Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre est sorti hier en librairie. La maison d’édition Les Escales fait confiance à Idra Novey pour son premier roman. Un livre avec un drôle de titre à la hauteur du côté loufoque de son personnage principal : Beatriz Yagoda. L’histoire est celle de la disparition de cette écrivaine brésilienne. Idra Novey nous embarque dans une chasse à la femme littéraire dans un pays où la chaleur colle au corps.

Mais où est passé Beatriz Yagoda ?

Le roman commence par la disparition de l’auteure Beatriz Yagoda. Un personnage tout à fait singulier et profondément authentique : « Chez Beatriz, la modestie n’était pas une pose. C’était une donnée certaine, une grâce » (P55). Sa traductrice américaine, Emma Neufeld débarque alors à Rio pour la retrouver. Idra Novey va nous faire voyager dans un vaste pays aride. Ce n’est pas que l’avis d’Emma : « Arriver à Rio, c’était se souvenir qu’on avait un corps et qu’on l’emmenait partout avec soi » (P19), car on retrouve le même témoignage du côté de Beatriz Yagoda : « Quand vient midi, avait écrit Beatriz dans son premier roman, la chaleur au Brésil était la gueule d’un animal » (P100). La quête amène Emma et Marcus Yagoda à prendre le bateau pour Ilha Grande. Un véritable jeu de piste s’enclenche alors. Si la traductrice semble souvent dépassée par un pays qui n’est pas le sien : « Encore une fois, elle avait surestimé sa compréhension du Brésil » (P103) elle n’abandonnera pas. Après Ilha Grande, elle ira à Salvador : « Tout à Salvador avait quelque chose d’infernal. Le piment, la chaleur » (P104). Tout finira sur l’île de Boipeba. Comment ? On vous laisse découvrir le fin mot de l’histoire. Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre est une quête digne des plus grands polars où le lecteur est emporté dans l’âpre tourbillon de la vie.

Idra Novey aime la littérature

Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre respire la prose premièrement de par son sujet : la disparition de son personnage principal qui est écrivain. C’est dans son œuvre qu’Emma va trouver des indices pour la retrouver. La jeune femme évoque ses livres : La Nouvelle Lune, Santiago Martins, Avez-vous goûté les papillons, Le vieil homme et son livre, Le son vert et chaud de ta manche et Après la ruelle. Idra Novey est elle-même traductrice et on voit dans son livre un vrai respect pour tout ce qui touche à la littérature. On sent dans ce roman une implication mimétique qui nous fait comprendre son métier : « Emma avait traduit chaque émotion jamais écrite par Beatriz. Elles avaient discuté ensemble de centaines de mots, de ce qui avait poussé Beatriz à les choisir plutôt que d’autres » (P23). Choisir les bons mots c’est important, mais pour Beatriz Yagoda il faut quelque chose en plus : « Pour que la traduction soit un art, il fallait oser les transgressions qu’un artiste s’autorise » (P32). Une chose dont Emma Neufeld a bien conscience : « En traduction, ce genre de dilemme était connu sous le nom de domestication. Une traductrice pouvait légitimement déplacer des objets dans une phrase si cela permettait à son auditoire de mieux comprendre ce qui se passait » (P167). La traductrice du roman, Emma Neufeld, grâce à cette aventure, se met à écrire : « Elle sortit son carnet afin de se calmer en faisant un peu appel à son imagination, en disparaissant juste un instant dans le réconfort des chimères – dans l’appel à l’immortalité qui se cache dans toute fiction » (P116). D’une traductrice à l’autre, la boucle est bouclée avec Idra Novey et ce roman Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre.

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Idra Novey nous délivre la fabuleuse histoire de Beatriz Yagoda…

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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