Julia B. a été assistante productrice et assistante metteur en scène, en stage, pour la comédie musicale Cats, jouée en ce moment au théâtre Mogador à Paris. Elle rêve de monter son propre spectacle. L’occasion de revenir avec elle sur cette aventure peu commune et ses métiers où les places sont chères.

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LEA : Peux-tu nous raconter ton parcours ?

Julia B. : J’ai eu mon bas S en 2009. J’avais ensuite dans l’idée de devenir metteur en scène mais j’avais un a-priori sur les écoles de metteur en scène, trop spécifiques et qui demandaient forcément de passer sur scène, ce qui n’est pas mon projet. J’ai alors décidé de faire une école de commerce afin d’apprendre à gérer un projet, et donc un spectacle, de A à Z. Ce que je voulais, c’est avoir les clés pour pouvoir me débrouiller. J’ai obtenu un bachelor de « Marketing et management international »,  à Nice. Pour mon master, je voulais me spécialiser dans la création et revenir à Paris, où les opportunités sont plus nombreuses. Je suis donc entrée à l’ISC (Institut Supérieur de Commerce), en « Marketing et management des industries créatives ».

Entre ma 4ème et ma 5ème année, j’ai pris une année de césure pour gagner de l’expérience dans la production et l’organisation d’un spectacle, un domaine dans lequel il faut réellement s’accrocher pour se faire une place. J’ai fait un premier stage chez Quartier Libre Productions, un producteur et diffuseur de spectacles en France et à l’international, durant sept mois. J’ai principalement géré la communication, les réseaux sociaux, le site internet, fait les brochures des spectacles des artistes et la newsletter. J’ai ensuite organisé la tournée de Juliette Gréco en réservant les salles de spectacle, les chambres d’hôtel…

J’ai ensuite fait un deuxième stage chez Stage Entertainment où j’ai notamment travaillé pour Cats.

Zoom sur les métiers de productrice* et de metteur en scène*

– Comment t’est venue l’envie de travailler dans le spectacle et particulièrement d’être productrice et metteur en scène ?

Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup organiser les spectacles de Noël. En 2009, j’ai monté au lycée ma propre comédie musicale, dont les fonds étaient reversés à une association. J’ai en fait repris une comédie musicale déjà créée en 2000, et qui n’avait pas marché, intitulée Mille et une vie d’Ali. Les chansons m’inspiraient, alors j’ai proposé le projet à la directrice. J’ai ensuite recruté vingt étudiants, de la seconde à la terminale. On a vraiment essayé de s’occuper de tout : la décoration a été créée grâce à de la recup’, on a vendu des pains au chocolat pour financer le projet, etc. Nous avons fait trois représentations.

Quels étaient tes rôles lors de ton stage chez Stage Entertainment ?

– J’étais assistante de production pour la comédie musicale Cats. Dans un premier temps, j’ai assisté à l’organisation des castings. Je m’occupais aussi du budget transports, décors, costumes, perruques et de tout ce qui concernait l’administratif, c’est-à-dire les contrats des artistes, leur certificat médical, etc.

Pour les dix ans de Stage Entertainment, j’ai organisé une émission sur France Musique. Comme je me suis bien débrouillée, on m’a proposé d’assister la metteur en scène sur Cats. Comme Cats est une comédie musicale créée aux Etats-Unis, elle répond à des normes fixées par le créateur original, qu’il faut absolument suivre. La metteur en scène résidente* du théâtre Mogador, Véronique Bandelier, devait donc suivre les instructions de la metteur en scène originale, Gillian Lynne, et donc récupérer le plus d’informations sur le spectacle original. Mon rôle à moi était de créer la « Bible » du spectacle c’est-à-dire de retranscrire, scène par scène, tous les pas, les entrées et les sorties, les changements de scènes, en fonction des notes de musique. Je devais également noter qui s’occupait des objets scéniques et des accessoires et gérer toute la logistique concernant les doublures. J’ai donc été présente sur toute la construction du spectacle, du début des castings à la première représentation.

