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Au Kurdistan Irakien, l’aide Humanitaire s’organise pour venir en aide aux réfugiés

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Kurdistan Irakien
6 min de lecture

Morgane Cuoc (@Morgan_Iser) et Pierre-Benoit Roux (@RouxPB) ont pu se rendre à Zakho, au Nord de l’Irak et suivre le travail de l’équipe d’aide psycho-sociale d’Action Contre la Faim.

Les 22 et 23 décembre dernier, nous nous sommes rendus au camp de Chammishko, dans la périphérie de Zakho, au Nord-Ouest du Kurdistan irakien. Regroupant 26 000 personnes, soit 5 000 familles yézidies et musulmanes, ce camp accueille principalement les réfugiés des alentours de Mossoul et du Mont Shingal ayant fui Daesh ; ils vivent à présent dans des tentes reliées à des sanitaires en béton. Nous y avons suivi l’équipe de soutien psycho-social d’ACF : récit d’un métier peu débattu et pourtant essentiel de l’aide humanitaire.

« 28 $ par personnes et par mois pour la nourriture »

Nous sommes accueillis par Renas Nabe, Team Leader de l’équipe d’aide psycho-sociale d’ACF. « Action Contre la Faim » : si le titre est explicite – l’ONG garantit l’aide alimentaire en reversant aux réfugiés l’équivalent de 28$ par mois et par personne qu’ils dépensent au food market – il recouvre en réalité plusieurs objectifs : il s’agit pour les membres de cette équipe d’assurer une écoute empathique auprès des familles dévastées par les traumatismes de la guerre. Concrètement « Nous nous rendons de tente en tente pour écouter les histoires familiales et montrer que nous sommes là ».

« Après le traumatisme, l’ennui »

A priori, la mission est simple : chaque équipe évolue par deux pour rencontrer les familles – un père, une mère et les enfants, une tente par famille sauf si elle dépasse huit membres et se voit alors octroyer deux tentes – et leur poser des questions très larges sur leur situation. Mesud et Ronahe, qui font partie du même binôme, témoignent : « Nous restons très généraux en leur demandant comment ils vont, mais nous n’essayons jamais de les faire parler. Nous savons qu’une session est terminée lorsqu’il n’y a plus rien à se dire ». En une journée, ils peuvent rendre visite à une vingtaine de tentes… ou à une seule, selon la difficulté des cas. Pour chaque tente, le même schéma se répète : les membres d’ACF se présentent et commencent à entamer la discussion ; le chef de famille prend rapidement la parole et après quelques minutes, on nous invite à boire le thé, voire à partager le repas du midi, selon l’heure – paradoxalement, les membres d’ACF ne mangent jamais avec les réfugiés, à cause des conditions sanitaires…

Mais ce que nous pouvons apprécier comme de la générosité correspond en réalité à une volonté virulente de reproduire une routine, un quotidien rythmé par les mêmes habitudes sociales « d’avant Daesh » qui répète la normalité. Car l’ennui est palpable : en 30 minutes de discussion, une vingtaine de personnes se pressent, s’assoient, ressortent de la tente, les enfants curieux s’alignent pour jouer avec le photographe et les conversations sont ponctuées de grands gestes – signes que les gens ont effectivement besoin de faire le récit de leur situation. Nous voyons peu de femmes s’exprimer : « elles parlent plus facilement quand elles sont seules », précise Ronahe, à l’image de cette femme battue par son mari car sa préparation à base de riz n’était pas assez cuite, mais qui s’est ouverte une fois isolée.

« Nous ne sommes pas des docteurs »

Malgré tout, Mesud précise : « Nous ne sommes pas des docteurs ». L’équipe se retrouve parfois confrontée à des cas psychologiques très graves qui nécessitent l’intervention de psychologues aguerris – comme cet homme, dans la deuxième tente à laquelle nous sommes invités, qui explique qu’il a bénéficié d’un soutien psychologique accru car il était devenu totalement insensible à la douleur : « On pouvait me battre, je restais là et je ne ressentais plus rien ».

Autre limite : les réfugiés sont parfois curieux des avancées militaires et de la situation dans le pays : « Parfois les gens nous demandent quand ils pourront rentrer chez eux. Ils faut faire très attention car nous ne pouvons pas leur répondre » avise Mesud. En revanche, l’appartenance religieuse de l’équipe de soutien n’est pas un obstacle à leur mission, malgré les nombreuses tensions dans le camp. Sont rassemblés dans ce même lieu les Yézidis et les Musulmans, qui, en dépit d’histoires similaires – chassés et massacrés par Daesh – ont parfois du mal à cohabiter, bien que séparés physiquement (les rangées de tentes s’organisent par confession religieuse).

Le génocide perpétré à l’encontre des Yézidis a créé chez les membres de cette communauté une véritable aversion de la communauté musulmane, d’où le paradoxe : certains Musulmans se voient insulter d’être « Daéchistes » alors qu’ils ont assisté à la destruction de leur famille par Daesh. Ce sont uniquement les femmes et les enfants qui se battent, car des affrontements masculins amèneraient sans doute à des débordements trop violents…

Lorsque nous demandons à Ronahe, voilée, si elle a déjà été mal accueillie par une famille yézidie, elle nous répond par la négative : une femme lui a déjà dit que « malgré le fait qu’elle était musulmane, elle était comme sa fille ». L’aide envers les réfugiés est affaire de tous – les bâtiments abandonnés sont investis par eux ; ils n’en sont généralement pas chassés – et une mobilisation générale se fait sentir à l’échelle du pays.

« Un métier éreintant qui vous abîme »

Mais l’on ne saurait dresser un tableau optimiste de la situation : l’attente plate domine cette micro-société dont les membres occupent leur journée en se rendant visite les uns aux autres, où les enfants ont les traits durs de la maturité et des regards d’adultes, ou des bébés d’une semaine pèsent deux kilos et où les privilégiés possédant une télévision pour tromper l’ennui ne captent que Bollywood… Comment se protéger mentalement ? « Ola, notre responsable, nous aide, elle nous écoute quand nous en avons besoin. Globalement ce sont les mêmes histoires qui se répètent ». Cela permet au membres de l’ONG – sur place depuis aout – d’avoir le recul nécessaire pour tenir.

Car la situation semble faite pour durer : la plupart des personnes interrogées, malgré la reprise militaire des territoires – principalement par les peshmergas, les soldats du Kurdistan irakien – ne veulent pas rentrer chez elles. Telle famille musulmane a peur des représailles de la communauté yézidie dans le Mont Shingal , un père de famille souhaite tout simplement réintégrer l’armée irakienne – 3 mois d’attente depuis qu’il a envoyé sa lettre -, telle famille yézidie ne fait plus confiance aux musulmans – pas même les peshmergas… La mission d’ACF reste donc encore essentielle pour aider et guider ces existences prises entre l’impossibilité du retour et l’absence de perspective de travail. «Les gens ont mis du temps avant de se prendre en main», ajoute Renas, «et à comprendre que nous n’étions pas là pour nettoyer leur tente».

Finalement, les équipes se retrouvent dans le van qui les ramène à Duhok. Malgré la dureté du métier, le van est un espace de discussion et de franche rigolade…. Une autre manière de prendre de la distance et de ne pas céder au pessimisme.

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