Elisabeth et Maylis sont deux amies, elles ont 21 ans, et sont bien déterminées à changer le monde, à leur façon. Elles ont créé l’association Alteroptio, et vous en disent plus dans cette interview qui regorge de motivation … Retrouvez-les sur la page Facebook de Alteroptio, et n’hésitez pas à soutenir leur campagne de crowdfunding !

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Elisabeth et Maylis, vous avez créé Alteroptio, une association qui s’intéresse aux communautés alternatives du monde entier et qui souhaitent réunir ceux qui rêvent d’un plus grand respect de la Terre et de ses habitants. Ce rêve, vous en faites un projet solide, comment en êtes-vous arrivé là ? Comment est né Alteroptio ?

 

Maylis : À dire vrai, la genèse du projet n’est pas très exotique. En quelques mots : fin de soirée, dernière bière et dernière cigarette à la fenêtre par un soir froid, humide, pluvieux, brumeux, bref déprimant. L’heure était aux conversations surréalistes.

Elisabeth : Oui, « surréaliste » c’est le mot ! C’est au petit matin qu’est né le désir fou de partir découvrir le monde, mais à travers un prisme bien particulier : la notion philosophique de ce qu’est la société et du tissu social qui la compose. De cet échange quasi absurde entre nous est né un désir : celui de mener nos vies, et de les mener dans le bon sens, (en toute subjectivité bien sûr !). Évidemment nos aspirations sont différentes, mais nous sommes toutes deux déterminées, à l’instar du colibri, à « faire notre part » et à œuvrer à notre échelle pour alimenter le débat initiateur de changement social. Ce qui nous anime, c’est de partager notre expérience et qu’elle profite à tous, les intéressés et dubitatifs, les curieux et surpris… L’existence de communautés alternatives, au-delà de toute analyse normative, est un témoin précieux de l’existence d’un changement sociétal. À ce titre, nous voulons promouvoir leur existence afin d’alimenter les réflexions plurielles de définitions de nouveaux paradigmes.

Maylis : De l’utopie à la réalité, Alteroptio est né grâce à la conjugaison d’un constat commun de la non pérennité du système actuel qui voit grandir et exploser les inégalités tout en pillant les ressources naturelles, mais aussi grâce à notre amitié à toute épreuve. Cette double « poussée » nous a confirmé jour après jour que nous allions dans ce que nous considérons comme étant le « bon » sens. Notre regard étonné, surpris et écoeuré sur le monde qui nous entoure et duquel nous faisons partie fut notre moteur pour composer au quotidien les différentes partitions de ce projet. Notre amitié de longue date nous a permis de ne jamais baisser les bras et de maintenir le cap de la barque Alteroptio. Et encore, il nous reste du pain sur la planche …

 

Ce qui ressort de ce projet, c’est de l’optimisme face à un avenir gris-bitume. Est-ce que vous vous êtes heurtées à des sceptiques qui vous ont prises pour des idéalistes ?

Maylis: L’optimisme est une nécessité pour réinventer l’avenir et pour ne pas sombrer dans les affres de la « tristititude » face à des constats pas toujours alléchants, quelque soit l’action entreprise ! Quant au scepticisme, on s’y heurte tous les jours et c’est normal ! Vouloir changer le monde, la société, faire bouger les chose … c’est une ritournelle un peu mièvre. Mais on assume cette « fantaisie » qui est très engageante au fond puis qu’elle nécessite de se changer soi-même d’abord, histoire d’être quand même un peu cohérent. Et puis l’action passe par le rêve ! Enfin, c’est mon premier carburant. Poésie et utopies sont préalables à toute action et c’est justement pour concrétiser des rêves que tu agis.

