Le dernier film de Darren Aronofsky, réalisateur de Requiem for a Dream, Black Swan et Noé, fait beaucoup parler de lui, et c’est bien normal. L’existence même de Mother ! est de susciter le débat avec sa narration à plusieurs sens et parcourue de symbolisme. Avertissement pragmatique : vous pouvez lire ce qui suit sans avoir vu le film, mais ces lignes risqueront de vous gâcher un petit peu la surprise du visionnage.

Mother ! , créateur et univers douillet

Mother ! est un récit métaphorique. Aucun des personnages que l’on voit dans le film n’a un nom, ils sont définis par leur rôle dans la narration. Nous avons donc : la femme, maîtresse du foyer, elle a un lien fusionnel à la bâtisse ; l’écrivain (ou le créateur), qui a du mal à créer sans stimulus, et qui aime la maîtresse du foyer. Ce sont les deux seuls personnages présents du début à la fin du film. La narration tourne autour de la maître du foyer, qui répare, peaufine, respecte sa maison le plus sérieusement qu’il soit. Ce beau couple, cet équilibre, va se retrouver cassé avec l’irruption d’un vieil homme, qui vient pour être hébergé dans la maison. On apprend par la suite qu’il est un grand admirateur de l’écrivain, mais qu’il est sur le point de mourir. De même, sa femme le rejoindra au sein de la confortable bâtisse. Le second couple vient détruire la tranquillité du lieu , qui ira jusqu’à un point impossible à imaginer au départ.

La boucle infernale

Le commencement du film est extrêmement énigmatique, mais il permet d’appréhender complètement la suite du film et d’y appliquer du sens. Le tout premier plan est celui d’une femme, éveillée, au milieu d’un enfer de flammes, son corps est calciné. Nous voyons ensuite le créateur poser une sorte de pierre précieuse sur un socle, ce qui réhabilite en grande partie la maison, et se termine sur le réveil de la mère dans son lit. Ce qui était prévisible arrive à la fin : le film se termine exactement de la même façon qu’il a commencé. [Ce qui suit est extrêmement violent et spoil la fin du film. Rendez-vous au prochain paragraphe si vous voulez éviter ça] La mère met le feu à sa maison sous le coup de la colère, de la tristesse et de la rage envers les humains ; Humains qui ont envahi son foyer, qui l’ont molestée et qui ont tué et mangé son nouveau-né. On découvre ensuite une mère calcinée, avec encore un souffle de vie, récupérée par l’écrivain anormalement intact et sans une égratignure. L’écrivain récupère son cœur, dernière parcelle du peu d’amour que la mère gardait pour lui. Le cœur se transforme en la pierre précieuse, qu’il s’en va reposer sur son socle et réhabiliter la maison. On voit une nouvelle mère se réveiller dans son lit, pour recommencer un cycle.

L’univers, la religion, la nature.

S’attarder à décrypter ce film peut prendre beaucoup de temps et plusieurs visionnages du film, ce que ne dispose aucunement le rédacteur de cet article. On peut néanmoins parler des grandes lignes de lecture du film. Deux grandes thématiques ressortent du visionnage : la religion et la nature. Le créateur est une représentation de Dieu, et la mère une représentation de la mère nature. Les personnages d’Ed Harris et Michelle Pfeiffer ressemblent à une esquisse d’Adam et Eve, qui touchent au cristal (fruit défendu) et sont bannis de la maison. Le premier plan peut être vu comme le big bang, ce qui signifierait que le récit cyclique du film est celui de l’expansion et du rétrécissement de l’univers. La mère et la maison se meurent au fur et à mesure qu’elle est détruite par les humains. Une autre interprétation, complémentaire, sur la création en général est également esquissée avec le créateur qui délaisse sa compagne pour les flash des appareils photo et l’adoration des humains pour son œuvre. Un détail sur la construction du film permet de cerner l’intention première du réalisateur : le film entier est tourné du point de vue de la mère. Le titre du film nous indique également que le plus important est la mère, délaissée, seul, oppressée, pour finir par être molestée par les humains. Ce film parle avant tout d’elle. Mother ! est un film sur notre abandon de mère nature, notre mépris pour elle et de sa vengeance inéluctable. En soi, le film est la continuité de ce qui était raconté dans Noé, le précédent film d’Aronofsky. Un récit qui mélange religion et écologie, qui essaye de représenter la destruction de la nature par les humains, par le biais de la métaphore.

Tous les mercredis, nos rédacteurs de la rubrique cinéma vous parlent d’un film qu’ils ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Mother ! : le récit de la maison mère

par Christophe Lalevee Temps de lecture : 4 min
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