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Les philosophes face à la Première Guerre mondiale

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Le premier philosophe qui s’est intéressé à cette guerre est Henri Bergson (1859-1941), prix Nobel de littérature en 1927. D’origine française, il qualifia de ¨cynisme allemand¨ l’invasion de la Belgique le 14 aout 1914. Rappelons qu’un tel événement a déclenché les hostilités de la Première Guerre mondiale. Dans le Discours prononcé à l’Académie des sciences morales et politiques le 8 aout 1914 en France, Henri Bergson dénonce directement l’Allemagne qui, dit-il, s’érige contre toutes les valeurs de la justice et de la vérité. Selon lui, on est en pleine barbarie allemande proche de l’état sauvage. ¨La lutte engagée contre l’Allemagne est la lutte même de la civilisation contre la barbarie¨, a déclaré Bergson pour affirmer toute son aversion pour cet invasion de la Belgique par l’Allemagne qui cherchait à atteindre la France. Bergson n’est pas passé par quatre chemins pour exprimer son admiration pour la Belgique tout en fustigeant la brutalité de l’Allemagne.

Georg Simmel, philosophe et sociologue allemand, a pris le contre-pied de cette lecture de Bergson. Il a déplacé la discussion sur un terrain nationaliste en affirmant que les Français sont toujours incapables de comprendre l’être allemand. Selon Georg Simmel, Bergson reflète exactement cette anomalie française en qualifiant de cynique le peuple allemand qui a décidé de commencer cette guerre. Et le cynisme, ajoute-t-il, prône généralement la tranquillité. Simmel s’est rangé du côté du nationalisme pour justifier le bien-fondé de la guerre sur des questions d’honneur vis-à-vis de la France. Ce qui constituerait selon lui toute la force morale d’un peuple qui se voudrait souverain et maitre de son avenir. Avec Georg Simmel, on n’était pas loin d’une réplique nationaliste qui poserait les conditions politiques de la Première Guerre mondiale.

Le philosophe américain John Dewey (1859-1952) n’a pas proposé de se débarrasser de la guerre. Dans sa logique pragmatique, il a recommandé de l’utiliser à d’autres fins. Dans le cas des Etats-Unis, il pensait que la Première Guerre mondiale pourrait aider ce pays à devenir une grande puissance. Dewey a prôné une absence morale éclairée par l’expérience, le seul vecteur de la vérité.

L’importance du motif patriotique.

Ces trois philosophes se sont inscrits dans un élan de patriotisme nationaliste pour expliquer la guerre et la position de leurs pays respectifs. Henri Bergson s’était accroché à la France pour rejeter l’invasion de la Belgique par l’Allemagne. L’idée était que cette dernière était l’ennemi juré de la France. Il a attaqué la Belgique juste pour atteindre la France par le nord-ouest. Georg Simmel s’est fait le défenseur de l’Allemagne, alma-mater. Il a même évoqué une certaine petitesse de la France face à l’être allemand. En fin de compte, John Dewey a vu le bien-être matériel de son pays dans une guerre dont les dégâts en perte matérielle sont inestimables. Ce qui revient à signaler que l’axe patriotiste détermine les regards des philosophes autour de la Premier Guerre mondiale.

Contre toute tendance qui sépare la pratique philosophique des actualités, cet article montre combien la philosophie reste attentive aux grands événements conjoncturels. La philosophie pense avec et dans ce qui se passe chaque jour. De nature métaphysique, elle utilise les catégories ontologiques pour penser les actualités de son temps. Ainsi, la Première Guerre mondiale n’était pas seulement pensée par les philosophes, mais aussi évaluée. Ce qui les poussait à confronter leurs positions autour de cet événement de portée mondiale.

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