C’était le début du second semestre à la fac, et j’avais un cours en amphi avec mon amie Léa. C’était toujours la galère pour trouver une place, alors deux … et ce n’est pas comme si nous arrivions en retard à chaque cours ! En lorgnant sur les rangées, mon regard croisa celui d’un élève ; le monde s’arrêta de tourner quelques secondes. Léa m’extirpa de ma rêverie en me soufflant à l’oreille qu’il y avait deux places libres à côté du beau brun.

Nous étions assis côte à côte, mais le regard échangé ne semblait lui avoir fait, contrairement à moi, aucun effet. Il fallait désormais que je trouve un moyen d’entamer la discussion. Léa me proposa de le pousser par « inadvertance » – autant dire que j’ai connu plus subtil, niveau tactique de drague.

Notre professeur nous demanda d’ouvrir notre fascicule. Quel fascicule ? On a des fascicules ? Lui apparemment, il le sait puisqu’il en a un. Enfin, j’avais trouvé un bon moyen pour lui adresser la parole.

« Excuse-moi, tu pourrais nous prêter ton fascicule s’il te plaît, on a oublié de l’apporter.

– Tiens, garde-le, j’en ai un autre. »

Pour un premier contact, ce fut plutôt glacial. Cependant, je ne me laissai pas décourager, je ferai mieux le lundi suivant.

Entre temps, le professeur décida de séparer les cours en deux groupes : un à 8h, l’autre à 10h. Bien évidemment, Vincent devait être dans le premier et moi dans le second. J’ai donc décidé d’assister au cours de 8h en espérant le recroiser le lundi suivant. Absent. Les semaines qui suivirent, ce fut la même chose.

Avec Léa, nous avons parcouru les couloirs de la fac en espérant tomber sur lui. Pas pour lui parler, juste pour le voir. Nous nous amusions à inventer le scénario idéal si nous le rencontrions. Maligne par derrière, beaucoup moins par devant, il passa devant nous avec ses amis, me sourit et mon visage s’empourpra à une vitesse fulgurante. Et j’ai balbutié un « salut » qui n’avait rien de très naturel.

Une de mes copines vint me confier qu’il était avec elle en cours, et qu’elle pourrait glisser mon prénom dans une de leurs discussions. Génial ! 

Un soir, en traînant sur Facebook, je vis Vincent Vdb en proposition d’ami. Ni une ni deux, je lui envoyai une demande sans trop réfléchir. Après coup, je voulais annuler … mais il était déjà trop tard. Il avait accepté.

« On se connaît ?

– Non, je ne pense pas… J’ai dû me tromper de personne, désolée !

– Tu ne serais pas à la Sorbonne ?

– Si, pourquoi ?

– J’y suis aussi, tu ne serais pas avec moi en cours ?

– Hmmm … aucune idée. Je suis occupée là. Bonne soirée ! »

Je me sentais stupide d’avoir sorti le mensonge le moins crédible du monde. Je regrettais d’avoir envoyé cette demande :  il allait croire que je le stalkais sur les réseaux sociaux ! (Ce qui n’était pas totalement faux, mais bon, je m’égare). Où est le Ctrl+Z quand on en a besoin ?! 

Le lendemain soir, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je reçus un message de Vincent :

« Coucou, comment vas-tu ? Suivrais-tu le cours de Cavey ? J’ai été pas mal absent et j’aimerais bien les rattraper ! »

Après ce premier message, s’en est suivi une multitude. Nous parlions des cours, des élèves, des ragots. Puis, les soirs suivants, nous nous donnions rendez-vous pour une nouvelle discussion nocturne. A présent, il y avait entre nous une réelle alchimie qui, au fil des heures, était en train de se créer. Ce garçon me faisait rire, vibrer, je venais à peine de lui dire bonne nuit qu’il me manquait déjà. Je l’ai aimé dès la première minute, pour un tout, pour un rien : un regard cristallin, un sourire mélancolique, et sa façon de rire aux éclats en chassant ses cheveux de sa main. Plus je le découvrais, plus je l’aimais.

J’avais gardé cela pour moi bien trop longtemps : je décidai de tout raconter à mes copines. Et je le regrettai amèrement, surtout quand l’une d’elle me révéla qu’il était un coureur de jupons et avait déjà couché avec plusieurs filles de la fac. L’homme qu’elle me décrivait ne ressemblait aucunement à celui avec qui je parlais. J’étais abasourdie par les histoires qu’elle me contait sur lui.

Je pris de la distance. Je n’étais plus disponible le soir pour discuter, j’avais toujours une bonne excuse. J’essayais d’être indifférente, mais l’indifférence est une dure épreuve lorsqu’on est attiré comme un aimant par quelqu’un. Moi qui ne le croisais jamais quand je le voulais, maintenant que je le fuyais, il était partout. Il me souriait mais ne prenait jamais la peine de s’arrêter pour me parler et je me disais que j’avais bien fait de cesser de lui parler. Les Don Juan, très peu pour moi.

Puis, la session des partiels commença et durant cette période je ne reçus aucun message. Une fois son dernier partiel terminé, il s’empressa dans la minute de m’en envoyer un :

« Coucou, comment vas-tu ? Comment se sont passés tes partiels ?

Tu ne me parles plus … »

Je me demandais si tout ce que m’avait dit Morgane était vrai. Puis j’appris dans la conversation qu’elle avait tenté quelque chose avec lui. Je comprenais mieux son double jeu. De fil en aiguilles, nous avons parlé de notre vie amoureuse et il me confessa « je suis fidèle à une femme qui ne sait même pas que j’ai le béguin pour elle ».  

Puis, il me confia que lui aussi venait à mon cours mais celui de 10h avec l’espoir de m’y voir. Qu’il avait essayé d’extirper des informations auprès de Morgane mais qu’il n’en était rien sorti de bon.

« Si je te dis ça maintenant, c’est parce que je rentre chez moi au Portugal et je n’aurais pas la possibilité de te contacter. Et je n’ai pas envie que tu rencontres quelqu’un par erreur sur Facebook. Je te veux depuis le premier instant où je t’ai vue. »

Mon coeur battait la chamade, je lisais et relisais ce dernier message en pensant que j’étais en train de rêver. Puis quelques minutes plus tard :

« Mon avion est dans 7 heures, je n’en peux plus d’attendre, je veux te voir … tout de suite.

– Viens alors ! 

– Donne-moi ton adresse, j’arrive. »

Modern Love : « Maintenant que je le fuyais, il était partout.…

par Sabrina Viniger Temps de lecture : 4 min
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