« On peut débattre de certaines questions qui se rapportent à la Shoah, pourquoi a-t-elle eu lieu ou dans quelles circonstances, mais le fait est qu’elle a eu lieu ». Alors que se passe-t-il quand il faut défendre l’Histoire ? Avec Le Procès du siècle, Mick Jackson signe un film très contemporain dans une époque où les « faits alternatifs » sont à la mode. Le long-métrage est basé sur le livre de l’historienne Deborah Lipstadt : Denial: Holocaust History on Trial. Il retrace le procès en diffamation que lui a intenté David Irving.

Irving vs Lipstadt

La scène d’ouverture de Denial pose le cadre du film. Deborah Lipstadt, tient une conférence quand elle est interrompue par Irving qui s’en prend violemment à elle. Il agite ses billets et offre de l’argent à qui peut prouver l’Holocauste. Bien que cette séquence inaugurale soit filmiquement puissante, elle en demeure tout à fait réelle. Les événements ont en effet bien eu lieu. La dualité est donc là, l’historienne contre le négationniste. Irving est parfaitement détestable grâce à la parfaite interprétation de Timothy Spall. L’acteur joue aussi bien le méchant qu’Andrew Scott en tant que Moriarty dans Sherlock. Irving se dit historien et se présente comme un homme tout à fait « normal ». On le voit, dans la séquence où il joue avec sa fille, comme un père de famille respectable. Il se défend seul arguant qu’il est un homme simple. Il se qualifie même de David contre Goliath. Pourquoi donc ? Goliath ce sont Deborah et sa bande d’avocats. En effet, sur ce plan là, elle ne joue pas tout à fait dans la même cour, car elle est bien plus entourée que lui. Rachel Weisz campe avec brio Deborah Lipstadt, elle a enfilé ses chaussures et a jusqu’à emprunter ses foulards. Néanmoins, Deborah Lipstadt est une historienne américaine qui débarque à Londres seule. Malgré la foule d’avocats avec elle au tribunal, elle affronte un réel choc culturel (USA vs GB) sans réelle aide extérieure. La communauté juive de Londres n’aidant pas non plus beaucoup la jeune femme. C’est en cela que chacun a leur manière Deborah et David sont des outsiders.

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© 2016 Bleecker Street

Denial vs History

Bien que Deborah Lipstadt et David Irving soient au cœur du film Le Procès du siècle, il s’agit d’une affaire qui dépasse de loin leur portée. Il ne s’agit pas de brosser le portrait d’un seul négationniste, on ne s’intéresse pas au psychisme de l’homme. Denial c’est l’histoire d’un procès que l’on pourrait penser saugrenue de prime abord. En 1996, la Shoah est pourtant largement reconnue, mais un homme intente un procès en diffamation à une femme et tout se retrouve chamboulé. Le film s’est attaché à reproduire le plus scrupuleusement les faits réels tout comme les avocats n’ont justifié que les faits. Les décors sont les mêmes, rien n’a été crée en studio ou presque. Le souci d’authenticité est ce qui berce tout autant la réalisation que le jeu d’acteur. Dans Le Procès du siècle, les avocats de la défense, Anthony Julius (Andrew Scott) et Richard Rampton (Tom Wilkinson) ne s’attachent pas au côté émotionnel, ils ne font que dévoiler la vérité historique de manière objective. S’il on peut trouver cela froid au début, comme le dit d’ailleurs Deborah, il s’agit surtout d’être efficace. Faire témoigner l’historienne ou des survivants de la Shoah n’aurait fait que servir Irving qui les aurait humiliés. Après avoir visité Auschwitz, l’équipe de juristes fait appel à un professeur pour démontrer par les faits les mensonges d’Irving.

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Le Procès du siècle : not a Denial, an assertion of truth

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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