Une fois de plus, l’ESWC (Electronic Sports World Cup) a posé ses valises à la Paris Games Week. Cette année, les organisateurs ont mis en place un tremplin féminin sur League of Legends (LoL pour les intimes), un jeu en 5 contre 5, où chaque joueur contrôle un héros, avec ses habilités, ses forces et ses faiblesses … Le but est de détruire un bâtiment au cœur de la base adverse.

Rencontre avec  »Emy », la jungle (un rôle demandant une bonne vision du champ de bataille, aidant les équipiers en difficulté et punissant les ennemis mal positionnés) de la jeune pousse mixte Unknights Ladies, avant la grande finale du tournoi, qui les a couronnés d’un titre de Championnes du Monde : chronique d’une winneuse en or.

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 Rencontre avec une (Unknights) Ladies à la Paris Games Week

Comment expliques-tu la prévalence des hommes dans l’eSport ?

► Emilie Lhernault : La plupart des joueurs/joueuses pros (ou voulant l’être) étudient à côté. Le temps de jeu a un impact, et les filles ont tendance à moins jouer que les garçons. Peu de femmes cherchent à percer dans l’eSport, car elles manquent de modèles à très haut niveau. Seules quelques femmes ont pu se targuer de jouer en pro, comme Kayane sur le Versus Fighting ou TossGirl sur Starcraft, mais aucune femme n’a touché aux gros tournois sur LoL.

Peut-être craignent-elles aussi la réaction de leurs homologues masculins ?

► Emilie Lhernault : Pas forcément, je trouve au contraire qu’une fille à haut niveau inspire le respect, qu’elle a les mêmes talents qu’un garçon. Comme on est sur du virtuel, il n’y a pas les critères physiques qu’on applique aux sports classiques, on n’est donc pas confrontées à ce genre d’avantage ou de désavantage sur les hommes.

Est-ce que les équipes féminines de LoL ont des caractéristiques particulières, par exemple en termes de stratégie ?

► Emilie Lhernault : Ça dépend des filles. Par exemple, on a tendance à jouer très agressif, très « ballsy », comme des garçons. Nos parties sont rapides, on vise à vite rentrer dans le jeu, prendre des kills rapidement … Alors que d’autres équipes préféreraient jouer plus défensif, viser le late game. Les filles ont toutefois tendance à ne pas être greedy, c’est-à-dire prendre des risques inconsidérés pour essayer de faire progresser son équipe plus rapidement durant la partie).

Quel est l’esprit au sein de l’équipe ? Est-ce que vous avez tendance à beaucoup communiquer ?

► Emilie Lhernault : Oui, c’est nécessaire pour gagner. On parle énormément, on se motive mutuellement, on se soutient … C’est d’ailleurs pour ça que j’ai pu sortir le Teemo Jungle, un héros mignon qu’on adore détester. Il n’est pas franchement prévu pour jouer dans le rôle ‘jungle’, ce qui rajoute du sel sur la plaie … ! Elles avaient confiance en moi, ou plutôt j’avais suffisamment confiance en elles pour me porter !

Tu vas jouer la grande finale vers 16h contre GG Call Nashs : est-ce que vous avez prévu d’autres manques de respect comme celui-là ?

► Emilie Lhernault : Tout de suite, un manque de respect … ! Contre les GGCN en finale, je pense qu’on va éviter ce genre de choses, vu qu’on va aborder une grande finale, sur la scène principale, viser un jeu solide … L’idée serait de gagner la première game, pour prendre un ascendant psychologique.

Est-ce que vous avez analysé le jeu des GGCN ?

► Emilie Lhernault : On les a rencontrées durant les phases de poule, et on a surveillé ce qu’elles ont fait en demi-finale, on sait à quoi s’attendre. Elles jouent beaucoup sur du « Press R » : dans LoL, on désigne souvent les habilités des héros par leur raccourci clavier (Q W E R pour les anglophones, A Z E R pour les francophones). Le R désigne souvent une habilité puissante, mais demandant beaucoup de temps pour pouvoir être réutilisée.

Leur stratégie, c’est de choisir des héros pouvant combiner leurs R pour annihiler l’équipe adverse en cas de baston en équipe … Elles ont aussi tendance à rester à 5, donc il faut les forcer au 4 contre 5, en mettant l’un des adversaires au fond du trou, ou en les forçant à se diviser en attaquant sur plusieurs fronts.

Une particularité de l’ESWC : le coach peut vous parler durant le match. C’est étrange, Riot ayant établi une règle là-dessus, parfaitement acceptée par la communauté depuis des années …

(NdA : Le coach ne parle aux joueurs que durant l’avant-match, lorsqu’il faut choisir quels champions prendre ou bannir)

► Emilie Lhernault :  Je suis d’accord. Rien que sur les tournois ESL (Electronic Sport League) qu’on fait tous les dimanches, le coach n’a pas le droit d’intervenir. Ils sont sur Teamspeak, mais doivent être muets. C’est donc surprenant que l’ESWC mette en place une telle règle. Ce n’est pas un souci pour nous, car le coach applique la règle en vigueur dans ces tournois, et devient volontairement muet durant les parties. Il a bien brisé le silence dans ce tournoi, mais dans l’ensemble il nous laisse jouer.

Au niveau personnel … Qu’est-ce qui t’a fait dire « Je veux faire de l’eSport, je vais me lancer là-dedans » ?

► Emilie Lhernault : Le tournoi ESWC a été l’élément déclencheur. Les tournois féminins sont rares, ou sont en ligne, donc pas vraiment significatifs … J’ai un assez bon niveau, mais il me manquait une team, et au bout d’un moment, la solo queue ne suffit plus.

Est-ce, selon toi, un choix de carrière viable, ou veux-tu faire un peu comme Stephano : Quelques années, et retour à la vie normale ?

► Emilie Lhernault : Je suis toujours en études, donc je ne suis pas encore en train de prévoir une carrière. Il faut aussi voir ce qu’il y a pour les femmes dans l’eSport …

Effectivement, il manque toujours une équipe féminine ou mixte dans les LCS ! Comme le public féminin devient de mieux en mieux représenté, on devrait commencer à en voir …

► Emilie Lhernault : C’est plutôt une question de niveau pour le moment. Ce tournoi est plutôt un tremplin – On est Diamant/Master, pas vraiment Challenger (NdA : Le niveau à partir duquel Riot peut commencer à discuter pour passer aux Challenger Series, qui servent de tremplin aux LCS) -, peut-être qu’on commencera à voir ça dans quelques mois, quelques années, quand il y aura plus de tremplins pour encourager les amateurs à se lancer dans l’aventure.

Un dernier mot ?

► Emilie Lhernault :  Je remercie la structure Unknights, ainsi que nos sponsors, Plantronics et Logitech, pour leur super matériel, surtout les claviers gaming Logitech, qui ont plein de couleurs !

Ah, on joint l’utile à l’agréable : un bon clavier, mais pour celles et ceux qui aiment les coquetteries !

► Emilie Lhernault : C’est tout à fait ça! Nous avons aussi un partenariat avec MCE qui nous suit depuis 1 mois, pour faire percer l’eSport à la télévision.

A l’écriture de ces lignes, Unknights Ladies a gagné 2-0 face aux GG Call Nashs, repartant avec 10 000 € et un titre de Championnes du Monde de LoL. GG Calls Nashs remporte 6000 €. Les norvégiennes de BX3 EK piquent la médaille de bronze à Lamastricrew, et partent avec 3000€.

 

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Rencontre avec une (Unknights) Lady à la Paris Games Week

par François-Xavier Cornillet Temps de lecture : 5 min
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