On connaît l’histoire. Tous les ans c’est le même cirque : la soirée Halloween de Marie-Cécile est prévue depuis trois semaines, vous avez galéré à trouver un costume un peu plus cool que le zombie dégueulasse ou la slutty nurse, vous avez payé une blinde pour la caution, et BIM, Marie-Cécile a une crise de couple / de famille / d’urticaire ou juste une meilleure soirée de prévue et tout s’annule à la dernière minute. Évidemment, vous n’avez pas de plan B, et cette journée de merde commence mal : même votre humeur s’est mise à la sauce Halloween : ma-ssa-cran-te.

Vous appelez tous vos potes en quête d’une soirée de secours, mais ils hésitent / ne savent pas / se demandent … L’un vous parle du Manoir, l’autre des bons plans de Sortiraparis, et cet ami d’ami un peu weird vous propose une soirée en tête à tête dans un endroit sombre et flippant. ALERTE RELOU ! On a bien compris que fouiller la toile à la recherche des places-to-be incontournables de la capitale, c’était chiant à mourir et inefficace. Tellement de sites pour tellement d’infos, tellement de soirées qui ont un bon look sur le papier mais qui s’avèrent tellement pourries en vrai …

Ne vous inquiétez pas, la rédac’ de L’Etudiant Autonome vous a concocté un programme d’enfer pour cette nuit culte de l’horreur : on a dépoussiéré pour vous les sombres recoins de la capitale à la recherche des vrais trucs à faire à Halloween cette année, et on a trouvé : on vous promet que vous ne ferez même pas la gueule quand Gertrude gerbera sur votre costume à haute caution vers 4h du mat’, tellement vous vous serez éclatés. 

 

14 h, Les premiers frissons

On n’y va pas : La maison hantée

On ne va pas se mentir, Le Manoir de Paris, on le voit partout, tout le monde en parle, c’est THE freaking place-to-be cette aprèm, alors autant évacuer tout de suite cette fausse bonne idée. D’accord, c’est un monstre de mystère et d’épouvante, une maison hantée sur 2 étages et 1000 m2 de références à vos films d’horreurs préférés et aux légendes atroces qui vous font frémir depuis que vous êtes petits (coucou la Dame Blanche, si tu lis cet article, oui, j’ai toujours peur de toi, connasse.).

Alors, c’est sympa sur le papier, sauf qu’en vrai, l’expérience est un peu moins galvanisante : décor en papier mâché, monstres des égouts, acteurs qui surgissent dans le noir pour vous filer un petit coup de chaud. L’attraction conçue spécialement pour Halloween a quand même de quoi vous faire frissonner d’horreur, en débarquant des faux-vrais monstres dans le vrai-faux monde …

Mais bien avant de pénétrer l’univers mortel de l’angoisse, votre plus grande peur sera sûrement la file d’attente. Si la Paris Games Week vous gonfle parce qu’elle regorge d’ados, et si vous balader sur les Grands Boulevards le samedi après-midi est votre hantise (que vous vous imposez tout de même, bande de sadiques), est-ce vraiment la peine de vous embourber dans une énième attraction touristique parisienne bourrée de monde pour vous faire peur dans le noir ? On peut trouver mieux que ça pour 2 h d’attente dans le froid d’octobre, et 25 balles en supplément, non ? 

► On y va : L’escape room

Le principe de l’escape room, c’est pas bien sorcier, tout le monde le connaît, et rien qu’à ce niveau-là, c’est de l’angoisse de compét’. Être enfermé dans une pièce et devoir compter sur vos amis pour réfléchir et résoudre les énigmes ? Le trip parfait pour se brouiller à vie. Entre celle qui se fait peloter par son crush dans le noir, le couple qui vient de se séparer et qui se la joue clan contre clan, et le junkie de la bande dont le cerveau est ramolli par la beuh ou par les ondes de son smartphone … ça promet de l’angoisse en barre !