Elisabeth : Ce rêve, cet idéalisme essuie bien des remarques c’est vrai. Pourtant je revendique et j’assume d’être une parfaite idéaliste ! J’ai profondément foi en l’homme, et je ne pense pas l’être humain comme individualiste et égoïste de nature (même après des centaines de débats pour me prouver le contraire). Je le prends donc comme un compliment lorsqu’on pointe du doigt l’utopie véhiculée par Alteroptio. Il est hors de question que je sois témoin ou même actrice d’un monde que je critique et que je refuse à bien des égards. Face à ça, c’est armée de mon seul optimisme que j’avance ! Alteroptio ne représente peut être qu’une microscopique goutte dans l’océan, mais ces gouttes sont bien plus belles que l’océan tout entier !

Maylis : Surtout que ce projet s’écrit à deux voix et que c’est justement cette dualité qui le légitime ! Nos attentes sont différentes : la conjugaison de la volonté d’Elisabeth d’initier un changement social conséquent et de ma soif d’information plurielle alimentant un débat pluriforme permet à Alteroptio d’être plus qu’un rêve. L’un va avec l’autre et transforme l’idéalisme en action.

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Vous partez en mars pour six mois en Amérique du Sud, dites nous en plus. Pourquoi cette destination ?

Elisabeth : On a décidé toutes les deux de prendre une année de césure pour mener à bien ce projet. Nous voilà de prêtes à partir à l’aventure ! Nous nous envolons pour l’Amérique du Sud parce que c’est un très bon « terreau » d’initiatives locales. Historiquement, le Brésil a vu naître le Mouvement des sans-terre par exemple ! L’Argentine quant à elle se met volontairement en retrait de la scène internationale et fait même figure de mauvais élève auprès d’institutions mondiales dont le but est de faciliter le libre-échange.

Enfin, pour citer Bernard Cassen, membre d’ATTAC (organisation internationale altermondialiste), l’Amérique latine est « le continent (…) où l’intégration passe moins par l’économique que par le politique ». Il ajoute que l’Amérique latine prend un virage qui n’est pas exactement celui du libéralisme et de l’économie de marché. Voilà une série d’exemples pour montrer que cette partie du monde est, à nos yeux, un catalyseur d’initiatives d’empowerment citoyen.

Pour être honnête, notre recherche de cohérence n’est justement qu’une recherche : nous n’atteignons pas les 100% de cohérence que nous voudrions : nous prenons l’avion pour y aller et notre bilan individuel d’empreinte carbone risque d’exploser. Pour autant, nous espérons donner du sens aux distances parcourues et vivre toute la mesure d’un voyage à l’autre bout du monde : notre aller-retour aérien permet un voyage de six mois et ce périple sera rythmé par un itinéraire exclusivement parcouru en bus. Enfin, l’Amérique du Sud semble être un espace géographique varié et où la nature s’exprime de bien des manières, d’après les centaines de récits de voyage que nous avons pu lire ou entendre. Ces diverses raisons nous ont motivées à choisir ce continent comme destination du premier voyage d’Alteroptio.

 

Vous n’avez pas peur d’être mal accueillies par ces communautés ?

Maylis: Quitte à passer pour des optimistes et idéalistes jusqu’au bout : non, pas du tout. Ce projet a suscité bien des angoisses, mais la peur d’être mal accueillies n’est définitivement pas un sentiment que nous ressentons. Le partage est souvent le fer de lance de telles communautés, et bien qu’il nous reste tout à découvrir à propos de ces organisations différentes, il semble que la volonté de partager le savoir ainsi que le désir d’un vivre ensemble différent, et en rupture avec l’individualisme véhiculé par notre société actuelle sont une sorte de dénominateur commun à ces communautés dont les réalités peuvent être hétérogènes. Cela semble, à nos yeux, être un bon indicateur de l’accueil qui nous sera réservé.

Elisabeth : En plus, notre projet a pour vocation d’être un relais de ces modes de vie différents et marginaux, sans analyse normative. L’analyse que nous voulons en faire, sur la base notamment du « code » d’Alteroptio, est une analyse socio-économique positive qui a vocation à comprendre les déterminants de tels choix de vie, et à dégager certains aspects des modèles sociaux construits par ces communautés. Il nous semble que cela n’entache pas le désir d’un vivre autrement voulu par nombre de ces communautés, et qu’au contraire, cela leur donne un espace pour s’exprimer librement … Rendez-vous en septembre pour répondre à nouveau à cette question ?