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©CATS Musical Mogador, Paris Stage Entertainment France

– Qu’est ce qui te plaît dans le monde du spectacle?

– Transmettre des émotions, faire rêver les adultes. Les enfants ont un imaginaire très fertile, que perd généralement l’adulte. Pour moi, les spectacles permettent de retrouver l’imaginaire d’enfance.

Les relations humaines y sont très fortes. On est 24h/24 ensemble pendant plusieurs semaines, voire mois. On a une deadline à tenir absolument. il faut coûte que coûte que le spectacle soit prêt et tout le monde oeuvre dans un but : faire rêver.

Ce que j’ai aimé dans le métier de producteur, c’est l’organisation et l’anticipation qu’il demande. On est dans l’ombre, en retrait par rapport au projet en quelque sorte. C’est passionnant car on est indispensable au projet.

Quant à la mise en scène, elle demande d’être très humain. Il faut gérer une troupe, on a un rôle d’encouragement car la préparation d’un spectacle est très intense pour un acteur. On a pas le droit de flancher, de montrer que, parfois, on est fatigué, découragé…

Etre metteur en scène pour un spectacle déjà créé demande de comprendre parfaitement ce que le metteur en scène original voulait faire passer au public. Il faut capter toutes les subtilités du spectacle. C’est beaucoup de logistique alors que pour une création, tout est à inventer.

Si je devais faire un choix, je me dirigerais plus vers la mise en scène car en production on ne touche pas à la partie artistique.

– Quelles qualités faut-il avoir dans les deux cas ?

La production d’un spectacle demande de l’organisation, de savoir anticiper, de pouvoir et d’aimer travailler en équipe, d’aimer le relationnel. Pour être metteur en scène, il faut comprendre les comédiens, être à leur écoute. Je pense également qu’il faut avoir une grande connaissance artistique et savoir ce que l’acteur vit.

Cats, un spectacle à gros budget

– Comment s’est passée la préparation de la comédie musicale ?

On a appris aux comédiens à être chats. Lors des premières séances, ils se sont mis par terre et ont appris comment les chats se rencontrent, communiquent, comment ils se déplacent. On voulait créer une ambiance de tribu, une grande famille. Toute l’équipe était très soudée. C’était super de travailler dans cette ambiance car, d’un autre côté, les comédiens en ont vraiment bavé.

Il y avait deux horaires possibles : 10h-18h30, qui correspondait à la journée de répétitions, puis les répétitions en soirées de 13h à 21h, afin d’habituer les comédiens au rythme des spectacles. Pendant les répétitions de chant et la préparation physique, je travaillais dans mon bureau sur toute la logistique. J’étais ensuite présente sur les répétitions où l’on a d’abord travaillé sur les placements les uns par rapport aux autres puis par rapport à la scène. La metteur en scène originale était présente pour donner des indications.

– Est-ce que la préparation de Cats était particulière, du fait de son statut de spectacle à gros budget, très attendu ?

C’était un spectacle très lourd de par les capacités physiques qu’il exige. Mais il n’y a pas eu réellement de craintes de la troupe que le spectacle ne marche pas. Le stress a commencé surtout à monter lors des previews*. Avoir une équipe soudée a beaucoup aidé à monter un beau spectacle.

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Lexique

– Productrice : elle supervise la production du spectacle, gère l’administration, le budget, l’encadrement du personnel.

– Metteur en scène : c’est la personne clé dans le montage d’une pièce de théâtre ou d’une comédie musicale. Souvent à l’origine du projet, il en dirige tous les aspects : choix des comédiens, déplacements, lumières… C’est une sorte de chef d’orchestre qui coordonne l’ensemble de la partie artistique du spectacle.

– Metteur en scène résident : metteur en scène attaché à un théâtre qui travaille sur tous leurs spectacles.

– Preview : répétition sur scène, en présence d’un public, qui paye moins cher sa place.

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Théâtre Mogador

Retrouvez la chronique du spectacle

sur l’Etudiant Autonome

 

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« Le spectacle a un seul but : faire rêver le public…

par Marine Delcros Temps de lecture : 6 min
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