Une amie très chère est un roman sociologique où se croisent toutes les interprétations. Anton Disclafani explore avec une grande justesse les méandres de l’amitié féminine, entre pouvoir, jalousie, comparaisons et on-dits. Un récit délicat et fiévreux ou la haine et l’amour se fondent, où la dépendance et le rejet s’entrechoquent, où deux caractères, deux femmes, crèvent de ne pas être l’autre. Coup de cœur assuré.

Une amie très chère, Anton Disclafani

Texas, années 50. Les frasques innombrables de Joan Fortier, grande, blonde et riche, défraient la chronique. Tous les hommes la désirent et toutes les femmes rêvent de lui ressembler. Mais derrière le vernis du physique parfait et de la vie idéale se cache en réalité une personnalité complexe et tourmentée. La seule personne à avoir compris cela est Cece Buchanan, sa meilleure amie. Dévouée à Joan depuis leur plus tendre enfance, liée à elle par un inavouable secret, Cece lui tient lieu autant de chaperon que de complice, acceptant de couvrir toutes ses excentricités. Au point de mettre en danger son propre mariage.

À mi chemin entre « Gossip Girl » et L’Amie Prodigieuse d’Elena Ferrante, Une amie très chère est un roman construit sur deux figures féminines antithétiques. Un air vague de « Vicky Cristina Barcelona » cinquante ans plus tôt : voilà où nous emmène d’emblée Anton Disclafani. Dans le Texas profond des bals dansants et de la sidérurgie, dans un monde fortuné, laqué de faste et de glitter, dans une vitrine permanente de la bienséance. Le village texan de Disclafani est aux années 50 ce que les réseaux sociaux sont à notre siècle : le lieu de la représentation, de l’apparat et du jugement permanent.

Une analyse profonde et juste

Dans une société ultra clivante, on suit donc Joan & Joan – les deux meilleures amies partagent le même prénom, seule l’une d’entre elles remporte le droit de le garder. L’autre est rebaptisée Cece, et gagne la place de « second’ qu’elle ne quittera jamais. Si Joan, la Serena Van Der Woodsen du roman, brille par son indépendance, sa beauté extraordinaire et sa ténacité à ne pas tenir son rang, Cece se distingue en opposition à son amie, et incarne tout ce que la norme lui dicte : l’air virginal, l’épouse dévouée, la mère attentive. Et, parmi tout cela, l’amie fervente, loyale, presqu’inféodée de Joan l’insoumise. Toutes deux détestent leur statu quo et envient la vie de l’autre, si facile, sans réellement percer le masque fallacieux de l’autre. Tous les éléments sont réunis pour un mélange malsain qui risque bien de virer au drame.

Une amie très chère dresse le portrait très réussi d’une amitié toxique et d’une société déconnectée. Une relation vénéneuse magnifiée qui finit par peser de plus en plus sur l’une, dont l’époux ne supporte plus l’intimité, comme sur l’autre, qui n’en peut plus de cette proximité imposée. Si l’amitié déséquilibrée entre les deux femmes n’est pas à double sens, la haine qu’elle suscite, passive-agressive, émane bien de chacune d’entre elle. Un roman sans concession qui nous rappelle que toute relation se construit à deux, et se détruit à deux.

Découvrez ci-dessous les premières pages du roman
Une amie très chère d’Anton Disclafani

 

Une amie très chère : un roman sociologique sur l’amitié…

par Lolita Savaroc Temps de lecture : 2 min
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