Le 13 novembre dernier, 130 personnes ont été assassinées lors des attentats parisiens. Enfants, maris et amis ont été meurtris par la perte d’un de leur proche. Parmi eux, Antoine Leiris, ce dernier a publié quelques heures après la mort de sa femme, Hélène, un émouvant message sur Facebook adressé aux terroristes. Intitulé “Vous n’aurez pas ma haine”, ces mots avaient été partagés des milliers de fois et publiés par les journaux du monde entier. Ils sont aujourd’hui devenus un livre poignant et rempli d’amour (Fayard).

Vous n'aurez pas ma haine, Antoine Leiris Fayard
Vous n’aurez pas ma haine, Antoine Leiris, 12,90€, Editions Fayard

« Antoine, je suis désolée »

Dans son premier livre, Antoine Leiris revient sur cette soirée qui a changé sa vie et les douze jours qui suivirent. Le récit commence par le soir du 13 novembre, alors qu’il est resté seul à la maison pour surveiller son fils, il se délecte devant un livre quand un message puis un bandeau télévisuel « Attentat au Bataclan » change à tout jamais sa vie. S’en suivra l’attente interminable et la tournée des hôpitaux jusqu’au coup de fil de la sœur d’Hélène, « Antoine, je suis désolée ».

Au fil des pages, il évoque l’épreuve de la reconnaissance du corps, à l’institut médico-légal. « Elle est aussi belle qu’elle l’a toujours été. (…) Elle ressemble à celle que je regardais s’éveiller chaque matin ». Puis, la difficulté de dire au revoir à l’être aimé « Je pleure, lui parle, j’aimerais rester une heure encore, une journée au moins, une vie peut-être ». « La ville Lumière s’était éteinte en même temps que ses yeux s’étaient fermés. » Pourtant Antoine comprend qu’il va falloir qu’ils continuent de vivre … sans elle. 

Melvil, la véritable force d’ Antoine Leiris

Le récit tourne autour de son fils, Melvil, 17 mois, et du lien qui les unit car désormais c’est une nouvelle histoire qui commence « celle d’un père et d’un fils qui s’élèvent seuls ». L’auteur explique qu’il devait continuer leur routine parce que Melvil a besoin de son papa, et il a envie de lui prouver qu’il peut compter sur lui malgré les événements. Le petit garçon ressent l’absence de sa mère, « il faut lui dire maintenant, mais comment ? », « Maman a eu un accident grave, elle ne pourra plus revenir » lui dit-il en tenant son fils collée à sa poitrine afin qu’il entende sa voix lui dire son chagrin. Melvil ne dit que trois mots pourtant il comprend tout, ce sera « son premier chagrin, la première fois qu’il est triste pour de vrai ».

Vous n’aurez pas ma haine

Le rythme de la vie reprend, le lendemain c’est l’agent EDF qui sonne à la porte. Melvil, quant à lui, en véritable « chef d’orchestre, rythme nos vies à la baguette ». Les mamans de la crèche en signe de soutien préparent des petits pots pour Melvil, qui finiront à la poubelle puisqu’il n’en voudra pas et continuera de manger ceux du supermarché comme avant le décès de sa mère. « Je comprenais aussi que mon fils, s’il n’aura plus l’amour de sa mère, aura la tendresse de toutes les autres, dans des petits pots plein de compotes ».

Le lendemain de l’enterrement, il y retourne avec son petit garçon, ils déposent une photo d’elle sur la tombe. Mais « Melvil me lâche soudainement la main. Il grimpe sur la pierre, agrippe la photo. La prend avec lui. Je sais qu’il l’a trouvée. Il veut partir, ramener maman à la maison avec nous. Je le serre contre moi. Elle est avec nous. Nous sommes trois. Nous serons toujours trois. » L’absence est une omniprésence.

Une ôde à l’amour et à la vie

On pleure en lisant ce récit, écrit au jour le jour, tant il est empreint d’amour et de vie. Malgré un titre destiné aux terroristes, ce livre ne leur est pas dédié, et en fait d’ailleurs totalement abstraction. 

Au delà du fait que ce texte est un poignant combat contre la haine et pour la vie, c’est avant tout une déclaration d’amour à Hélène, la femme de sa vie, qu’il rend vivante l’espace d’un instant. Il explique « Je crois que c’est ce qu’il reste vraiment de plus précieux à tous ceux qui ont perdu un être qu’ils aimaient ». Loin d’être dans le pathos, Antoine Leiris raconte avec une grande dignité comment il s’organise, remonte la pente et remet « ses sabots de vivant », malgré le chagrin qui l’envahit. 

On lit trop rapidement ce court récit aux résonances poétiques dont on aurait voulu qu’il dure plus longtemps. Ce livre nous touche, car il nous fait revivre l’enfer de ce 13 novembre. On pleure autant que son cœur, et on admire sa force pour surmonter cette épreuve sans haïr ces terroristes. « Vous n’aurez pas ma haine ». « Ce n’est pas que je n’ai pas ressenti ce sentiment, c’est que j’ai voulu le laisser de côté pour garder la lucidité dont j’avais besoin. D’abord pour vivre ce chagrin pleinement, […] puis pour continuer à vivre aussi avec mon fils ».

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Vous n’aurez pas ma haine, Antoine Leiris

par Sabrina Viniger Temps de lecture : 3 min
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