« Lorsque je raconte notre aventure à nos amis, je commence souvent par affirmer que si un producteur imprudent voulait en faire un film, les spectateurs blasés ne s’y laisseraient pas émouvoir. Les ficelles mélodramatiques s’avérant trop grosses pour être plausibles. Et puis un jour, une amie m’a objecté : Un film non, mais pourquoi pas un livre ? ». Jacques Enaux termine son roman Amoursky boulevard par ses mots comme pour prévenir son lectorat. L’histoire qu’il raconte est en effet la sienne et les éditions de la Rémanence ont bien fait de la lui laisser conter. Ce conducteur de train dévoile une épopée incroyablement drôle et romantique comme pour nous rappeler que les contes de fées peuvent exister.

Une romance sur Amoursky boulevard

Amoursky boulevard est avant tout une histoire d’amour, même si elle n’est pas celle que l’on croyait au début. Jacques Enaux se met en route pour Khabarovsk pour conquérir définitivement Tatiana. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et, dans un premier temps, il fait face au fameux dicton « les histoires d’amour finissent mal en général ». P56 l’auteur résume son aventure ainsi : « Le temps de jeter ma valise dans le coffre et d’embarquer à l’arrière et la voiture roulait déjà vers la fin de notre histoire d’amour qui, comme il se devait ne vit jamais le jour ». On s’imagine alors le célibataire rentrer chez lui échauffé par cette aventure, mais que nenni ! Le hasard fait parfois bien les choses puisqu’après cette déconvenue, il rencontre Marina et, malgré la barrière de la langue, le courant passe plutôt bien. Après une nuit ensemble voilà ce qu’en pense Jacques Enaux : « Parti à la découverte du pays imaginaire, je me réveillais avec la fée Clochette dans les bras » (P101) ou encore « Ses baisers impatients et son sourire me transpercèrent le cœur » (P106). Que de romantisme ! Si l’auteur reste sur sa petite étoile en rentrant chez lui : « Quelques instants plus tard, l’avion quittait ce sol qui m’avait sanctifié en m’offrant l’amour » (P 125), je ne vous dévoilerai pas le fin mot de l’histoire…

Jacques Enaux, observateur perspicace

Amoursky boulevard est un roman agréable à lire non pas parce qu’il est court, au contraire, on en redemande, mais grâce au style de son auteur. Jacques Enaux, conducteur de train, s’avère être un conteur d’histoire doué d’un humour très rafraîchissant et d’un regard lucide sur le monde. Ici, pas, de romance à la Walt Disney, rien n’est enjolivé tout est raconté tel quel, mais toujours avec le sourire. Le ton est donné dès les premières pages du livre : « Après mûres réflexions, la meilleure façon de me faire la belle, si j’ose dire, était de me mettre en quête de la fille du geôlier, comme dans la chanson » (P11). Au-delà de son histoire d’amour, Jacques Enaux, dans Amoursky boulevard, soulève certains problèmes des sociétés modernes. Par petites touches, tel un peintre, il aborde tous les clichés liés aux sites de rencontres. Tout ceci sans se départir de son ton ironique : « À partir de là, je devins mois même un avatar de plus au pays des Robinson modernes égarés dans nos sociétés déshumanisées » (p12) ou encore « le pire scénario serait de tomber dans le cliché abominable de l’occidental en quête de chair fraîche à l’étranger » (P19).

Tous les mardis et vendredis, nos rédactrices de la rubrique littérature vous parlent d’un livre qu’elles ont aimé. Ne tardez plus, allez découvrir nos autres chroniques !

Amoursky boulevard : Quand Jacques Enaux rencontre l’amour…

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 2 min
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