 

En existe-t-il près de chez nous, en France ?

Elisabeth : Oui ! Par exemple, les Colibris est un mouvement porteur de ce type de projets et qui accompagne des choix de vie alternatifs. Ce mouvement oeuvre en effet pour le changement humain afin de promouvoir une transition vers un système écologique et respectueux de l’être humain. Leur mission s’incarne entre autres par la promotion d’une agriculture différente. Nombreux sont les membres des Colibris qui forment de fait une « communauté alternative ». Autre exemple d’initiative qui porte des communautés alternatives : l’AMAP est une association qui met en réseau les agriculteurs ayant opté pour des techniques différentes de la monoculture et de l’agriculture intensive et des citoyens désireux de consommer autrement.

Le réseau WWOOFING existe aussi en France et regorge de fermes qui ont mis en place de nouveaux systèmes de vie basés sur d’autres types d’agriculture et sur l’échange non monétaire de compétences. Pour aller au-delà des Pyrénées, j’ai rendu visite à des communautés alternatives situées au cœur du Pays basque espagnol qui fonctionnaient respectivement autour de l’auto-suffisance alimentaire et du partage des compétences et du savoir-faire.

Maylis : Ces types d’initiatives essaiment en France et nombreux sont les gens qui optent pour un mode de vie différent. C’est donc un moyen de s’informer, se former et informer qui est littéralement sous nos yeux.

 

Selon vous, le progrès technique d’accord, mais dans le but de protéger l’environnement et non d’enrichissement ? Vous croyez donc au progrès ? C’est sur cette notion philosophique que vous allez réfléchir pendant votre voyage et le développement de votre association ?

Elisabeth : C’est la question de toute une vie ! Commençons par comprendre ce qu’on met derrière le mot « progrès technique ». Est-ce un moyen d’améliorer la vie de l’homme ? Alors oui, nous y croyons et dur comme fer ! Est-ce devenu un but lucratif qui se suffit à lui-même ? Alors, non, nous refusons un tel « progrès ». Outre les interrogations sémantiques sur cette notion, croire au progrès est parfois synonyme de laisser-aller et de paresse intellectuelle. En effet, pour prendre l’exemple des ressources pétrolières dont on a la certitude qu’elles s’épuisent à vue d’œil, le discours dominant consacre le progrès technique sur l’autel des révolutions sociales. « Oublions toute interrogation et réflexion à propos du mode de vie occidental gaspilleur et irrespectueux, et concentrons-nous sur l’arrivée d’un progrès technique tombé du ciel qui va sortir d’un chapeau sous la forme d’une énergie nouvelle qui nous permettra de maintenir (d’intensifier ?) le niveau de notre production actuelle alors même que c’est ce niveau de production qui est à l’origine du désastre écologique que nous connaissons ». Voilà le type de raisonnement qui peut découler d’une croyance aveugle et éperdue envers la science et la technologie. Bref, la notion de progrès technique a besoin d’être questionnée au travers du prisme « géonomique », c’est-à-dire au travers de la relation de l’homme avec son environnement naturel.

Maylis : Mais c’est bel et bien la notion de progrès que nous allons questionner à travers ce voyage et le projet tout entier, pas seulement la notion de progrès technique. Nous partons d’un constat commun que l’homme ne se réalise pas (disons pas toujours) dans le système actuel. Comment peut-on améliorer les conditions de vie humaine ? Nous voulons réfléchir à la question en partageant le quotidien de ceux qui y répondent en bâtissant des modèles sociaux différents : quels sont ces différents modes de vie construits et à quel bonheur mènent-ils ? Quel est donc le progrès véhiculé par ces communautés ? Et aussi, quelles sont leurs limites ?

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Selon vous, le système capitaliste, dans ce qu’il a de matérialiste, individualiste, élitiste et destructeur, doit-il s’effondrer pour que renaisse de ses cendres une société plus égalitaire et respectueuse ?

