en se déshabillant complètement en plein cours de bio, il arrive à être une sorte de victime qui bénéficie de son jeune âge pour semer le doute. La directrice en vient même à inciter son enseignante à être moins moderne dans sa manière d’enseigner, à prendre en compte la religion dans ses programmes, ce qui prive totalement de liberté l’enseignante, chose qui semble inconcevable pour un Européen. Le réalisateur dit d’ailleurs lui-même qu’« en Russie, la religion est partout. Comme aux Etats-Unis, les prédicateurs ont envahi les chaînes de télévision russe. La religion est devenue la seconde idéologie officielle. Elle contrôle les cerveaux de tous. »

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© Natalia Butova

La religion comme moyen d’exister

Nous comprenons réellement que la religion est un moyen d’exister pour le jeune homme. Accompagné du seul camarade de classe qui l’apprécie, au point même de l’aimer, ce qui aura des conséquences déplorables lorsque Veniamin le comprendra, l’adolescent mène une lutte pour une avoir existence parfaite aux yeux de Dieu. Jusqu’au point même de tuer, ce qui ne peut pas ne pas faire écho aux radicalisations islamistes. Pourtant, ce n’est absolument pas le but premier du film, mais il n’empêche que cela montre que les personnes qui se vouent totalement à la religion au point d’en faire une relecture radicale sont des personnes privées de repères, et au fort besoin d’exister. Ici, l’adolescent cherche clairement à exprimer ses frustrations personnelles, notamment à propos de la sexualité, comme le montrent diverses scènes mettant en exergue le jeune homme face au péché de la chair ou celui de l’homosexualité (comme il le juge lui-même).

Sans en dévoiler la fin, il est quand même important de dire que le film est surtout contemplatif, il n’a pas pour prétention d’apporter des solutions, ou de dénoncer des phénomènes de radicalisation. Le Disciple suit simplement le cheminement de l’adolescent, comme le montrent les nombreux plans-séquences du film. Kirill Serebrennikov alterne habilement entre des dialogues très drôles et des scènes poignantes. De quoi découvrir le cinéma russe avec une belle pépite.

Sortie du film le 2 novembre 2016

Uchenik – Le Disciple : religion et adolescence

par Laurène Thiéry Temps de lecture : 3 min
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