Le monde de la mode fascine ceux qui caressent, sur papiers glacés ou par écran, l’espoir de pouvoir un jour s’habiller des vêtements de créateurs futuristes. Le créateur de Wazal Mode, Ayissi Joseph, fait partie de ceux-là. Après sa dernière collection présentée à la Fashion Week, il a accepté de répondre à nos questions qui touchent à la mode, mais pas que.

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Paris Fashion Week – Mars 2016 – Espace Angy Haif

Qu’est ce qui vous a amené à devenir créateur de mode ? 

Je pense que c’est mon père qui m’a donné envie de faire ce métier, il était couturier dans les années 80 au Cameroun à Yaoundé. L’admiration portée à son travail m’a nourri dès mon jeune âge pour pouvoir rêver de travailler un jour dans ce milieu. D’ailleurs, depuis ma prime enfance, j’ai toujours été attiré par l’entrepreneuriat, et mon rêve était de monter ma propre affaire.

Comment avez-vous fait pour tenir face aux difficultés du début ? 

Comme toute entreprise, les débuts sont toujours entachés de difficultés, mais maintenant lorsque je regarde en arrière, je me dis que ce sont ces difficultés qui m’ont permis d’entretenir ma détermination à poursuivre ce projet. Le fait de croire en soi m’a aidé, depuis près de 10 ans, je travaille d’arrache-pied pour sortir plus de collections encore.

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Paris Fashion Week – Mars 2016 – Espace Angy Haif

En tant que créateur de mode africaine, avez-vous des soutiens dans la diaspora ? 

En tant que créateur, j’ai beaucoup de soutien dans la diaspora mais je touche avant tout ceux qui sont amoureux de la mode. Dans cet univers qu’est celui de la mode, chaque styliste est libre de créer avec le type de tissu qui lui plaît, et personnellement je travaille avec des matières différentes (wax, cuir d’agneau). D’ailleurs, dans ma nouvelle collection « Ova Tete » (Ova veut dire « plus grand, noble » et Tete veut dire « chic, bourgeois » dans le jargon camerounais), je propose des créations indécentes (10 ans d’avance) ou impudiques (5 ans d’avance). Je préfère être en avance car vu l’évolution de la mode, les codes changent d’année en année ainsi que le style. Des surprises sont en préparation pour les prochaines collections. 

« Je touche avant tout
ceux qui sont amoureux de la mode » 

Quel regard portez-vous sur cette mode africaine qui commence à prendre du galon avec, par exemple, H&M qui lance des collections ?  

Entre l’hommage au continent africain et l’africanisation de la mode moderne, ce concept-store proposé par H&M permet à tout le monde, à travers le monde, un vêtement, un accessoire ou une paire des chaussures avec des tissus d’Afrique comme le wax ou le pagne tissé, de raconter une histoire de l’Afrique. De ce fait, H&M, en mettant en avant une matière noble comme le wax, permet à beaucoup de gens de s’ouvrir à cette matière, ce qui montre l’engouement des maisons de mode pour ce tissu. C’est donc un business florissant qui attire pas mal de jeunes de la diaspora aujourd’hui, Wazal mode étant dans le domaine depuis un moment peut être considéré comme un des précurseur. 

Les jeunes qui nous lisent et se passionnent de mode souhaiteraient surement que vous leur donniez quelques conseils pour tenir dans le milieu, pour entreprendre dans la mode. 

Le conseil que je peux prodiguer à cette jeunesse est tout d’abord de croire en SOI, être excellent dans les relations humaines, car le métier nécessite de savoir travailler en équipe. Ce qui est aussi important c’est de se former en suivant des formations de styliste, de modélisme pour approfondir ses connaissances de son métier. Sans oublier le travail relationnel, la rencontre avec les autres créateurs via des événements ouverts et l’ouverture à tout ce qui peut développer la créativité (participations à des expositions, aux Fashion Week). 

D’où tirez-vous cette inspiration ? 

wazal mode fashion weekJe m’inspire de codes vestimentaires anciens et modernes. Les vêtements des pharaons égyptiens faits en cuir d’agneau, les vêtements du Ghana ou du
Nigéria m’ont aussi aidé à réaliser les modèles de ma dernière collection « Ova tete ». Travailler avec des matières nobles (le cuir d’agneau, le bazin et le tissu pagne wax), c’est ce qui me fait le plus plaisir. Par exemple, pour la veste smoking  rouge/noir, je me suis inspiré d’une paire de sneaker collector, les Nike Air Raid, auxquels j’ai associé des matières bazin et du wax. 

« Je m’inspire des vêtements des pharaons égyptiens »  

Vous avez du « inside fashion », des anecdotes concernant certains comportements normaux dans la mode mais vus différemment de l’extérieur ? 

Evidemment ! Disons, celui qui est le plus répandu concerne l’anorexie de certains mannequins dans le milieu. Un sujet qui est actuellement assez polémique, d’ailleurs, entre créateurs. Mais rassurez-vous, chez nous, à Wazal, nous avons pris fait et cause pour ce combat. Vous pouvez d’ailleurs en juger à nos mannequins et à nos créations qui s’adaptent à la morphologie de tout client lambda.  

Etant donné les modèles que vous développez et le goût des célébrités africaines, avez-vous des contacts de célébrités de la diaspora ?

Oui, bien-sûr ! Depuis le début, des footballeurs m’ont soutenu dont Romaric Koffi qui évolue au SC Bastia ou Kameni Carlos qui évolue lui à Malaga en Liga espagnole. Parmi ces soutiens, on peut aussi compter des chanteurs que je remercie profondément pour leur soutien. D’ailleurs je tiens à remercier tous ceux qui m’ont soutenu depuis le début de la création de ma ligne de vêtements.  

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Romaric Dri Koffi pose pour Wazal Mode

Pour finir, quel est votre plus beau souvenir depuis le lancement de votre marque ?  

Mon plus beau souvenir, c’est ma rencontre avec Mohamed Dia à Sarcelles, rencontre lors de laquelle il m’avait partagé quelques conseils qui comptent encore aujourd’hui. Je n’oublie pas Monsieur Imane AYISSI avec qui je communique beaucoup. 

 

Retrouvez le catalogue de Wazal Mode (sur son shop en ligne)

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Paris Fashion Week – Mars 2016 – Espace Angy Haif

 

Wazal Mode : « Je touche avant tout les amoureux de la mode »…

par Eric Temfack Temps de lecture : 4 min
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