Un vent yougoslave souffle chaque soir sur les planches du Studio Hébertot. Il est insufflé par Yougoslava, surnommée « You-You ». Un drôle de nom pour un personnage qui l’est tout autant et qui nous raconte durant une heure l’histoire de sa vie, à l’aube de sa retraite. 

You-You, ça vient d’où ?

Ce prénom lui vient de son père, qui a décidé de l’appeler Yougoslava parce qu’elle est née le jour de la naissance de la Yougoslavie. Celle qui porte un prénom enraciné a pourtant dû quitter son pays. C’est lors de son pot de départ en retraite que la femme s’épanche sur son histoire personnelle, depuis ses racines. Lors d’un tel événement, aussi important qu’émouvant, on s’attend à voir du monde. Pourtant, la comédienne Mina Poe est seule sur scène. Ses collègues, ce sont nous, le public. Et puis, la comédienne use de ses talents pour jouer à la fois son personnage féminin, des Russes, un policier français… Ce qui nous permet de prendre conscience que la comédienne n’est pas elle-même d’origine yougoslave et donc qu’elle manie cet accent à la perfection. Dès ses premiers pas sur la scène – qui n’est pas surélevée et permet ainsi une certaine proximité avec le public – la comédienne a son jeu inscrit sur son visage et dans ses gestes, faisant ainsi vivre un très grand moment de théâtre.

Une pièce à thèmes

Si Mina Poe est aussi vivante sur scène, c’est sans doute parce qu’elle adore le texte. Il faut dire qu’elle jouait déjà You-You il y a vingt ans, à sa sortie de Conservatoire, où elle était alors dirigée par Philippe Adrien. Et il en faut de l’énergie pour interpréter ce récit. Écrit en 1983 par Jovan Atchine, la pièce met en avant différents passés. You-You raconte à la fois son histoire d’immigrée, d’étudiante aux Beaux-Arts, de femme amoureuse, de mère, d’employée et enfin de future retraitée. Soit autant d’époques et de thématiques différentes abordées. L’auteur sait de quoi il parle, ayant quitté la Yougoslavie dans les années 1970. Et après l’exil, il a bien fallu que You-You trouve un emploi. Elle obtient alors un travail de secrétaire, auquel elle tient particulièrement. À la personne qui va lui succéder, elle déclare : « Je veux, quand même, que vous sachiez, ma petite Charlotte, qu’il ne s’agit pas seulement de taper, il faut aussi garder les secrets, c’est pourquoi on nous appelle secrétaires ». Qui mieux qu’une secrétaire est à même de connaître les secrets de tout le monde ? En plus de l’immigration et d’une volonté de trouver une vie meilleure, c’est la vie des femmes de tous les jours qui est ici abordée. Alors que pendant des années elle a recueilli les confidences des uns et des autres, ce soir, c’est à son tour de se confier pleinement. You-You, une femme simple mais un sacré personnage !

 

Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles 75017 Paris
Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h
Moins de 26 ans : 10 €, plein tarif : 28 €

You-You, seule sur scène au Studio Hébertot

par Armandine Castillon Temps de lecture : 2 min
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