Après le succès de Mon Amie Adèle, Prélude éditions, revient avec Une robe couleur de vent de Sophie Nicholls. L’auteure nous conte l’histoire de Fabia et Ella, deux femmes de caractère. Leur relation mère-fille est assez puissante pour déjouer tous les obstacles. Dans un roman léger comme un voile, le passé et le présent se mêlent à travers le prisme particulier de la mode. Préparez-vous pour un voyage nostalgique !

L’ode à la mode de Sophie Nicholls

Une robe couleur de vent est une déclaration d’amour à la mode. Sophie Nicholls installe son histoire dans une boutique de vêtements vintage à York. Fabia Moreno, sa propriétaire, n’a pas son pareil pour embellir les femmes. Il n’y a pas tant de monde que ça qui ait un tel don comme on le fait remarquer à Mme Moreno : « Mais vous, Fabia, vous trouverez à ces affaires les propriétaires idéales. Vous saurez, tout simplement » (P160). D’ailleurs, tout York se précipite pour lui commander des robes pour la dernière garden-party de Jean Cushworth. Fabia Moreno et la mode, c’est un amour inextricable, chevillé au corps : « Lorsque Fabia enfila cette merveille, la soie poussa, en glissant le long de son corps, une sorte de petit soupir, puis lui enveloppa les épaules d’un chuchotement » (P162). Sophie Nicholls lie la mode aux mots : « C’était là, en scrutant la caverne obscure du salon, que Fabia avait découvert le pouvoir du tissu et la magie des mots que Talayeh, Mahdokht et, surtout Zohreh, choisissaient pour chacune » P177. Son héroïne voyage dans le passé à travers les vêtements : « Le passé ressemblait à une robe. On pouvait s’en envelopper comme d’une seconde peau et s’en servir pour se protéger du froid, des murmures, des mots blessants, des souvenirs. On pouvait se servir d’une robe pour avoir l’air plus forte, plus belle aux yeux d’autrui, pour se distinguer ou se fondre dans la masse » P267. Les chapitres portent même le nom d’un habit ou d’un accessoire : « Bracelet serpentiforme en or blanc, aux yeux de cristal rouge. Chanel d’époque dans sa boite d’origine. 1956 » (P124).

Fabia & Ella, telle mère telle fille

Les femmes Moreno ne sont pas du genre à se laisser faire. La mère, Fabia, fera tout pour protéger sa fille Ella, quitte à partir et tout recommencer : « Elle l’avait fait. Elle était là. Elle le tenait, son nouveau départ » (P38). Fabia parait forte, mais elle peut être indécise : « Et voilà qu’elles étaient arrivées à York, leur ultime destination, la fin de leur longue errance » (P34), « Plus tard, quand les choses auraient changé, Fabia rentrerait en Iran » (P64). Sophie Nicholls, avec ces deux héroïnes, soulève, sans avoir l’air d’y toucher un problème qui ne cesse d’être d’actualité : le racisme. Les Moreno sont différentes et ça dérange : Pas d’ici. Sale Arabe. Ben Laden. Terroriste. Pardon, madame, vos papiers, s’il vous plaît » (P41). C’est même pour cela que Fabia ne parle plus à Ella du pays d’Antan et qu’elle brouille les pistes sur ses origines : « La plupart des gens la croyaient italienne. Certains lui supposaient des origines moyen-orientales, mais pensaient qu’elle était née en France. À vrai dire, son histoire s’était perdue entre les innombrables strates de toutes les histoires qu’elle racontait » (P233). L’intégration n’est pas simple pour les deux femmes, mais elles pourront compter sur l’amour. Fabia a David, le médecin : « Maintenant, il y avait David – un homme à la fois tendre et raisonnable. Quelle surprise pour elle, si décidée à ne jamais plus ouvrir son cœur » (P121). Ella a Billy : « Chaque fois que Billy passait la chercher, elle avait une boule au creux du ventre. À croire qu’un poisson rouge s’y tortillait » (P200). Les deux femmes se ressemblent beaucoup. Ella est curieusement la première a repoussé Billy pour faire ensuite marche arrière : « Je ne veux plus que tu m’approches, Billy Vickers, plus jamais. Je ne veux plus te voir de ma vie » (P262) alors que P289 « Le cœur de Billy battait maintenant contre la poitrine d’Ella ». Fabia elle fait l’inverse, elle accepte David pour ensuite le rejeter.

Sophie Nicholls esquisse Une robe couleur de vent

par Aliénor Perignon Temps de lecture : 3 min
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