Alors imaginez tout ça, version Halloween ! Allez vous séquestrer chez Prizoners, de jour comme de nuit, seul ou à plusieurs (on sait, on répond à tous vos fantasmes là …) : résolvez des énigmes improbables dans des univers exceptionnels créés par des professionnels du cinéma en 60 petites minutes … L’occasion de pouvoir enfinnn briller grâce à vos connaissances pointues de l’Histoire de Paris (ok, vous avez lu Métronome, on a compris, tout le monde a lu Métronome. Arrêtez de vous la péter un peu !) : comme Ford-Boyard sans nain et sans tigre, ou comme le Da Vinci Code grandeur nature sans le Louvre, perdez-vous dans les Prisons de la Bastille (cherchez bien l’Homme au masque de fer), faîtes un tour dans les Catacombes, ou rampez dans les sombres sous-sols de la Sorbonne, à la recherche du talent de Marc Levy. Bon courage : résoudre un tel mystère en 60 minutes, c’est l’angoisse absolue. (Vous y croiserez peut-être même cette garce de Marie-Cécile : l’occasion de lui mettre sa race, faîtes-vous plaisir.)

► Le Plan B : Le train fantôme géant

Le petit train fantôme de la Foire du Trône vous fait sourire ? Asseyez-vous bien au fond de votre siège, celui-là c’est pas pour les fillettes. Le Musée d’art moderne de Paris rend hommage à Sturtevant, incroyable artiste américaine réinventant Duchamp et ses copains, en exposant sa spectaculaire House of Horrors, un train fantôme géant de 300 m2 qui vous emmène à travers toutes les phases de l’horreur, de l’angoisse au gore.

Le train serpente entre des images tirées d’œuvres célèbres, de John Waters à McCarthy en passant par le culte légendaire de Frankenstein, et vous confronte à tous les excès de notre société caractérisée par le spectacle, la violence et l’ (in)culture du trash. Personne ne viendra vous surprendre dans le noir, sinon la réalité de notre ère – et c’est peut-être bien ce qui vous fera le plus peur.

18 h,  Pumpkin pie cocktails

► On n’y va pas : Les QG habituels

Alors d’accord, pour se détendre après avoir résolu le mystère absolu de Marc Levy en 60 minutes (que je suis lourde avec Marc), il faut au moins sa bière dans son bar cosy préféré avant de partir manger / en soirée. D’accord, Paris regorge de bars sympatoches, fiévreux et cools dès qu’il fait nuit (dès 17h donc). Mais bon sang, ce soir, on est wild, on abandonne le plan ultra safe de tous les samedis soirs où on s’enfile du rosé et des vodkas-redbull à outrance, et on sort de sa petite zone de confort (et au passage, on épate la galerie) pour conquérir le monde horrifique de la nuit des morts.

► On y va : Le FLAQ

On ne va pas vous embrouiller, on va faire simple, concis et efficace sur ce coup (pas ma plus grande qualité rédactionnelle, vous l’aurez remarqué) : le FLAQ, dans le IVème, en plein milieu de Beaubourg. Pas très loin de l’Anticafé mais tellement plus cool, au 36 de la cultissime rue Quincampoix se cache une chapelle sous-terraine datant du XIIème siècle. Oui vous avez bien lu, une chapelle qui nous vient tout droit de l’âge d’or de l’église. Curiosité hors-norme, bien dissimulé, le bar italien sublime regorge de voûtes et d’ombres, de lumières tamisées pour flirter avec dignité et frissonner sans complexe dans les bruissements fantômes d’une autre époque … ou dans l’intimité d’un sanctuaire secret à deux.

► Le Plan B : Le Café à la Bones

Un peu plus funky niveau Horror Show, ce plan B a bien la gueule d’un A-Plan : un café caché modelé dans un lieu culte de la culture … qui est en fait une ancienne morgue. UNE ANCIENNE MORGUE. Eh ouais, les gars, Halloween c’est pas pour les tapettes. Pour les plus courageux d’entre vous : rendez-vous au 104, 104 rue d’Aubervilliers (19ème).

Ex-pompes funèbres municipales, le lieu garde un petit Je ne sais quoi de chelou, un peu fantastique, à la sauce Montesquieu et son Essai sur le Goût rencontrent Théophile de Gautier et sa Morte Amoureuse. Promis, les corps ne seront pas en décomposition ce soir – où juste comme vous aimez !

 

20 hBurger time

► On n’y va pas : Les hangars de la malbouffe

On ne va pas épiloguer sur les mauvais burgers de Paris, il y en a des tonnes, des masses, des trillions et tout le monde s’en fout. Juste, par pitié, n’allez pas vous goinfrer dans un McDo minable, même si les rats ont de quoi vous faire hurler, ni dans un vieil Hippopotamus Grand Seigneur qui ne cassera pas trois pates à un canard. Tapez dans l’original les bébés, c’est quand même Halloween !

