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#Décryptage – Un futur politique sans les jeunes ?

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Un futur politique sans les jeunes ? C’est ce que l’on peut croire en regardant le taux croissant d’abstention chez les moins de 25 ans aux dernières élections municipales et européennes. À l’heure où la politique française peine à mobiliser son électorat traditionnel, quid de leurs enfants ? Leur engagement nous permet-il de parler de la politique française au futur ?

Le 16 décembre dernier, l’Anacej (Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes) a publié les résultats de son étude sur le vote des jeunes. Elle tente d’y analyser le futur politique des jeunes alors même que 75 % d’entre eux ont déserté les bureaux de vote lors du dernier scrutin européen. Son constat soulève un paradoxe. Décryptage.

La politique, une langue plus que jamais vivante

Évacuons d’abord ce vieil adage qui consiste à dire que les jeunes négligent la politique. En effet, selon un sondage Audirep en décembre 2013, un jeune sur deux se déclare intéressé par la politique en France – et d’ailleurs, parmi eux,, près de 80 % suivent les actualités politiques !

C’est ce que l’on constate lorsque l’on observe une mobilisation importante lors des manifestations étudiantes ou lorsqu’il s’agit de questions de société comme l’expulsion de jeunes immigrés clandestins, en témoigne l’affaire Léonarda, ou les manifestations concernant la loi Taubira.

Si leurs voix se font entendre, leurs porte-voix, eux, changent. C’est ce que souligne Loïc Blondiaux, enseignant-chercheur en science politique et professeur à l’université Paris-1, dans un entretient réalisé par l’AFEV dans son étude intitulée « les jeunes et l’engagement politique » où il expose qu’ « il y a un intérêt général pour la politique chez les jeunes qui coexiste avec une absence d’engagement, d’investissement dans les lieux traditionnels de la politique. ».

Alors que les adhésions dans les grands mouvements destinés aux jeunes déclinent, ces derniers suivent tout de même la maxime de Stéphane Hessel – « Engagez-vous » – et se font entendre par le biais de nouveaux moyens.
C’est d’abord en s’exprimant et se fédérant sur des réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook qu’ils se regroupent et discutent de leurs consciences politiques. Ces plateformes multimédias leur donnent ainsi l’occasion unique de pouvoir débattre, s’organiser mais aussi d’agir en faveur des causes politiques.

Aussi, les dernières élections montrent que c’est vers de petits partis (distincts des grands partis dominants en prônant de nouvelles alternatives plus convaincantes selon eux) que se tournent les jeunes. N’ont ils alors plus confiance en ces grands partis jusqu’alors considérés comme les clés de voûte de l’édifice politique français ? On assiste à une véritable mue de l’engagement des jeunes.

Insatisfaction et crise de confiance

Si les jeunes se détournent d’un engagement politique traditionnel, c’est avant tout parce qu’ils sont insatisfaits par les partis qui leurs sont présentés. En effet, ils ne veulent plus suivre ces modèles qui leur semblent dépassés, et le personnel politique placardé en grand sur les affiches de campagnes ne semble plus parler le même langage qu’eux. Plus d’un tiers des jeunes ne considère pas être pris en compte par les politiques françaises : « les personnalités politiques sont les principaux responsables de l’abstention », souligne l’Anacej.

Cette distance entre les gouvernants et ces jeunes gouvernés procède d’un réel décalage : ne pourrait-on pas aller jusqu’à parler d’un sentiment d’abandon ? Les jeunes Français ne se reconnaissent plus dans les différents partis et associations politiques français. Mais pourquoi ce décalage ? L’enquête répond en trois points « Pour les jeunes de 18 à 25 ans les trois principales causes de l’abstention sont : les mensonges des politiques, le fait que les campagnes ignorent les préoccupations réelles de la situation et la malhonnêteté des politiques ».

C’est ce qu’a illustré les trente ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, qui n’ont pas réussi à réunir autant que lors de la précédente édition en 1983. C’est bien là le symptôme d’une hésitation dans l’engagement politique des jeunes, alors même que ce mouvement était il y a trente ans le symbole même d’une prise de parole politique de ces derniers (d’ores et déjà en perte de vitesse à l’époque cependant). Les partis politiques ne fédèrent plus la société, et les jeunes sont les symptômes les plus marquants de ce mal.

La montée des extrémismes

Aussi, l’adhésion en nombre aux partis extrémistes à l’aune des résultats du Front National (24,86 % du vote des jeunes sur les deux derniers scrutins) pose la question suivante : qu’est ce qui fédère les jeunes en politique ? Pourquoi se sentent-ils plus concernés lorsqu’il s’agit du mariage pour tous ou d’une adhésion au parti d’extrême droite nationaliste ?

Si 43 % de la jeunesse française tendent à se tourner vers des extrêmes pour trouver réponses à leurs problèmes, c’est d’abord parce que l’exercice actuel du pouvoir aboutit à la promesse d’un avenir qui n’a rien de très attractif, entre un chômage vertigineux (environ 23 %) et à long terme une retraite toujours plus lointaine et faible.

En l’absence de repères dans un contexte politique désorienté où droite et gauche ont du mal à assumer leur identité propre, les jeunes cherchent de nouvelles références auxquelles s’identifier afin de retrouver une conscience politique à leur image.

Parole aux jeunes, un pari politique crucial

Alors qu’en est il de l’avenir politique des jeunes, et surtout comment leur redonner la parole ? Comment les partis peuvent-ils se moderniser et leur donner envie de s’engager ?

Le Front National, par la voix de Gaëtan Dussausaye, Directeur national du Front National de la Jeunesse, répond à cette question en exposant qu’il est le seul parti français à représenter les jeunes à grande échelle en leur proposant une alternative « hors du système actuel » et en se félicitant d’avoir la plus jeune élue à l’assemblée européenne en la personne de Marion Maréchal Le Pen. Le parti d’extrême droite semble donc répondre aux jeunes par les jeunes, et ce sont en grande partie eux qui sont à l’origine de sa popularité, inédite de nos jours. Renouveler le personnel politique et représenter massivement la jeunesse au sein des grands partis démocratiques, voilà peut-être la porte de sortie nécessaire vers une résolution de cette « crise de foi » politique des jeunes français.

Les jeunes définiront toujours l’horizon politique français, et il est nécessaire de les prendre en compte si l’on veut éviter ces dérives vers des extrêmes qu’ils soient politiques ou religieux. Cette leçon vaut sans doute bien un vote.

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