Le recyclage des déchets est aujourd’hui bien rentré dans les mœurs. Il nous concerne au quotidien lorsque nous vidons nos poubelles. Ils s’imposent aux industriels tenus de collecter les restes de leur production. Et il inspire également nombre de créateurs et d’inventeurs trop contents de profiter de l’aubaine pour passer de l’idée à la pratique. C’est le cas de Florent Baraban, un jeune opticien lunetier Nancéien qui vient de créer la société « 7 plis » qui conçoit et fabrique des montures de lunettes en utilisant de vieux skateboards. Il a nous a ouvert les portes de son atelier pour expliquer son travail.

De skateboard à lunettes - 7 plis
De skateboard à lunettes – 7 plis

Florent, avant toute chose, pourquoi avoir appelé votre société 7 plis ? Est-ce que vous avez suivi une formation spécifique avant de créer votre entreprise ?

Le nom est une référence aux sept plis d’érable canadien nécessaires à la constitution d’une planche de street, la planche classique utilisée pour le skate en parc et pour les figures. Les skates longs boards sont généralement composés de 11 ou 12 plis. J’ai obtenu un Baccalauréat STI (Science et Technique de l’Ingénieur) avant de suivre un BTS d’opticien lunetier. Après avoir travaillé chez plusieurs opticiens, j’ai décidé de me lancer dans la création de lunettes. Il s’agit d’une démarche plutôt originale qui correspondait à une véritable vocation. Je voulais créer et concevoir des lunettes.

Comment avez- vous eu l’idée de ce concept ? Ce concept existe- t-il ailleurs ?

Par un enchaînement de petites choses, mes études m’ont permis de me familiariser avec le maniement des machines et j’ai toujours suivis de près ou de loin l’univers du Skateboard. A un moment tous ces éléments se sont rejoints de sorte que le projet s’est imposé à moi comme une évidence. Je sais qu’un prototype semblable a été développé aux États-Unis, mais il n’y a pas eu de suite commerciale. Ils utilisaient également les plis d’érable pour imiter la fabrication d’une planche mais les montures n’étaient pas directement taillées dans le skate. Il n’y avait pas cette idée de recyclage qui donne une seconde vie à la planche.

De skateboard à lunettes - 7 plis
De skateboard à lunettes – 7 plis

Où récupérez- vous votre matériel ?

Des skateurs professionnels ou amateurs locaux me les fournissent, quand leurs planches ne sont plus utilisables. Ils me les apportent et je peux les transformer. D’ailleurs, je note sur les lunettes un genre d’historique, qui était le skateur, où il « rydai », quel a été sa meilleure figure. Comme ça on se souvient que les lunettes proviennent d’une planche à roulettes utilisée par un crack. Je m’éclate quand je pense que le bois qui a vécu sous tes pieds continue sa carrière au bout du nez.

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Le fait que cet objet ait déjà une forme et ait déjà subi les « ravages » du temps doit rendre l’usinage difficile. Comment se déroule la transformation ? Quel délai faut-il compter par paire de lunettes ?

En premier lieu, lorsqu’on récupère la planche, il faut retirer son Grip, ce papier épais qui la recouvre pour assurer l’accroche du pied. Dès que la planche est nue, nous commençons à usiner les pièces, à les découper avec une machine et un programme spécial. Nous pouvons créer 4 à 5 paires de lunettes par planches selon la taille des montures. Ensuite elles sont poncées et huilées pour un rendu bien lisse. Il faut compter à peu près un jour et demi de travail par paire. Les matériaux des planche rend le travail un peu plus fastidieux. D’un skate à l’autre les galbes ne sont pas les mêmes. Il faut prendre en compte la complexité et le caractère unique de chaque skate. Les branches sont découpées directement dans la courbure de la planche. Contrairement au plastique ou au fer, il est impossible de chauffer les branches pour leur donner leurs formes. Nous sommes contraints d’exploiter directement les contours de la planche. C’est pourquoi, il s’agit à chaque fois des pièces uniques.

Du coup, vous ne vous occupez que de la monture ?

Non, pas du tout, nous assurons la fabrication des lunettes du début à la fin. La société justifie un numéro de professionnel de la santé afin de proposer les remboursements exactement comme n’importe quel opticien. Après la fabrication de la monture nous commandons les verres et montons le tout en faisant les derniers ajustements.

Que deviennent les chutes de bois après la fabrication d’une monture ?

Effectivement il en reste ! Du coup, une série de produits dérivés ont été créés. Il s’agit d’utiliser toute la planche. Avec le bois qu’il reste je fais des boucles d’oreilles, des bagues, des portes clefs, des boutons de manchettes et des pinces à cravate. Ce qui est super c’est que chaque pièce est différente. Et puis il y a un grand avantage, comparé à une paire de lunettes qui prend plus d’un jour à être fabriquées, elles sont rapides à faire, à peu près 30 minutes donc si on les loupe c’est moins frustrant.

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De skateboard à lunettes - 7 plis
De skateboard à lunettes – 7 plis

Pour terminer, pour vous quels sont les axes vraiment importants dans votre projet ?

Je me suis fixé trois règles d’or. Le recyclage et l’écologie : tout est vraiment fait pour que le produit soit le plus écologique possible. Les planches sont entièrement utilisées, jusqu’aux roulements des planches qui sont utilisés sur les boîtes des lunettes comme système d’ouverture. Aucun solvant n’est employé, les montures ne sont ni peintes ni vernies. Nous faisons ressortir la couleur des plis et nous huilons le tout pour nourrir le bois. C’est ce qui rend chaque pièce vraiment unique. Les inscriptions sur les lunettes ou leur boite sont réalisées au laser. Le Made in France. Aujourd’hui, la majorité des fabricants de lunettes ont été délocalisés. Elles ont quitté le Jura pour des ateliers à l’étranger. Le but de mon travail est aussi de promouvoir le savoir- faire français, et le Skate, enfin. Bien sûr, l’univers du skate compte beaucoup pour moi. Le but est d’utiliser des matériaux qui sont tous issus de ce monde et de leurs donner une seconde vie

Dans son atelier où les copeaux de bois, les couleurs et les machines se mêlent, Florent fait partie de ceux qui on donné naissance à un nouveau moyen de consommer et de créer. Les lunettes recyclées made in France. 

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Lunettes 7 plis : de la plante des pieds au bout du nez

par La Rédaction Temps de lecture : 5 min
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