► On y va : Danse avec les races (coucouuu Nadine <3)

Je vous voir venir à 30 km avec votre petit esprit critique, là : « Elle nous dit de pas nous faire un McDo mais elle nous propose un Burger King ? Elle se fout de notre gueule ou quoi ? » Moi, me moquer de vous ? JAMAIS. Ok Macdo / BK, même combat. Mais je sais que vous ne vivez pas dans une grotte et que vous avez entendu parler du Black Whopper absolument partout par tous les trous, puisque Burger King a conquis la planète.

Le Black Whopper, c’est quoi ? Son homologue, en noir. Pas fou, hein ? Mais vous ferez caca vert, et ça, ça me fait beaucoup rire. Rien que pour voir si c’est vrai, ça vaut le coup de tenter non ?!

► Le Plan B : Blend

Blend lance le GhostBurger, une édition spécial Halloween au potimarron pour fêter dignement un 31 octobre. On n’épilogue pas : c’est marrant et insolite, mais globalement, on s’en fout.

 

21 hHorror Show-time

► On n’y va pas : (Héca)Tombe pour deux

C’était l’annonce folle et géniale de ces derniers temps : Airbnb a privatisé les Catacombes de Paris pour vous offrir une nuit en amoureux entre des murs sombres et humides, et sans salle de bain en plus. À 350 000 € la nuit, on vous conseille plutôt un palace – moins cher, plus de possibilités.

Airbnb proposait donc une nuit sordide de frissons et d’horreur, & danse avec les morts en prime. En vérité, ce cimetière sous-terrain géant sera ultra protégé par une armée de zombies conservateurs et une sécurité hors-norme. Entre le musée de l’horreur promis, et la réalité d’une visite avec audioguide, il y a un monde, et ce n’est pas celui qu’on espérait. Une étoile pour l’originalité, mais c’est tout, et on ne regrette pas du tout de ne pas avoir été sélectionné. 

► On y va : Joe l’incruste

On a mis un gros véto sur le Manoir de Paris, c’est pas pour vous envoyer mener la vie de château avec Casper, me direz-vous. Et vous avez raison. Bon, en fait, la Murder Party, ça avait l’air ultra cool, mais c’est complet, pour tout vous dire, alors ce sera pour l’année prochaine.

SINON, comme vous êtes des pros du DIY, vous pouvez aussi organiser votre propre ultimate murder party, un petit Cluedo grandeur nature entre amis. Pour cela, vous aurez besoin de beaucoup de drame, de quelques amis que vous n’aimez pas trop et que vous pouvez suspecter, d’armes de destruction massive (banco sur la Téquila et les body shots) et d’un cadavre – rien de fou, une liste de courses qui se trouve facilement à Monop’. Ah, et vous pourrez d’emblée décerner le rôle de la victime sauvagement assassinée à Marie-Cécile. Les faux-plans le jour J, ça ne se fait pas, sérieusement … Râle pas MC, même le karma est cinglant cette nuit.

► Le Plan B : La Vie de Château

Vous pouvez toujours vous reporter sur le Château Hanté version Blois avec, en prime, un petit séjour en prison (habituellement fermée au public), sans passer par la case départ. Pas de Colonel Moutarde à l’affiche, mais plutôt un vrai rendez-vous avec l’Histoire : baladez-vous dans les couloirs qui ont royalement vu mourir Catherine de Médicis, et vivre François Ier et quelques Henri (Monsieur I et II), découvrez le belvédère des jardins à la lueur d’une lampe torche, et l’imprenable vue sur la ville qui vous est offerte, mais surtout, tendez l’oreille : le château de Blois fait partie du top 10 des châteaux hantés en France, haut lieu de perdition de deux âmes errantes : son Comte, dans ses sous-sols obscurs, et sa fantomatique mariée, à l’orée du bois terrifiant. Le premier qui trouve les Caspers gagne un Monster Munch !

Minuit, Tous les chats sont gris

► On n’y va pas : En boîte

Non, on ne se précipite pas sur n’importe quelle soirée sous prétexte qu’il y a marqué Halloween en gras. Respectez-vous ! La boîte du samedi soir, avec des préventes hors-de-prix sous prétexte que c’est Halloween, et un barman avec un déguisement pauvrement approximatif, c’est niet.