Maylis : Notre projet commun s’écrit à deux voix et nos trajectoires individuelles diffèrent à bien des égards. Notre positionnement « idéologique » notamment n’est pas fondamentalement le même. Personnellement je ne pense pas qu’il faille tout détruire pour reconstruire. Ça ne me semble pas possible et si ça l’était, il faudrait un temps fou pour le faire. Sans être pessimiste, je pense que nous n’en avons plus. Je crois qu’il est vraiment l’heure de se mobiliser rapidement et replacer le bien être de l’Homme comme finalité de toutes actions ou au moins de le voir inscrit perpétuellement au menu. Je ne crois pas non plus qu’un retour en arrière soit souhaitable, ni qu’un changement radical soit possible, mais je pense que nous pourrions commencer par assaisonner les relations humaines et nos actions quotidiennes d’un peu plus de charité dans son sens premier, désirer et faire le bien d’autrui. À mon échelle, c’est ce pourquoi je désire œuvrer en premier lieu. Comment ? Telle est ma question. Alteroptio est déjà un moyen pour moi d’oeuvrer en ce sens. « S’informer c’est déjà agir » résume en partie la manière dont je conçois l’action au sein de notre système pour le faire évoluer. Certaines choses deviennent intolérables dès lors que l’on en est informé, et notre désir d’abandonner certains comportements n’en est alors que plus ardent. Le changement humain doit être au cœur de l’action pour faire évoluer le système actuel. Dans l’idéal le plus complet, le devoir de réagir et agir devrait se greffer automatiquement à la prise de conscience mais bon, étant mon premier référentiel en matière comportemental je dois avouer que ce n’est pas une évidence … De fait, la cohérence est aussi l’objet de ma quête.

Elisabeth : Je partage le point de vue de Maylis en partie seulement. L’idéaliste que je suis a une soif d’absolue qui ne se saurait se satisfaire de la potentialité d’un changement à la marge. La critique que je pose sur notre système capitaliste est vecteur d’une certaine radicalité qui impose un changement social profond. Une réelle (r)évolution est nécessaire pour rétablir du lien social à l’heure de l’entre soi ainsi qu’un un réel partage des richesses en opposition à la recherche effrénée, individuelle et compétitrice de profit et de rentabilité. En revanche nous partageons totalement la recherche de cohérence même si nous ne nous leurrons pas. Si cette recherche est inconditionnelle, la cohérence dans nos vies ne le sera jamais… Mais nous ne voulons pas transiger sur la démarche : nos modes de vie sont désormais tournés vers la recherche d’un profond respect de l’Homme et de son environnement.

 

Le prochain voyage, ça sera quand et où ?

Elisabeth : On ne sait pas, pour la simple et bonne raison que ce ne sera pas nous ! D’autres membres d’Alteroptio vont partir à leur tour à la découverte de ces modes de vie et d’actions différents et vont poursuivre le partage d’informations. Raul, que nous comptons désormais avec plaisir parmi nous, s’est envolé début février pour l’Argentine où il veut se former à la permacuture (mode de production agricole en opposition avec la monoculture). Il espère également découvrir d’autres modèles pédagogiques d’éducation. Un premier exemple qui nous remplit d’espoir ! Mais dans l’idéal, si l’on parle de nos trajectoires individuelles, je pense que je m’en irai gambader d’abord en Europe, en commençant par la France et l’Allemagne. Maylis, quant à elle, poursuivrait sûrement l’aventure au Liban, d’où elle tire ses origines paternelles, qui assiste à la naissance de ce type de communautés et d’initiatives. L’aventure Alteroptio ne fait que commencer !

 

Qu’est-ce qui vous motive le plus dans tout ça ?

Trois mots que l’on déclame ensemble : agir, mobiliser et faire converger les initiatives et réflexions !

Crédit photo : Marie Ciuchindel Montage : Solène Bureau

Propos recueillis par Salomé Dolinski.

 

Alteroptio : apporter de l’optimisme face à un avenir gris…

par contributeurs Temps de lecture : 12 min
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