► On y va : En 1999

Ok, dit comme ça, ça vous fait pas trop trop envie, je le sens. Vous imaginez une Sheila dans un slim rose à paillettes ou Régine en mode Je-Bave-Sur-Le-Micro, et disons-le nous, ça ne ressemble guère à une soirée de folie. Terrrrible erreur ! Le Bataclan accueille cette année tous les héros qui ont fait trembler votre enfance. Souvenez-vous de la Trilogie du Samedi, les enfants. Souvenez-vous. Rien que ce petit générique vous faisait frissonner, hein ? Je le sais.

Vous avez regardé toutes les séries et tous les épisodes, vous attendiez le samedi soir avec impatience et crainte, terrifiés sur votre canapé, mais incapable de louper votre série préférée. Le Caméléon, X-Files, Stargate SG-1, Alias, Dark Angel, Medium, Roswell, Smallville, Buffy contre les vampires, Charmed, Supernatural … Vous les connaissez par cœur.

Vous connaissez les personnages, les épisodes, les génériques par cœur, pas la peine de le mentir. Vous avez explosé le score des tests « Êtes-vous un vrai fan de Buffy  » du magazine One dont vous vous faisiez offrir les Hors-séries à chaque bonne note, et vous vous êtes allongés dans le lit milles fois à 1h du mat’, après avoir enchaîné la trilogie, au bord de l’arrêt cardiaque. Dans la nuit noire, vos parents couchés, on sait tous que vous vous retourniez cinq fois entre le salon et votre chambre, et qu’une fois allongés sur le dos dans l’obscurité de la nuit, les yeux grands ouverts juste au cas où, rivés à la fois sur la porte et sur la fenêtre, à l’affût du moindre mouvement, vous vous pissiez de trouille. Mais vous recommenciez tous les samedis … Les prémices de l’addiction. Allez, un petit dernier pour la route !

Vous avez grandi et vous êtes plutôt adeptes des samedis vodka-électro maintenant, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier d’où vous venez. Ce samedi, juste ce samedi-là, faîtes un petit tour en enfance, foncez au Bataclan et mêlez votre trilogie alcool-boîte-sexe à vos démons d’enfant. Gardez un pieu sous la main, au cas où vous croiseriez un vampire, et une capote dans la poche, au cas où vous tomberiez sur Buffy.

► Le Plan B : BOUM BOUM au Badaboum

Zaza la zombie soubrette, Miaou Miaou l’enfant chat, Daura la femme poisson, Ludmila ballerine tordue, Fifi l’haltérophile fragile, Kikou la tête à claques, Lili la Lilipupute, La trapéziste esquimau, La voyante ivoirienne, Toufik l’homme cheveux, les jumelles Mal et Fik, King Kong Queer, Anabelle la vilaine, la cantatrice muette, l’hispter imberbe, le cyclope borgne, les Siamoises solitaires, les frères Bogdanouf, Claude le Majordame et l’homme à tête de chou : un cirque ambulant loufoque, du n’importe quoi en barre dans les affres d’un club que vous connaissez bien : un équilibre parfait entre le WTF et le torride. Tout ce que vous aimez, non ?

#Bonus – The morning after

► On se bouge

Vous vous êtes couchés au petit matin, Gertrude a bien gerbé sur votre costume, vous allez perdre votre caution et vous avez fini par coucher avec Marie-Cécile, ivre de haine tout court. Vous avez poussé l’horreur jusqu’au bout de la nuit, ils vous ont entraîné, les démons de Minuit / de l’ennui, on en convient, et je suis fière de vous.

Mais puisque vous avez loupé le bain de minuit, on enfile son maillot, et on file se prendre un petit bain de midi. Laissez votre anticerne au placard, mais pensez bien à prendre votre CB : la piscine sera chauffée à 28°C, histoire de vous rappeler votre soirée bouillante, et comme les mythiques bassins parisiens de Molitor sont classés Monuments Historiques, le transat est première classe. 135 € l’entrée, ça pique, mais un bain chaud et calme sous le soleil parisien de ce début d’hiver, c’est parfait pour vous détendre avant de plonger dans le froid et l’agitation des partiels, de la famille, des prises de tête et des fêtes de fin d’année. Ça vous remettra d’aplomb après votre folle nuit. Et si Marie-Cécile devient trop collante, c’est l’occasion de la noyer (ou de la caser avec un vieux riche, restons soft, la nuit de l’horreur est passée).

Halloween : Programme d’enfer pour la nuit de l’horre…

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 11 min
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